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Bref, il est impossible de concéder à l’église romaine le postulat initial qui lui permet d’identifier les destinées de l'Esprit, sur la terre, avec celles de l'établissement pontifical. Sans doute, les représentants du catholicisme non romain seraient parfois tentés de s’abandonner au moindre effort, et de renoncer à une discussion séculaire avec les tenants du catholicisme papal. De guerre lasse, on finirait par leur dire : « Soit | signons une trêve de cent années ; imposons ,silence à la polémique. Nous n’exigerons pas de, vous-mêmes l'héroïsme de nos pères à nous, calomniés et traqués par vos pères à vous ; consentez seulement à ne plus revendiquer, dans le présent, le droit théorique de persécuter l’hérétique jusqu’à la moit (1). De notre côté, nous cesserons de raconter
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la fabrication laborieuse de vos rites, et la naïssance difficile de vos sacrements. Quant à vos credos dogmatiques, nous ne les critiquerons plus ; ils correspondent à des expériences religieuses,
que les formules métaphysiques essayent vaine-
ment d'exprimer, en tout état de cause. Enfin, nous ne reprocherons plus à l’église romaine d’être gouvernée par une administration concentrée à Rome ; puisqu'elle est groupée autour d’un chef, nous verrons en lui le symbole traditionnel de son
“unité. L'essentiel est que les âmes puissent prier et se.
sanctifier dansle sanctuaire de cette église catholique, tout intime, qui se cache sous les dehors de l’église papale, En résumé, admettant la prescription en ce qui regarde l’examen des origines de votre sys- tème, nous avons soif de nous consacrer avec vous
(x) Le R. P. Lépicier, professeur de théologie, consulteur de la Congrégation de la propagande, membre de la Commission biblique, publia en 1910, avec l’approbation véhémente (vehementer) de Pie X, la 2e édition de l’ouvrage De stabilitate et progressu dogmatis. A la p. 194 on lit : « Si des hérétiques, devenus librement hérétiques, professent publiquement l’hérésie et incitent les autres, par leur
- exemple, et par leurs raisons pernicieuses, à embrasser les mêmes erreurs, nul ne peut douter qu’ils ne méritent, non seulement d’être séparés de l'Eglise par l’excommunication, mais même d’être retranchés, par la mort, du nombre des vivants.» Depuis lors, le pape Pie XI a donné un bel avancement ecclésiastique à ce théori-
cien, miroir en qui la papauté se reconnaît. À l’occasion de l’élévation du P. Lépicier au cardinalat le journal L’Illustration a publié
son portrait ; d'innombrables « hérétiques » ont probablement examiné avec une candide indifférence le moderne inquisiteur qui les voue à la peine capitale. Jean Calvin, formé dans l’église papale, et nourri de l'intolérance juive par le Pentateuque, avait soutenu lui aussi, mais au xvie siècle, la thèse implacable que proclame, au xx® siècle, un cardinal romain. Mais, le r°* novembre 1903, sur le plateau de Champel, où Servet, l’hérétique espagnol, expira sur le bûcher, les Eglises réformées dressèrent solennellement une pierre expiatoire. Le pape est-il encore libre, lui, de proclamer, au nom d’une église persécutrice,etrouge desang chrétien ; Erravi? (cf. p.163).
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aux tâches d'aujourd'hui, précises et pressantes.» Il serait doux à notre cœur, et reposant, d’adop- | ter pareille attitude, si elle était conciliable avecla simple vérité. Mais celle-ci est un dépôt sacré que les serviteurs de l'Evangile ne peuvent livrer sans trahir le Saint-Esprit. En effet, jusqu'à À
présent, les champions de la tradition romaine
revendiquent la pleine responsabilité de tous les actes accomplis par la papauté. Quand l'opinion publique, aujourd’hui avertie, les empêche de … s’en glorifier, ils estompent les faits, mais laissent entendre quel’Église ne désavoue rien ;ellen’attend <
que l’occasion propice pour appliquer les thèses
du Syllabus contre la liberté de conscience: qui » rompt avec le pape, rompt avec l'Église; qui brise 1
avec l'Eglise, brise avec Jésus-Christ ; qui rejette 4
Jésus-Christ, repousse Dieu. La croyance en . l’éternelle déité du Messie galiléen, deuxième » hypostase de la Trinité, devient ainsi l’une des pièces essentielles de l’armature ecclésiastique du . romanisme : c’est un dogme, alors, plus clérical que » religieux. L'église papale essaye d'y appuyer son postulat initial : elle devrait sa fondation directe au Tout-Puissant lui-même, matériellement pré- : sent en Palestine sous Tibère, et corporellement ressuscité, le surlendemain du vendredi saint, pour : ordonner le Collège apostolique.
Ce n’est pas volontiers que. j’emploie pareil langage, car mon âme ne trouve rien en elle qui l'empêche de se prosterner avec Thomas devant … le Glorifié, pour s’écrier : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Mais à côté de la foi religieuse en la divi-
nité spirituelle de Jésus-Christ, j'aperçois un credo
moins désintéressé, où la déité du Sauveur n’est
que la formule métaphysique de l’apothéose du pape. J'essaye donc de transcrire en langage clair . le texte chiffré d’un dogme traditionnel. Sous les termes abscons du cryptogramme doctrinal, il faut, pourtant, retrouver une pensée qui, dévoilée, se présente nue ! Or nous voilà, une fois de plus devant le cercle vicieux fondamental : l’église romaine s’affirme divine, donc elle doit être tenue pour telle. N Beaucoup d’âmes pieuses, à l'intérieur de l'établissement papal, sont encore incapables de distinguer entre le catholicisme et le romanisme (elles ne distinguent même pas entre le romanisme et le christianisme). Nous leur infligeons donc, involontairement, une grave souffrance, et nous risquons de les scandaliser, en dissociant des termes qui leur paraissent inséparables. Catholicisme.. romain, christianisme... romain, universalisme.. romain, toutes ces expressions leur sembleraient acceptables, pour désigner un ensemble de valeurs spirituelles qu’elles chérissent, et de réalités religieuses dont elles vivent. Je ‘sympathise avec leur émoi, quand on touche à leur arche sainte ; mais peut-on, et doit-on, les protéger contre la * Vérité ?
Au surplus, leur position semble illogique.
. Lorsque des catholiques pieux ressentent l’appellation de « romains » dans le domaine purement religieux, ils veulent être, avant tout, « chrétiens ». Je les comprends. Mais, sur le terrain
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ecclésiastique, où tout le système repose et doit en reposer sur le pape, ils sont des « romains ». Ils k savent, d’ailleurs, s’en glorifier ; ils en tirent les - conséquences politiques et sociales.
‘TH On nous objecte : Si l'église papale n’est pas la . gardienne de la vérité unique, il faut cesser de à croire à une direction surnaturelle de l'Histoire, % — Evidemment, la vérité qui sauve est unique, si a l’on entend par là que l'Esprit sauveur, tel qu'il re se manifesta en Jésus-Christ, n’a pas deux manières ___ d’arracher une âme au désespoir, au péché, à la mort. Mais si la vérité qui sauve est unique en son + essence, elle ne l’est point dans son expression. CA L'église romaine est logique avec ses prémisses ne quand elle enseigne : « Ma formule est la seule re : bonne. » Mais pour lui concéder la conclusion, il Et, faudrait, précisément, lui concéder les prémisses : WE « Dieu a dû assurer, par un magistère divin, la transmission sans erreur du dogme salutaire. » Dieu a dû ! On dicte un programme à la Provi- - dence. Avec le même raisonnement, qui pourrait croire, parmi les habitants d’une autre planète, que, sur le globe terrestre, le premier homme a chuté? On y argumenterait ainsi : » Le Créateur existe ; or le Créateur, par définition, est bon; donc la création est bonne ; le mal n’existe point sur la D planète Terre.» Quoi de plus pieux que cette affir- 1 mation a priori : « L'Être parfait a dû prendre les mesures nécessaires, pour que le premier homme n’entraîné pas d'innombrables âmes à la perdition ? » Et une argumentation analogue empécherait les Martiens de croire à la cerucifixion du
Des De. ing sipaléa lanerttses
LE ROMANISMÉ. 175
Fils de Dieu, rejeté par «le peuple élu ». L’Eternel,
expliqueraient les docteurs de Mars, à dû préparer les voies au Messie promis. — Mais si, au contraire, un pouvoir satanique (affirmé par le dogme traditionnel), s’est montré assez fort, ici-bas, pour provoquer la Chute du premier Adam, et la Passion du second Adam, pourquoi douter qu’il soit en mesure d’aiguiller l’Église hors de la droite voie, sous la direction du troisième Adam qui, «assis dans le temple de Dieu, se proclame» — pratiquement — « Dieu » ? (IIe Epître aux Thessaloniciens, 2/4.) On recourt en vain au syllogisme: L'Église fut fondée par Jésus-Christ ; or, le Fils de Dieu est parfait ; donc l'Église est infaillible. Raisonnement illusoire. En effet, « Satan » ayant défiguré l’œuvre du Père, et compromis le programme messianique du Fils, pourquoi aurait-il épargné l'Église du Saint-Esprit ? Le chrétien qui en conclurait : « Ma foi à la Providence est ébranlée », semblerait avouer qu'il ne croyait pas réellement en Dieu, mais au pape. Ni les souffrances millénaires du monde animal, ni les tortures de la mort physique succédant, pour l'être vivant, au drame de la naissance, ni la noire détresse de l’homme quaternaire ou des peuplades sauvages, ni la pierre tombale du paganisme étouffant toujours des centaines de millions d’âmes, ni le scandale sans nom du Calvaire, ni l’impensable atrocité des peines éternelles, ni l'impossibilité d'empêcher jamais ce qui fut, ici-bas, d’avoir été (l'Enfer lui-même düûüt-il, finalement, se vider) — rien de tout cela n’ébranlerait la foi en la Providence, dans le cœur du dévot,
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tant qu'il peut affirmer la divinité de l’église :
romaine. Mais que l’on touche au sceptre du sou-
verain pontife, et voilà l'univers sans Dieu ! Pourquoi donc appliquer dans le domaine
ecclésiastique, et là seulement, la théorie du
«tout ou rien» ? On n’agit pas aïnsi dans le domaine de la Nature. Le dogme traditionnel complète la doctrine de la Chute par la doctrine de la Révélation. De même, dans le domaine de l’histoire, la théologie transfigura la mort brutale du Messie en un libre sacrifice de rédemption. Alors, pourquoi, sur le terrain de l'Église, recourir à une autre méthode ? Si l'Église chrétienne a subi une déviation certaine en s’orientant vers le romanisme, faut-il conclure au naufrage total de l'idéal primitif ? Nullement. Il suffit de distinguer entre romanisme et christianisme.
Quand l’Église romaine déclare : « Me blesser, moi, c’est meurtrir l'Evangile », elle affirme ce qui est en question. Elle recourt toujours au même système : brandir son postulat initial, comme on projette l'éclat d’une lanterne sourde en des yeux éblouis.
L'Église romaine joue, ici, en quelque sorte, sur les mots ; car en son prodigieux syncrétisme on trouve, à la fois, et l’église papale et l'Église chrétienne. Si un homme, en quittant l’église romaine, veut se séparer d'elle en sa qualité d’'Église chrétienne, il se détache de Jésus Christ ; mais il se rapproche du Sauveur si, par fidélité à l'Évangile, il s'éloigne de la Curie.
Ce que «l’église » romaine conserve d'évangélique
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