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CHAPITRE II

« Bâtir la Cité »

HLa Conférence universelle de Stockholm, a |

1025, soucieuse, elle aussi, de frayer les voies vers’ l'avènement d’une chrétienté, avait suivi d'autres méthodes. Elle proposa d’aller vers le catholicisme évangélique par le moyen d’une catholicité religieuse, inspiratrice des cœurs, unificatrice des volontés, sur le terrain de l’activité morale et sociale, au nom de l’amour chrétien.

Voilà donc une deuxième définition possible … du christianisme : c’est un essianisme. (D’ail- Jeurs, le vocable « messianisme » dit, en hébreu, …

ce que le mot « christianisme » dit en grec.) Ici, nous quittons le domaine païen pour le domaine juif. Seul, dans l'antiquité, Israël se préoccupa

d'établir la justice entre les classes, la fraternité

entre les peuples, et de propager une religion insé-

parable de la morale. Nous voici dans une atmo-

ephère absolument inconnue du paganisme, obsédé

par l’au delà. Dans l’Ancien Testament canonique,

pas question d’immortalité. Quand elle s'appropria les livres sacrés des Juifs pour les annexer, hardi-

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fs nes au eue sacré des chrétiens, l'Eglise primi-

tive ne parut pas scandalisée du fait suivant : les prophètes ressemblaient aux modernes marxistes, qui prétendent cacher le ciel au profit de la Terre,

afin d'empêcher la déperdition de l'énergie révolutionnaire « dans les espaces glacés de l'infini.

Il est vrai que, si les voyants de l’ancienne Alliance ne préchèrent point l’immortalité de l’âme, leur foi

en l'Eternel était, cependant, un levier d’une telle

puissance qu'il ébranle encore, et soulève, les

peuples ; il est enfoncé dans l’histoire et dans la: conscience à une telle profondeur, que la moindre | pesée provoque un branle-bas, et oblige les nations :

à formuler la question sociale. Voilà, sans doute,

| . pourquoi l'Eglise primitive n’a pas eu conscience d'une véritable contradiction en rassemhirrt,

sous la même couverture, les écrits des prophètes

et les discours du Christ ; si elle n’a pas jugé scan-

daleux ce rapprochement, c’est qu’elle pressentait

la parenté intime entre l’une et l’autre prédication, Le Messie avait prédit, comme les prophètes, un Royaume de Dieu 2ci-bas ; un règne divin « dans » le monde, sans être « du » monde, c’està-dire qui s'inspire d’un autre esprit et s'établit par d’autres moyens ; bref, le Messie, (qui croyait,

lui, à l’au delà), annonça un ciel descendant sur la

terre. Il nous enseïgna même à demander, dans

lOraison dominicale, la RARES de cette be

phétie.

Au surplus, les voyants d'Israël, sans affirmer

… expressément l’immortalité individuelle dans l'ac-

Denon pleine et LoHpesses du terme, admet-

taient, eux aussi, l'univers invisible : ils croyaient en Dieu, et à son intervention rédemptrice ici-bas, pour mettre fin au chaos social, comme il avait mis fin au chaos physique. A cet égard, les déclarations communes des prophètes et du Messie

. rayonnent d’une telle puissance, que l’orthodoxie

traditionnelle, même cantonnée sur le plan indi-

vidualiste et transcendantal, n’a pus’affranchir de

l’enseignement biblique, en son robuste réalisme. C’est pourquoi, tout en proclamant l’immortalité de l’âme, l’orthodoxie persiste à prêcher un retour corporel de Jésus, une résurrection de la chair, un millénium réalisé sur la terre. Ces doctrines cadrent mal avec l’idéalisme foncier d’un Mystère de salut ; elles ressemblent à ces organes du corps, “en voie de disparition, qui sont les témoins d’une activité aujourd’hui assoupie.

Dans le paganisme, la grande affaire était, pour l'individu, d'échapper à l'énigme de la destinée : Comment se soustraire à la pression de l’univers, à la hantise de la mort ? Le naturisme païen avait apporté diverses réponses à cette question obsédante. Tantôt, il avait essayé de supprimer le

problème, en identifiant l’homme avec la Nature:

monisme panthéiste, débauche sacrée, Tantôt, il avait essayé de capter les énergies cachées de la Nature, de l’utiliser en surprenant ses mots de passe et ses talismans, afin de dominer les fantômes,

les démons, les dieux : c’est la tactique du ritua- :

lisme. Ou bien le paganisme, prenant l’offensive, avait traité la Nature en ennemie, s’efforçant de la mater dans le domaine corporel, par la recherche

ai

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