SAUVER SON AME
D’après l’histoire, il semble qu’on ait défini le christianisme de trois manières principales.
Pour les uns, c’est un Mystère de salut. Le
mot « mystère » n’est pas employé, ici, au sens :
d’énigme intellectuelle. En Orient, même avant notre ère, ce terme désignait un ensemble de techniques rituelles et d'initiations graduées, destinées à conduire le croyant, le pratiquant, vers la possession d’une vie éternelle et bienheureuse dans l’au-delà ; on procurait aux dévots les, moyens physiques de l’immortalité. Les Mystères grecs et asiatiques, florissants dans le monde païen avant l'apparition de Jésus, proposaient aux âmés un programme tout « salutiste » : Faire son salut. Pareille devise présentait l'avantage qu’elle affranchissait l'individu des religions naturistes (paganisme), ou des religions nationalistes (comme le judaïsme, par exemple).
Faire son salut après la mort ! L’antiquité a formulé en ces termes une thèse prodigieuse, à la fois sublime et fantastique. Devant ces palais aériens, ensemble mystiques et métaphysiques, jaillis de l’imagination, on reste saisi de stupeur, d’admiration, ou de respect ; nous éprouvons les
mêmes émotions qui subjuguent devant les édifices
mentaux de l’homme préhistorique, ou du sauvage actuel, — ces princes de la poésie et de l’architecture la plus complexe, la plus audacieuse, dans le domaine de l'idéologie. On ne discute pas le .dogmatisme, ou la phraséologie, d'un Mystère païen de salut ; on accepte ou l’on rejette.
Saisit-on avec des tenailles la vibration sonore
qui nr le cristal d’une coupe ? On ne "sou" #4 .met pas, non plus, aux pinces de l'argumentation syllogistique les obscurs pressentiments de l’'Hindouisme sur la réincarnation, la métempsycose, le Retour éternel. Visions vertigineuses de l’uni- … vers ! L'existence, à la surface du globe, ne serait qu'une phase d’épreuve en plein Purgatoire ; l'essentiel serait de parvenir au Nirvana final. …
Encore un Mystère de salut. -à ro A certains égards, la doctrine ecclésiastique je - d’une Chute collective de l’humanité en Adam, | nous ramène devant un panorama de même ordre; puisque le monde actuel ne serait qu'un séjour de
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vi châtiment, hors du Paradis perdu, une maison de correction, un bagne où souffriraient, pêle-mêle, pour leur amélioration ultime, bêtes et hommes, ee rejetons inconscients d’une Créature primitive, Le brisée en quelque sorte par le choc de la Chute, puis éparpillée dans les êtres individuels.
PR Les Mystères’ de salut sont d’une cs farouche et d’un héroïsme austère, Zcë-bas, rien ne compterait que l'au-delà; contradiction magni- Ke fique et féconde, qui exalte l'esprit au-dessus de … BE la matière, qui jette l’âme incarcérée contre les barreaux du corps-prison, et qui Surexcite en ESS personnalité immortelle un superbe mépris, un __* transcendantal dédain, pour l'aménagement de? >. notre planète éphémère.
On a parfois présenté le christianisme comme étant surtout un Mystère de salut, au sens PE et immémorial de l’expression. Il est de fait que . telle affirmation scripturaire, vue à travers l’am-
. \ } 7 F- Z ’ PTE NE : | \ Ne EX CCSN RCE EN MEL EUR CRM JT NS
biance Pere ét déformées par % cétota 7 revêt. des proportions fantasmagoriques, sans <2 rapport avec la réalité originale, La doctrine de la Chute, par exemple, qui domine la dogmatique traditionnelle, resta ignorée par les: psalmistes, AE & “les évangélistes, les apôtres ; le Christ n'en parla cie Paul, seul, reprenant un mythe obscur de - la Genèse, en a fait la culée d’un pont Lu ‘A sique. 2e ne: A leur tour, les passages scripturaires qui attri- ' “braïent une valeur expiatoire au sang répandu. e sur le Calvaire, une fois insérés dans la doctr S . grandiose de la Chute, prirent en quelque sorte à st un aspect architectural. Jusque-là, ils relevaient dé l'âme, et de la poésie tragique du cœur ; les voilà fixés comme des écrous dans un édifice
où la logique. superpose, entre ciel
et. terre, ses poutrelles d’acier rigide.
Ces remarques ne visent pas l’orthodoxie docnos en elle-même ; car sa position est très.
forte, et Pascal sut la mettre en valeur. : Elle s'appuie, en effet, d’aplomb sur l’idée d’une : Révélation ; en d’autres termes, elle avoue que . te monde, par lui-même, n’est pas essentiellement … rationnel, et que « les harmonies providentielles »,
# - dans la Nature ou dans l'Histoire, offrent hélas !
tant de lacunes, que la philosophie de l’optimisme
s'écoule par ces crevasses. L’orthodoxie, au.
En ue guidée par le Révélateur, ose descendre. dans le cratère ; elle s'expose aux vapeurs soufrées ee dégage l'énigme du Mal ; elle devine que ce . brûlant mystère sert de repoussoir au Quand
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même! du Crucifié. Par conséquent, dans les sym- 7 boles doctrinaux élaborés par les conciles, on »
trouve tout autre chose qu’un système bien lié
d’afirmations philosophiques réduites à l'unité ; on y rencontre plutôt, juxtaposées, des affirmations qui se contredisent, qui reflètent le dualisme, … fondamental du monde soumis à notre observation, et qui par là même favorisent l’activité de | la pensée chrétienne ; celle-ci reste libre, au nom
de la Révélation, de s'enfermer dans l'agnosticisme métaphysique. De là, une grande aisance de mouvements pour la spéculation, dans la
mesure toutefois où elle ne se méprend point sur | Ja véritable valeur de ses dogmes, qui doivent être
interprétés symboliquement.
Mais c’est l’attitude qui paraît si difficile à | prendre pour le christianisme traditionnel, quand il se pose en Mystère de salut. À Lausanne, par
exemple, en 1927, une Conférence œcuménique,
rassemblée pour étudier les questions relatives |‘àla Foi et à l'Organisation, a groupé des représen- W * tants de toutes les Confessions chrétiennes, sauf l'Eglise romaine qui s’abstint. Convoquée, sur . la base du dogme trinitaire, par les représentants »
de l'Episcopalisme américain, la Conférence dut constater que les sacramentaires stricts, au sein
.- de l’Assemblée, se déclaraient incapables de con-
sentir à la célébration d’un service de sainte Cène commun à tous les membres du Congrès universel. À leurs yeux, la validité du sacrement eucharis- |
tique était subordonnée à la nature ecclésiastique
de l’ordination reçue par l’officiant ; ordination