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CINVISIBLENN ET € SPIRITUEL » 29

* il faut me concentrer dans ce qui est, ce dont je reçois la directe révélation dans mon for intérieur : Ja « Présence réelle » dans ma conscience, l'Esprit. Quand l'esprit que j'ai, ou plutôt, quand l'esprit que je suis communie avec l'Esprit par la prière

(et il y a diverses manières de prier, également

- légitimes) je respire véritablement dans l’invisible ; : non plus celui qu'on ne voit pas, mais celui qui- | ne peut être vu et qu'on ne doit pas voir. « Nul n’a jamais vu Dieu » affirme saint Jean. Et un autre écrivain sacré déclare : « Nul homme ne l’a vu, ni: ne peut le voir. » Un Dieu tombant sous les sens, un Dieu photographié, comme les matérialisations | . médiumniques de fluide, ne serait plus le Dieu Esprit, puisque celui-ci, par définition, n'est | saisissable que sur le plan spirituel et par des voies … Pespirituelles. : ? É FÉANE | La foi en l'invisible est le sublime Quand même! | de la personnalité. Au degré le plus humble, c'est. - la méthode critique, l'effort courageux pour échapper au mirage des apparences, pour découvrir Je réel dans la Nature et le vrai dans l'Histoire. Au degré supérieur, c'est la résistance à la douleur, la - victoire sur le péché, la négation de la mort. Le - « Quand même |! » du Calvaire a recréé l’âme * humaine. : Fe - En résumé, la préoccupation de l’invisible, quand elle est vraiment spirituelle, quand elle nous fortifie contre -l’obsession des choses, ee | tyrannie des formules et des institutions, quand = -elle nous enracine dans le recueillement, est, par excellence, la prérogative de l’homme et son magni-

| fique signalement, Mais quand la hantise de l’invi-

Sible détourne l’âme d’elle:même et de l'Esprit,

c’est-à-dire dé sa divine destinée, quelle déchéance, quelle dégradation! Les religions inférieures sont,

précisément, celles qui exploitent le plus volon+ tiers la peur des ténèbres ; c’est pourquoi les

peuples païens, que tourmentent les terreurs de

l’animisme, bénissent les missionnaires chrétiens,

dissipateurs de faritômes, La philosophie primitive qui fait de l’univers deux parts : ce qu’on voté, ce qu'on ne voit pas, livre l'âme à la rouerie des per- Sonnages qui prétendent communiquer, par privi-

lège spécial, avec la région de l’invisible : arme

terrible aux mains du sorcier zambézien, Les religions organisées canalisèrent, du moins, des épouvantes préhistoriques ; tandis qu'avec la disparition du sanctuaire, la place reste libre pour le triple vertige du sang qui gicle, de la fureur sexuelle, et du délire cérébral (les liqueurs fermentées excitent ou stupéfient, tour à tour, le système nerveux). On regrette, alors, le préposé officiel à l'invisible, qui enrobait le mystère dans un vocabulaire conventionnel ; il apaisait l’imagination, énfermée dans un cercle tracé : ainsi la chèvre au piquet. ag

Cependant, si la notion de l’invisible, sur le plan

religieux le plus bas, affole ou abrutit, elle demeure,

dans les religions supérieures, moralement néga-

tive et stérile, quand elle s’identifie avec le concept du « non visible ». Beaucoup d'émotions molles,

réputées religieuses, ne relèvent que de la poésie

où du panthéisme ; elles n’ont pas plus de vertu

\ n Ve à à mil, Cantons

D INVISIBLE » ET « SPIRMUEL D ai ” roborative que les nuées de la rêverie ou les diva- - gations cruelles de la sorcellerie. Nous ne préten- dons point nous inscrire en faux contre le sentiment indéracinable de notre dépendance à l'égard du mystère total des choses ; ce serait aussi absurde

que profane. Même, nous reconnaissons tout Ce | qu'une pareille expérience, ineffable, peut renfer- * mer d'inspiration à la fois humiliante et tonique.

Mais il faut avouer, d'autre part, que l’obsession de l'invisible et de son énigme entraîne, parfois, “les clergés à considérer les pratiques religieuses comme üun moyen de se mettre en règle avec une divinité X. (Dans un pareil système, elle est X par définition, puisqu'elle habite un « ciel » invi- sible.) Par la piété on essaye donc d'apaiser un monarque offensé, dont les droits furent lésés ; le péché apparaîtra comme un crime de lèse-majesté. - Où bien, l'on s’efforcera de conserver la faveur du ‘dieu, en observant des règles édictées par lui, comme les visiteurs d’un parc se soumettent aux

- Avis affichés par le propriétaire.

. Of, du point de vue spirituel, la religion ne con- : __siste pas à se faire agréer de l'Omnipotent, soit en sé pliant à tous les articles de son règlement, soit

. en lui apportant, après offense, des présents expia-

| toires. Car, d’une part, l'essence de la Religion ne peut s'exprimer dans quelque nomenclature, Si poussée qu'elle soit ; d'autre part, quand l'idéal moral a été violé, l'ordre n'est rétabli dans l'âme que par la repentance et la consécration. En résumé, Je culte vraiment spirituel ne consiste pas à donner, mais à recevoir. Sans doute, l’homme naturel, à

l’intérieur des religions trtrounelle estime qu’ «il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir », plus d’honneur aussi, et de mérite, et de sécurité. Mais l’âme qui prie, véritablement, songe-t-elle à présenter un hommage rituel ou | doctrinal ? Elle écoute les intimations révélatrices, | elle accepte l'inspiration, elle saisit la Grâce par . laquelle déjà elle est saisie, elle se place filialement à la disposition de l’ Esprit par l'obéissance, la foi et l’amour. « Me voici, envoie-moi ! » Au lieu de. s'évertuer à modifier la divinité, consentir à . changer soi-même, voilà le secret du salut. | … Objectera-t-on que la Religion suprême consiste à aimer Dieu, et que l’amour goûte sa délectation à donner ? Ce mot est faible, L'amour donne avec un tel élan, une telle plénitude, une telle commu- nion des esprits, que, dans une pareille interpénétration des âmes, qui « donne » reçoit, qui « reçoit » donne; si bien que le don cesse d’être un apport . du dehors; donner devient l'équivalent de se donner, ve ’est-à-dire de se perdre soi-même pour se retrouver . dans une autre personnalité, fascinante. « Ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi. » Cette expérience apostolique montre que, sur le plan spirituel, on est moins préoccupé de sauver … son âme, que de laisser grandir en. soi l’âme du Christ. « Il faut qu’Il croisse et que je diminue », déclarait le Précurseur. En chaque homme existe un Christ virtuel qui est son moi profond, Te fique, immortel. Le:

«Christ en moi ! » Telle est la formule d’une vraie religion de l’Incarnation. Celle-ci ne consiste point,

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