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LES DEUX SACREMENTS BIBLIQUES

Les théoriciens du sacramentarisme devraient renoncer à découvrir, pour leur thèse, un appui

LE RITUALISME 185 dans la Bible. Leur situation en serait plus forte.

Ils se borneraient à dire : « L'Église a institué sept sacrements. S'ils ne viennent pas de Jésus,

ils expriment du moins l'idéal du Maître. » Sans

doute, cette dernière affirmation oblige à consulter l'Evangile pour définir l'esprit de notre chef; mais une institution non fondée par lui pourrait, théoriquement, rester d'accord avec son message ;

elle reflèterait l'influence perpétuée de sa présence

mystique. Toutefois, les tenants du ritualisme ont besoin d'attribuer lesystème à une volition expresse du Seigneur ; autrement, que deviendrait le postulat initial sur la constitution cléricale d’un collège apostolique par insufflation du Saint-Esprit ?

Les défenseurs du sacramentarisme, décidés à le fonder, si possible, sur des arguments scripturaires, enseignent que Paul mentionne au moins deux sacrements : le Baptême et la Cène. Examinons. Il va de soi que le baptême dont il est question dans les Epîtres est le baptême des adultes convertis, non des nourrissons à convertir. Cela saute aux yeux. Quand l’apôtre raisonne sur le baptême, il le représente comme un acte moral et mystique, un drame spirituel, l'équivalent d’une mort et d’une résurrection ; c’est une crise consciente qui engage la personnalité profonde. D'ailleurs, ce rite symbolique, ainsi moralisé et spiritualisé par le grand missionnaire, était pratiqué sous une forme inférieure dans l’antiquité. Le monde païen ne l’ignorait point ; et Jean- Baptiste lui dut sa notoriété dans le monde juif. Jésus même n’y attacha point de signification

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originale. Non seulement, il ne baptisé point, mais il n’a pas ordonné à l’Église de baptiser, au sens où le christianisme sacramentaire entend l'expression. Même quand le passage trinitaire qui termine l’évangile de Matthieu est considéré comme authentique, même quand on admet que le Messie ressuscité a dit : « Faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit », il reste impossible de découvrir là rien qui ressemble à l'institution formelle d’un sacrement baptismal ; car, dans les paroles attribuées au Christ, l’acte de baptiser est considéré comme un usage qui va de soi, une cérémonie qui va de pair avec l’évangélisation, et qui en marque les progrès ; elle est le sceau apposé sur les convertis. Cette finale du premier évangile garde le reflet de la pratique missionnaire dans l’Église primitive ;

et en tous cas, ni de près, ni de loin, elle ne renferme une allusion quelconque à un baptême des nour- rissons, — purifiés, par aspersion cléricale, de la coulpe originelle contractée en Adam.

Au surplus, comment l’apôtre parlait-il, à propos dés adultes évangélisés, du signe de l’enrôlement . dans l’Église? Nous. l’avons noté: avec un détachement inouï. « J'ai mieux à faire qu’à baptiser ! » déclarait-il aux Corinthiens. Langage absurde, au point de vue d’un sacramentarisme conséquent.

Reste la Cène. « Jésus prit du pain, le rompit et dit : Voici mon corps rompu pour vous. » Dans cette occasion, ce n’est pas la substance employée qui importe, c’est le geste ; non la matière, maïs le mouvement ; non l'élément ou l'espèce, mais

LE RITUALISME je 12187 le tableau vivant, l’image dramatique, la prophé- . tie visualisée. « De même que je brise le pain, je serai brisé ; voici ce qui adviendra de mon corps. N'oubliez pas cette vision ; répétez l’acte que je viens d'accomplir, car il symbolise ma mort, et vous annoncerez celle-ci, par le seul fait que vous répartirez éntre vous le pain en morceaux. »

Toute argumentation fondée sur l’expression : « Ceci est mon corps » émane d’une fausse logique verbale. Sommes-nous certains que Jésus, parlant en araméen, employa le verbe « être » ? Il déclara, probablement : « Ceci mon corps. Voici mon corps. » Et s’il prononça la formule moins brève : « Ceci est mon corps », a-t-il insinué qu'il tenait son corps dans sa main ? Ne méconnaissons point les règles élémentaires qui doivent présider à l’interprétation de la parole imagée. Quand le Maître a dit, d’après le IVe Evangile : « Je suis le Pain vivant », s’est-on figuré le Messie métamorphosé en pain de boulangerie ? Pourquoi matérialiser la métaphore contraire ?

L'apôtre écrivait : « Vos corps sont le temple du Saint-Esprit. » Il proposait aux chrétiens cet : idéal : « Offrez vos corps à Dieu en sacrifice vivant. » Consacrer ses membres au Seigneur, c’est la plus sûre manière de lui consacrer sa personnalité totale. Acceptons ce fil conducteur pour interpréter, évangéliquement, la parole : « Voici mon corps. » Elle signifie : Je sacrifierai pour vous tout ce que j'ai, tout ce que je suis. J'irai jusque-là en votre faveur, Je n'ai ni or, ni argent, mais ce que j'ai, je te le donne. »

Mer Re Ce qui sauva et sauvera Tome ce n’est point le sang matériel dont s’imbiba le bois du : Calvaire, c’est Jésus-Christ acceptant de saigner. … Le corps étant le moyen d’ ‘expression d’une per- __ sonnalité, le sang de la croix exprima la volonté : du Crucifié, un esprit, l'Esprit de Dieu. En conséquence, plus on médite l’énigmatique parole, et plus elle apparaît spiritualiste. « Voici mon corps » signifie : Contemplez mon âme! |

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Saint Augustin a insisté, dans ses écrits, sur deux autres aspects du corps de Jésus-Christ à la . table sacrée. 1° « Discerner le corps du Seigneur » (selon la formule de l’apôtre), quand on communie,

c’est reconnaître la Société des fidèles qui participe à la Cène, s’unir à l’Église. « Les fidèles, déclare Augustin, connaissent le corps du Christ, s'ils ne négligent pas d’être le corps du Christ: Qu'ils deviennent le corps du Christ, s’ils veulent vivre : de l'Esprit de Christ. » 20 Communier avec le corps

- du Seigneur, c’est communier avec son Esprit, être inspiré par lui. « Jésus, en parlant de sa chair

à manger, nous a enseigné à demeurer en lui de

sorte qu’il demeure en nous... Nous devons manger | et boire jusqu’à la participation de l'esprit. »

Bref, pour Augustin, l’eucharistie est un symbole. |

« Vous me direz : Notre Seigneur est assis à la .

droite du Père ; comment le pain est-il son corps ? — .

Ces choses sont appelées des symboles, parce :

qu’elles nous montrent un objet et nous en font comprendre un autre. Ce qui est visible à une forme corporelle, ce qui est perçu par l'esprit possède un fruit spirituel. Le Seigneur n’a pas craint de dire : Ceci est mon corps, alors qu’il donnait le signe de son corps. Le texte : «Si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme » paraît ordonner une infamie ou un crime ; c’est donc une figure. Pourquoi prépares-tu tes dents et ton ventre ? Crois, et tu as mangé. »

Le spiritualisme d’Augustin apporte un te témoignage à la spiritualité foncière de l'Evangile ; elle est si radicale que l’Eglise elle-même, dans le domaine du sacrement, n’a pus’en dégager, malgré l’envahissement du ritualisme. Par exemple, en ce qui regarde le baptême, quelle indépendance ellé a manifestée à l'égard des formes de la céré-

- monie ! Longtemps, elle plongea dans l’eau les néophytes ; mais à partir du xixI® siècle, malgré l'exemple des apôtres, malgré la sanction de l'Église des premiers âges, malgré la thèse des Baptistes, le sentiment de la liberté chrétienne brisa les chaînes du rite. Le bon sens triompha de la coutume ; l’Église d’occident, puisqu'elle baptisait les nouveau-nés, décida de renoncer à l'immersion, souvent dangereuse en hiver, pour l'inoffensive aspersion. L'histoire des cérémonies chrétiennes offre-t-elle un autre exemple, aussi frappant, d’un changement extérieur aussi radical, lié à une approbation aussi générale ? Changement -plus grave que la suppression du calice aux communiants, suppression qui ne modifiait pas le sens

LE RITUALISME : 189

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du rite et qui, pourtant, déchaîna les guerres de Bohême (1).

En ce qui regarde la célébration de la Cène, .

elle fut de bonne heure influencée par les superstitions d’origine magique. Toutefois, alors qu’en

orient l’Église persiste encore à confirmer et à faire communier les nourrissons qu’elle baptise, l’Église

romaine mit fin à la communion des nouveaunés ; en partie, par peur de répandre à terre le vin consacré, mais aussi au nom du sentiment qu'un être inconscient n’est pas en état de « com-

munier. » Le même raisonnement aurait dû mettre

fin au baptême des nouveau-nés, puisqu'ils ne sont pas conscients de réciter le Credo par personne interposée ; mais la cérémonie baptismale pouvait, à la rigueur, être envisagée comme une sorte

d'immatriculation dans l'Église, tandis qu’on

hésitait à considérer la Cène comme un charme, agissant à la manière des philtres matériels. Le rejet de la communion des nourrissons impliquait donc le principe. que l'efficacité de l’Eucharistie réside en son influence morale.

La doctrine même de la transsubstantiation, adoptée au xIrIe siècle par le quatrième Concile de Latran, fut en quelque sorte, on l’a dit, une « soupape de sûreté » pour le spiritualisme ; ce dogme fournissait aux théologiens une issue possible, par la métaphysique, hors du fétichisme toujours menaçant. La substance dont il est question dans le terme «transsubstantiation », n’est

(1) À. P. SranLey : Christian Institutions, p. 26.

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LE RITUALISME , IOI

pas l’ensemble des apparences, des attributs et

des accidents que présente la matière visible ;

c’est l'essence immatérielle qui se dérobe sous la forme, un peu comme l’Idée platonicienne. La substance énigmatique du pain et du vin, (qui se laisse deviner seulement par des qualités ou des phénomènes extérieurs), se transforme par miracle, à la voix du prêtre, en la substance énigmatique du corps glorifié de Jésus-Christ : la transsubstantiation du visible en invisible s’opère derrière le rideau

- du monde sensible. Sous la logomachie scolastique

palpite, comme un «lumignon qui fume encorey,

J’émouvante lueur du spiritualisme chrétien.

Nous avions retrouvé celui-ci dans le prodigieux changement infligé à la forme du rite baptismal, quand l’aspersion remplaça l'immersion ; or, à la même époque, on supprima aux laïques l'usage du calice pour l'Eucharistie. L'Église, afin de justifier cette innovation, déclara que le communiant reçoit le corps entier du Christ sous une

seule espèce; en d’autres termes, l'efficacité intégrale du sacrement n'était pas liée, d’une manière indissoluble, aux éléments visibles. Quand

les Bohémiens tirèrent l'épée pour 6btenir l'usage de la coupe, ils défendirent la cause de l'Esprit en revendiquant les droits du sacerdoce universel, et les devoirs de la fidélité, libératrice, à la norme des Écritures ; mais. l’église romaine, d'autre part, représentait, malgré elle, une forme du libéralisme religieux, dans la mesure où elle préconisait, sur le terrain de la piété, une indépendance réfléchie à l'égard du littéralisme biblique.

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ristique, d'innombrables âmes, à l’intérieur des .

édification intime, dans un véritable symbolisme

‘un disciple de George Fox, s’il prend part à la disciples sur la montagne de la Transfiguration.

« Ils ne virent plus que Jésus seul. » Je sympathise à intensément, dans le sanctuaire intime de la

ici le devoir douloureux, imposé par l'Esprit, de

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Aujourd’hui, d’ailleurs, malgré les exagérations, ou plutôt, à cause des outrances du dogme eucha-

églises sacramentaires, se réfugient, pour leur’

spirituel. Elles reçoivent l’hostie divinisée, avec des sentiments qui ne diffèrent pas de ceux qui animent |

sainte Cène. Leur extase morale est celle des «

conscience, avec les co-initiés qui adorent eux aussi le mystère de la Présence du Seigneur, devant l’autel eucharistique. Mais au nom même de cette expérience ineffable, qui nous attache intérieurement par des liens immortels, j'accepte

maintenir la distinction entre leur foi, substantielle et salvatrice, et certaines croyances où elle . s’enveloppe.

Je déclare que l'imagination du chrétien 2 absolument incapable de supporter l'évocation des |

-avatars, imposés à l’hostie, dans les labyrinthes

obscurs de notre organisme. C'est là, pourtant,

qu'une certaine théologie entraîne les fidèles, à

leur insu ; elle enseigne que les bienfaits de la, présence corporelle du Seigneur s’évanouissent . avec les éléments matériels qui lui servaient de » véhicule ; bref, il s’agit d’une Présence réelle dont î la durée coïnciderait, chaque fois, avec celle d’une

digestion. D'ailleurs, l’église romaine objecte à,

D UN FN "TE RITUALISMÉ PSS

un lavage d’estomac, pratiqué après l’ingestion de l'hostie. Les. spécialistes en liturgique examinent

le cas où un prêtre, saisi de malaise, expulserait

l’hostie par voie buccale. Si pareille éventualité se produisait, les textes officiels recommandent, sans

l'imposer, que le malade, subitement privé de

. son Dieu, le ramasse à terre avec les lèvres (1).

A l’intérieur des églises ritualistes, combien de nobles âmes, vraiment spiritualisées, ou bien ignorent ces aspects du dogme, ou bien se refusent

à les considérer ! De même, elles reculeraient :

devant la notion d’une divinité matérialisée, qui tombe en averse, au seul déclic des formules sacrées ; or, dans tel Congrès eucharistique, à Chicago, des centaines de prêtres, doués de puissances miraculeuses, célébrèrent simultanément la messe et firent descendre autant de fois le même Dieu, sur autant d’autels différents, à la minute

fixée par le programme. Combien l'église ritualiste

a désavoué saint Augustin |

(x) L. Hébert. Leçons de liturgie à l'usage des séminaires. Vol. II. (ch. XV.) «Sile prêtre vient à vomir après la communion, et que les Saintes Espèces se voient encore dans la matière rejetée, il doit les reprendre avec respect, à moins qu’il n’y répugne trop ; dans ce dernier cas,

il met à part, dans un vase et en un lieu convenable, ces Saintes

Espèces, pour les y laisser se corrompre entièrement. » (p. 308).

. À la même page on lit : « Si quelques gouttes du Précieux Sang

tombent à terre, il faut les prendre avec la langue. » Le manuel commente en ces termes l’obligation, pour le prêtre, de célébrer la messe à jeun : « Aucun aliment pris avant minuit, alors même qu’il ne serait pas encore digéré, n'empêche la célébration de la messe ou la communion. Les restes de nourriture laissés entre les dents et avalés après minuit, les gouttes d’eau qu’on absorberait involontairement quand on se lave la bouche, ne rompraient pas le jeûne eucharistique. » (p. 304). L’évêque de Coutances, qui donna l’imprimatur, le 28 novembre 1979, écrit dans une lettre à l’auteur, en tête du volume : « Après avoir étudié votre ouvrage, on possèdera une science liturgique qui a sa grande valeur et son intérêt. »

Protestantisme. 13

‘institués par Lui ; Il bénira notre confiance et

soumission implique une préalable admission,

. lesquels distribueraient les seuls sacrements valides,

. 4. LA VRAIE ÎINCARNATION

Devant les sursauts du spiritualisme obstiné de l’âme, les théologiens sacramentaires adoptent deux attitudes malaisément conciliables. D'une part, ils avouent les grossières et fatales conséquences de leurs prémisses. « Mais, disent-ils, qui sommes-nous pour juger Dieu ? S'Il emploie certains procédés pour se communiquer aux croyants, utilisons avec obéissance les moyens

notre soumission. » Malheureusement, pareille celle du fameux postulat initial élaboré par l’Église E indivise, quand se constituaient les thèses de l'orthodoxie traditionnelle : Jésus-Christ aurait institué un collège apostolique, chargé d'installer des évêques, lesquels ordonneraient des prêtres,

lesquels sanctifieraient les fidèles. Telle est la !

pointe d’aiguille sur laquelle oscille, en équilibre

instable, la sphère énorme du ritualisme.

Les théologiens sacramentaires adoptent, aussi, une autre attitude. Ils acceptent sans hésitation les conséquences les plus outrées de leur thèse, dans le domaine matériel ; et ils affirment qu'elles restent compatibles avec l'idéal spiritualiste. En effet, expliquent-ils, si l'on croit à l’incarnation du Verbe en Jésus, il faut croire à la matérialisation de l'Esprit, à l’incarnation perpétuée. Pareil

langage trahit une singulière confusion d'idées ; É

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LE RITUALISME HS ETOS

en effet, la véritable incarnation n’est pas une matérialisation du spirituel, mais une spiritualisation du matériel.

Que signifie l'expression : «La Parole est devenue chair », sinon que l'Esprit divin se manifesta dans l’histoire, d’une manière décisive, à travers une personnalité unique ? Une longue familiarité avec le vocabulaire biblique permet, seule, d’en discerner la résonance intime; et cette compréhension ne s’acquiert point par la simple lecture des

catéchismes populaires, des manuels de dévotion et des traités de théologie scolastique. «La Parole est devenue chair » signifie : le Verbe, ici-bas, s’est exprimé à travers l’âme du Révélateur ; le Christ a fait, avec plénitude, une expérience que nous faisons, nous, d’une manière bien chétive, en notre conscience. Son esprit communia, parfaitement, avec l'Esprit ; de là cette affirmation insondable : « Moi et le Père, nous sommes un. »

En résumé, l’Incarnation est une forme de l’Inspiration. Dieu ne peut pas inspirer ce qui reste incapable de dire «moil» Autrement, l'Esprit soidisant incarné serait comme un grelot à l’intérieur de la Nature, ou comme la langue miraculeuse dans la gueule de l’ânesse parlante.

Donc, l'Esprit est incapable de s’incarner audessous du niveau de la personnalité. La matière demeure éternellement réfractaire au baptême de la Pentecôte ; et, par conséquent, réfractaire à Dieu. Mais les sacramentaires ne s’arrêtent pas à l’idée que l’Incarnation est, avant tout, Inspiration ; ils l’identifient, plutôt, avec un vague

dynamisme, un souffle qui anime la nature organique. Au nom du principe que l'Esprit tend vers. la corporéité, on élabore une philosophie du sacre-

ment qui permet de le retrouver partout. Puisqu'il est le signe visible d’une grâce invisible, toute la nature organisée devient sacramentelle ; le rite

ecclésiastique ne serait que l'application parti- |

culière d’une loi générale. Mais, qui prouve trop, . ne prouve rien ; si le sacrement est partout, il n’est nulle part ; il perd tout caractère surnaturel, pour devenir immanent à la Nature.

Tant il y a que le concept de l'Incaristions ramené par une série de dégradations successives sur le plan inférieur de l'être, finit par s'identifier : avec le simple concept de la nue Création. L’Incarmation, d’abord concentrée dans les personnes, puis étendue à tout le domaine vital, se perd dans le royaume des choses amorphes et de la matière brute ; on s'oriente, à son insu, ou malgré soi, vers le fétichisme. Les sacramentaires ne contestent point que l’hostie à diviniser commence par être fabriquée, mécaniquement, dans un :

pétrin de boulangerie. La formule chimique de l’eau bénite est celle de l’eau ordinaire ; et celle-ci, | dans le rite baptismal, opère avec une efficacité mystérieuse, indépendamment du baptiseur et di baptisé.

On nous objectera : « à point de vue CR l'être humain, auquel vous réservez la faculté d recevoir l'inspiration, est lui-même formé d'éléà ments physiques, il est matière. — Non. Il appar= tient au domaine des êtres pu qui sont la

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LE RITUALISME 107

matière plus la vie. — Soit. Il relève pourtant du

règne animal. — Oui, par son corps. — Mais si, par hypothèse, il plaisait à Dieu de se corporifier en lui ? — Contradiction dans les termes. D'un côté, l'Esprit ne peut point, par définition, se ma-

térialiser. D'un autre côté, l’incarnation de l’Esprit

ne sera que sa communion avec un esprit lié à un corps, mais distinct de ce corps. S'il n’en était pas distinct, serait-il esprit ? Mais s’il est esprit, à quoi servirait au Saint-Esprit le détour, par un corps, pour atteindre un esprit qu’Il touche direc-

tement ? Tous les chrétiens croient au Dieu

Esprit ; ils communient avec Lui par la prière. Et « le Père des esprits », pour leur parler, Lui, de plus près, aurait besoin d’un appareïl matériel, comme s’il installait un poste téléphonique dans le thorax de l’adorateur ?

Non seulement Dieu ne peut pas se matérialiser, mais, s’il y parvenait, il perdrait contact avec l’âme ; car il serait enfermé dans le domaine de la quantité, alors que l’âme s’affirme dans le

domaine de la qualité. Un objet est incapable de

pénétrer dans l'esprit ; ilne peut même pas, inassimiläble, entrer dans la substance de notre corps!

Une épingle, après avoir parcouru notre tube

digestif, n'aura pas appartenu, durant une seule

seconde, à notre organisme physique ; elle aura

seulement traversé le « milieu intérieur » que les

physiologistes distinguent du « milieu extérieur »,

l'atmosphère.

Un Dieu matérialisé nous demeurerait donc étranger à ce point, qu’il ne pourrait même pas se

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