‹ Du protestantismeChapitre 66 sur 85 · PEU · texte numérisé non relu

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transcendantale, due au sacrement qui régénère le corps et communique l’athanasie physique.

- L'orientation du judaïsme social fut bien difié-

rente. Il ne s’agissait plus, pour l'individu, d’échapper au mystère de la destinée ; il s'agissait, pour | la collectivité providentielle, d'échapper à l'idold-

rie par une sécession provisoire, par la mise en

quarantaine du genre humain. En tous les cas, le christianisme d’origine biblique, lorsqu'on

lenvisage sous l'angle du messianisme, ne peut plus se condenser dans la formule : « Faire son

salut. » Il a pour mot d'ordre : « Bâtir la

Cité ». Ou encore : transformer la société, évangé-

liser le monde, établir le Royaume. L’axe de la

piété se déplace ; elle ne gravite plus autour du

moi craintif, égoïste, envahissant ; elle s'oriente

| vers « l’honneur de Dieu »; elle veut que le Nom

de l'Eternel soit glorifié.

La Conférence universelle de Stockholm ne

s'est point trompée en affirmant que le chris-

tianisme social, aïnsi compris, rapprocherait plus sûrement les Églises, que le christianisme ritualiste.

L'union de la chrétiertté s’établira beaucoup moins

par un Mystère de salut que par le mystère de la Charité : « A ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour “es autres,»

— Dans le Mystère de salut, le #01 reste au premier

on de la souffrance physique : et ce fut.

… l’ascétisme, Enfin, la religion païenne avait tenté 22 = l’affranchissement total et définitif à l’égard de la Nature, par l'affirmation d’une immortalité

ë n'ont point semblable valeur ; il faut les classer 4 - dans leur ordre vrai de hiérarchie. Objectera-t-on È

te

| plan : « Que faut-il que je fasse pour être sauvé ? » FC

conscience d’elle-même, ce qui serait contradic- ‘toire ; aussi bien, Jésus, dans le sommaire du Décalogue, affirme trois amours légitimes, celui

méconnaître que le résumé de la Loi, donné par

demandait le geôlier païen à l’apôtre. Certes, il n’est pas question d’arracher à la personnalité la

de Dieu, celui des frères, celui du moi : «Aime Dieu ! 4 de touté ton âme, et ton prochain comme toi-même.» Cependant, si les trois amours sont légitimes, ils

que le Christ les a reliés par le signe — ? Ce serait.

le Messie, revêt une forme nettement paradoxale. 4& Ou ‘bien, il aurait énoncé une banalité, équiva- « lente au truisme vulgaire : « Qui travaille prie », 2 | ou bien, il a audacieusement prononcé des paroles

A; . inadmissibles, destinées à provoquer automatique- 4

ment, tel un réflexe physiologique, la protestation - n

. Spontanée de la conscience religieuse. Si un maître

| disait à ses élèves ::« Le bon écolier soigne ses livres 4

comme une mère soigne ses enfants », la classe :. | comprendrait la pensée profonde sous le paradoxe.

commandement ne diffère pas du premier », il nous pique d’un dur aïguillon. En réalité, si le deuxième était identique ‘au premier, celui-ci ; cesserait d’être le principal, et perdrait son numéro - | d'ordre : l'amour pour Dieu se fondrait dans l’amour du prochain, et celui-ci dans l’amour du 1 moi. Les plus fervents partisans du christianisme ‘! si

De même, quand Jésus déclare : « Le second 4

social n NE pourtant pas écrire : « Tu aimeras

PART TL BANR ER CITE 233 ton prochain de toutes tes forces et de toute ta pensée, et tù aimeras Dieu comme toi-même, » : Ces remarques amènent la conclusion suivante : ni l'amour du moi, dans un Mystère de salut, ni . l'amour des frères, dans lé mystère de la Charité, . n’établissent un fondement assez solide pour supporter l'édifice de l'unité chrétienne. + ___ Sans doute, les tâches pathétiques de la justice et de la compassion gardent toujours, pratiquement, un droit incontestable de priorité. Quand retentissent les appels : « Au feu ! Au loup ! A l'assassin |! » le devoir est clair. Et il est, de plus, évident que les membres d’une équipe de sauve-. teurs communient étroitement dans une même passion inspiratrice qui les transfigure. Il est certain, aussi, que la foi au Père implique le service des frères, et que cette indissoluble union de l'idéal religieux et de lidéal social constitue la: marque distinctive de la morale évangélique. Mais il reste vrai, d'autre part, que l’amour pour les * frères contient, virtuellement, l’amour pour le Père, et que le christianisme pratique aspire à s'épanouir dans le christianisme spirituel. La pensée même l'exige ; elle ne peut trouver pleine satisfaction dans l’aménagement de notre planète, dans la transformation d’un chaos en cosmos ; - car notre Terre disparaîtra finalement ; elle n'offre pas à notre activité un but qui ait la dignité de J’'Absolu. Même à supposer que notre globe, transfiguré peu à peu dans son essence, métamorphosé en quelque sorte, devint capable d’être le séjour définitif d’une humanité rédimée, un « ciel » ter-

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