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LE ROMANISME . FRSETO CR

si les excès d’une pareille logique assuraient les

“ bienfaits qu’elle est censée produire! Mais le fidèle, docile à l’enseignement clérical, est privé $ de sécurité spirituelle. Le très catholique Moehler écrit : « L'église rejette la certitude du salut. Le # fidèle ne possède jamais la certitude de l’obtenir. »

Cela s'explique ; de même que tous les organes de l’herbivore ou du carnassier obéissent, respecti-

vement, à un type vital déterminé, de même les 5 moindres détails de l’église romaine marquent l'idée directrice qui la caractérise ; à savoir que l'Église, en réalité, est concentrée dans le seul à clergé, les fidèles n'étant que le troupeau soumis aux pasteurs réguliers, ou la matière que pétrit : 4

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la forme, dirait Aristote. Il faut que l'assurance apostolique du chrétien, affirmant son propre salut, soit considérée comme utopique ; il doù ressembler au marin qui ne sait pas nager, quand la tempête a emporté les ceintures de sauvetage. L'inscription significative : « Sonnette de nuit. pour les sacrements » commente l'affirmation de Moehler : « Les catholiques n’admettent point que l’homme puisse avoir la certitude entière de son salut éternel. » RITES Enfermé dans son postulat, le clergé n’hésitera donc point à jeter le discrédit sur la conscience morale, l'intuition, l’impératif catégorique, l'œil intérieur ; on peut, alors, effrayer le pécheur en citant la parole du Maître : « Si la lumière qui esten- toi est ténèbres, combien grandes seront les ténèbres ! » Sans doute, l’église romaine reproche au calvinisme d’éteindre cette clarté intime par 53

166 LE SPIRITUALISME DANS L'ÉGLISE LEE mais si elle fait davantage crédit, en apparence,

sentiments surnaturels, comme l’ivraie au fro-

le dogme outré de la corruption totale du pécheur ;

à la nature déchue, c’est pour ajouter, aussitôt, que les sentiments naturels se mélangent aux

ment. Le témoignage intérieur, déclare assez | dédaigneusement Moehler, ce n’est que le principe | divin conservé dans l’homme ; il ne faut pas le confondre avec l’opération de la Grâce. Dès lors,

‘comme le romain n’admet point, explique-t-1l,

« la prédestination absolue qui, seule, pourrait

. bannir toute crainte », et comme, d’autre part,

«la voix intérieure du Saint-Esprit est si frêle, si débile, que le fidèle ose à peine y prêter l'oreille »,

__ le sujet du pape, en dernière analyse, « bien que

remplide confiance, tremble pour l’avenir».— Précisément. De là, sur les pierres tombales, cette mélancolique formule : « Priez pour lui! Priez pour elle ! »

Pareille doctrine serait aussi désespérante que le bouddhisme, si on laissait à la notion du péché toute sa virulence. On s’efforcera donc de l’atténuer. La casuistique (signalée au chapitre précédent) offre son « codex » de remèdes variés et de recettes. Dès lors, le clergé affermira sa position par le confessionnal, la direction de conscience, la distinction entre les gros et les petits péchés, l’adjonction des commandements de l’église aux

- commandements de Dieu, le tribunal de la péni-

tence, les prières-pensum infligées comme punition, la comptabilité des indulgences et des exemptions à valoir sur le purgatoire. On cultivera, ainsi, le sentiment de l'inquiétude et de la coulpe. Alors

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que Luther affirmait le péché, avec le drame de la repentance, et de la conversion qui régénère

un homme par la foi du cœur, et l’affranchit (sans :

le rendre parfait !), — l’église romaine maintient les âmes dans le clair-obscur et l’hésitation. Elles

restent sacrifiées à la thèse cléricale ; car il faut:

que le clergé subsiste indiscuté, indispensable, selon le postulat du système papal.

L'église romaine répond : A défaut de sécurité spirituelle, j’apporte la certitude intellectuelle, je garantis le bienfait d’une vérité unique. — Laquelle? Est-ce une vérité rationnelle, démontrée par syllogisme ? A l’école de Thomas d’Aquin, les théologiens prétendent prouver Dieu ; la scolastique met tout en formules, comme le mathématicien. Néanmoins, ce parti pris d’intellectualisme ne fournit pas un terrain solide. Alors, les docteurs du romanisme, aux prises avec. les problèmes insolubles et les antinomies irréductibles, en viennent à les considérer comme des épreuves imposées d’En haut à l'intelligence du chrétien : si, malgré les « obscurités », il conservé la foi, ou plutôt sa croyance, par l’adhésion au Credo, son «mérite » s’accroîtra. Pareille conclusion’ est décisive contre l’ambition d'offrir au monde une vérité démontrée.

Celle-ci, dans la pratique, sera une vérité acceptée, reçue avec soumission, par obéissance au clergé qui l’impose. On revient donc au postulat initial de l’église papale ; on tourne dans le cercle vicieux. Encore, si le pape infaillible osait employer son infaillibilité ! Mais celle-ci ressemble à un canon

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géant dont nul n’oserait tirer. Quand le souverain pontife condamna le Modernisme, il se garda bien de parler ex cathédra. Pour apaiser les scrupules de certains historiens, qui hésitaient à signer les thèses proposées par le saint-siège, celui-ci

laissa entendre qu’il ne prononçait point sur le

fond des choses : Sait-on ce qui, dans l’avenir, deviendra licite, opportun, nécessaire ? Actuellement, pour des raisons d'administration cléricale, ou de paix sociale à l’intérieur de l'Église, il fallait adopter un certain vocabulaire, une certaine

; formule doctrinale : celle-ci aurait l’avantage de fixer les idées, ou d’enchaîner l’imagination. — La

récitation du credo traditionnel fut ainsi présentée, parfois, comme une exigence disciplinaire ; question de police ecclésiastique, dans le cadre du «postulat »

fondamental posé par le cléricalisme romain.

La sagesse pratique de cette attitude fait abstraction de la vérité en soi. D'ailleurs, une fois obtenue la formule uniforme d'adhésion au dogme papal, le magistère ecclésiastique sera-t-il rassuré ? Comment savoir si chaque fidèle met sous chaque mot un sens identique ? Devant le Mystère (incon-

naïssable ici-bas, et en tous les cas ineffable), il

n'existe pas, aujourd’hui, un seul disciple de Jésus qui soit en mesure de voir le monde, ou de sentir l'univers, à la manière des théologiens qui élaborèrent les dogmes normatifs. Un chrétien

‘actuel a beau réciter avec ferveur les formules

doctrinales réputées immuables, elles ont cessé d’être les mêmes, puisqu'elles évoquent d’autres associations d'idées, d’autres résonances musi-

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cales en quelque sorte, d’autres nuances conceptuelles. Un décret du saint-office reste impuissant à modifier cette réalité psychologique.

Pas plus qu’il ne peut changer la réalité historique. Qu'on médite L'Histoire ancienne de l'Église

par Monseigneur Duchesne ; on verra ce co

subsiste encore du postulat romain sur l’institution par Jésus de l’église papale. « Il est sûr que le Christianisme a ses racines dans la tradition juive, que les premières crises de son histoire sont - comparables à celle qui sépare un enfant de sa mère, que les livres sacrés d'Israël sont aussi ses livres sacrés, et même qu'il fut un temps où il n’en connut pas d’autres. » Et parlant des premières églises, l'historien écrit : « Les chrétientés se sont constituées à peu près de la même façon que les synagogues juives. Comme celles-ci, elles ont été des sociétés religieuses, fondées sur la communauté de foi et d'espérance. Même au point de vue du culte proprement dit, la ressemblance est encore très grande. À la synagogue, comme à l'église, on prie, on lit la Bible, on

l'explique. » L'auteur ajoute : « Les deux mots

synagogue et église signifient la même chose

l'assemblée. » Puis il continue : « À l’église, on n'a de plus que l'Eucharistie et les exercices d'inspiration. » Il ne faut pas se méprendre sur le sens du terme « Eucharistie » en ce passage, car l’auteur écrit : « Les éléments spécifiquement chrétiens du culte primitif étaient l’Eucharistie et les charismes, effusions extraordinaires de l'Esprit saint. L'Eucharistie se célébrait le soir, à

la suite d’un repas frugal que l’on prenait en commun. On reproduisait ainsi . Cène du Seigneur au soir de sa Passion. »

A ces textes décisifs, l’historien ajoute une tranquille déclaration laquelle donne le coup de grâce à la thèsé qui rattache l’église à Rome : « Dans

ces premiers temps, l’analogie va encore plus

loin. De même que les Juifs de tous les pays se considèrent comme frères en Abraham, Isaac et Jacob, de même les chrétientés locales sentent très vivement leur fraternité en Jésus-Christ. Des deux côtés on regarde vers Jérusalem, qui est encore le

cœur du christianisme aussi bien que du judaïsme, »

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