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CHAPITRE III

« Suivre le Christ »

s Cela étant, nous pressentons une troisième définition du christianisme, Est-il surtout un

Mystère de salut ? Est-il, avant tout, un Messianisme ? Nous voilà en présence d’une série parallèle de concepts ; nous retrouvons les antithèses examinées dans le présent volume, consacré au

É Protestantisme éternel. Sur le plan de la Nature, * c’est l'opposition du ciel sidéral et de notre sphère, Comme aussi de l’âme et du corps ; sur le plan

… psychologique, c’est l’opposition de ces deux con-

cepts : l’invisible, notion négative, et le spirituel,

notion positive, Nous voyons se dessiner la distinc-

tion séculaire entre une religion rwelle et une

religion morale, entre une théologie de la croyance et une théologie de la conduite, entre une piété centrée dans le credo et une piété centrée dans la

vie. Nous voyons se concrétiser l'opposition entre . le cultuel et le social, le sacré et le laïque, le prêtre

et le prophète.

Heureusement, la notion du Royaume de Dieu

est assez riche pour faciliter les synthèses néces-

#2 TE saires. “Ceux qui font surtout du christianisme 4 : un « Mystère », considèrent le Royaume comme une réalité posthume. Ceux qui font surtout du = christianisme un « Messianisme », considèrent le /: Royaume comme une réalité sociale. Mais ne # devrait-on pas envisager, avant tout, le christia= nisme comme une realité spirifuelle, la commu A Bed" #hion. avec le Christ ? C'est une expérience reli

| gieuse, d'ordre évangélique, et qui tend à pro- 4! mouvoir, ici-bas, un universalisme de l'Esprit .

une catholicité des âmes, une chrétienté. Le vrai

= Il faut sauver son. âme 21 ou encore : 17 faut bâtir la Cité! mais il se proposerait un programme tout. À NS simple, ultra mystique et ultra révolutionnaire A FR Il faut suivre le Christ! | 720 Au-dessus du christianisme individualiste ou E ecclésiastique, au-dessus du christianisme social M D ou messianiste, il y a le christianisme spirituel. Non pas ce christianisme spiritualiste, à la Platon M et à la Plotin, qui fuit la souillure de la matière + ‘et la déchéance corporelle, mais le christianisme … spirituel dont la loi mystérieuse est l’incarnation. = Le christianisme selon l'Evangile est une fees un état d'âme, une attitude intime, un accent, | un esprit ; un constant et surnaturel jugement de valeur énoncé par l’âme, dans le domaine qualitatif, 2 sous le rayonnement de la prière. Le païen se. proposait d'échapper au mystère de la destinée : le juif, se proposait d'échapper à l’idolâtrie ; le. 4 chrétien se propose d'échapper au péché. L’ensei- ” gnement de saint Paul montre, dans le péché, …

LA

Ÿ Esp tie se VAE NAS del enter tr A RAP D ee UN Len re ÉTÉ NI SRE

| - € SUIVRE LE CHRIST» 237 nn la double racine — et dé l’idolâtrie, abominée du ; judaïsme, et de la perdition, redoutée du paga- Zaisme.-:: | __ Tout vrai disciple du Christ connaît cette orientation morale de l’apôtre, cette expérience religieuse, cette révélation intérieure, cette intuition spirituelle, dans l’ineffable empire d’une « qua- __trième dimension de l’espace » en l’âme. À cette | vibration identique, dans le sanctuaire de la. Ÿ personnalité, tous les initiés se reconnaissent. re. Ils communient. Ye - Certes, ils ne cessent pas de croire au Royaume rs posthume au-dessus de nous ; mais ils vivent déjà, ici-bas, de la vie éternelle. D’autre part, ils ne cessent pas de croire au Royaume social, | autour de nous ; maïs il n’est plus que l'irrésistible déploiement d’un dynamisme spirituel, déterminé à renverser tous les obstacles qui s'opposent, - dans le monde, au rayonnement du « Sauveur Messie » : Jésus-Christ. Car, Jésus devenant le | Christ, le « Seigneur », c’est le graphique même due * mouvement rédempteur sur notre Terre, en atten- . dant l’heure des consomniations définitives, quand. le Révélateur, notre Frère aîné «sera lui-même ni soumis, dit saint Paul, à Celui qui lui aura soumis “ptoutes .choses ». Bref, le Royaume autour de nous est dû à la radio-activité du Royaume en nous... « Christ en nous, déclarait l’apôtre, l'espérance , dela gloire ».°" Christ en nous, et par conséquent, Christ pré- sent dans l'Eglise, corps dont Il est la tête, le chef. / La.notion de l'Eglise va s'imposer, toujours

davantage, aux méditations des chrétiens. Ses rites, ses liturgies, ses sacrements, ses dogmes,

cet ensemble merveilleux de symboles adaptés aux besoins les plus profonds des âmes, et qui. assurent méthodiquement leur croissance régu-

". 7 d'a dd ai tes sn + obé he ou LD

lière, voilà probablement le cadre futur de la |

chrétienté unifiée ; cadre qui ressemblera beaucoup, longtemps encore, à l'Église traditionnelle.

Mais dans ce vénérable contenant, quel contenu .

nouveau! Quelle indépendance intellectuelle, quelle

audace morale et sociale, quelle ambition reli- …

gieuse, quel affranchissement intérieur à l'égard

des formules, toujours plus respectées, et des.

- formes, toujours plus chéries !

Toûtes les Confessions chrétiennes, AG a c

et librement fédérées, communieront un jour,

autour de la même table eucharistique, sous l’om- …

brage sacré du Cep et des sarments.

est CHAPITRE IV Vers l’Intercommunion

- Chirnères ! dira-t-on. Le souverain pontife vient de promulguer une encyclique, dirigée contre tout + idéal de réunion des Eglises en dehors dû bercaïl papal. — Mais l’encyclique Mortalium animos apporte une confirmation précieuse à la thèse du présent livre. À tous les yeux éclate, maintenant, la différence entre le romanisme et le catholicisme ; le premier a pris position contre . le second, dans un document solennel. Celui-ci marquera dans l’histoire du christianisme. Les thèses de Luther, à la Wartburg, annonçaient là naissance du Protestantisme; les thèses de Pie XI, au Vatican, prédisent l'apparition du - Catholicisme. Désormais, une catholicité spiri- - tuelle devient possible. + … De graves difficultés, il est vrai, barrent encore la route qui mènerait les grandes Confessions chrétiennes vers la pratique de l’Intercommunion. - On appelle ainsi une manière de convention réciproque ou de concordat spirituel, permettant à des chrétiens, malgré leurs divergences ecclésias-

ANR

la

240 VERS UN SPIRITUALISME CATHOLIQUE à Pyase | STE tiques, de participer- librement à la Sainte Cène. dans chacune des-Eglises unies par ce pacte reli- . -gieux. On peut imaginer différentes modalités . - pour un accord de ce genre. Par exemple, en 1920, « le concile anglican de Lambeth décida que tout « évêque serait désormais autorisé, dans certaines \ circonstances, à distribuer la communion à des non w anglicans. On peut se représenter qu’une décision « plus large encore, prise par une Eglise, permette “ à tous les fidèles, indistinctement, d’une autre : Eglise, de venir communier dans ses propres sanc- » tuaires ; et cela, sans attendre une pleine récipro- » cité. Celle-ci venant à se produire, les deux Eglises » pratiqueraient réellement l’Intercommunion ; elles \ mélangeraient leurs flots, comme deux rivières | que séparait une digue. Mais serait-ce, vraiment, la pleine Intercommunion ? Pas encore. Elle » s’affirmera beaucoup plus nettement, quand les. clergés de l’une et l’autre Eglise seront, en quelque sorte, considérés comme interchangeables ; admis dès lors à célébrer dans les lieux de culte d’une autre Dénomination, ils pourront, soit y officier » en collaboration avec les pasteurs de l’endroit, soit même les remplacer entièrement, en certaines : occasions, tandis qu’ils seraient eux-mêmes suppléés, dans leurs propres sanctuaires, par le clergé dont ils auraient pris la place à la table sainte.

De telles pratiques ne deviendront possibles, c’est-à-dire acceptables pour la pensée et tolérables pour la conscience, que dans la mesure où tous les chrétiens seront unanimes pour confesser, par le sacrement de la sainte Cène, la Présence due

hé

L INTERCOMMUNION S 4 2ALEER

er glorifié. Cette Fe est une affirmation d'ordre religieux, un fait de nature morale ; elle n’exige aucune épithète. Les chrétiens qui parlent de Présence « réelle », sont soupçonnés. = d’être antispiritualistes ; et ceux qui parlent de Présence «spirituelle », sont accusés d’être antiréalistes. Or, sur le terrain de la certitude surnaturelle, de l'expérience révélée, de l'intuition transcendantale, de la vie éternelle possédée, — tous les

chrétiens contemplent, au fond de leur âme, le

même trésor divin, ils adorent le même mystère : la Présence. Alors, pourquoi exiger d'eux de communes représentations mentales, ou des formules … intellectuelles identiques, c’est-à-dire illusoires, pour expliquer l’ inexplicable, pour exprimer l’ineffable ? La pratique de l’Intercommunion serait,

dans l'Eglise, le triomphe du spiritualisme essentiel

par lequel seul elle subsiste. :

En un pareil domaine, la difficulté suprême n’est pas de nature dogmatique, mais rituelle. Nul ne voit ce qui se passe dans la boîte crânienne de son voisin ; les divergences mentales demeurent : inaperçues, alors que tous accomplissent un même rite. Rien ne trouble, extérieurement, l’accord des pratiquants, réunis dans un geste identique. Au contraire, quand des chrétiens, animés des mêmes convictions, accomplissent différemment l’acte cultuel, une inquiétude naît pour l’imagination : celle-ci à besoin de figures, d’emblèmes, de symboles ; il lui faut, dans la nuit, des points de repère lumineux, pareils aux clous d’or qui dessinent dans l’empyrée une constellation. Au

-Protestantisme. 16

firmament de l'Eglise, ainsi que dans dr 1 ‘astronomique, brille notre « Croix du Sud », la à figure géométrique des poutres AR Dre au 4 Calvaire, pour que le Fils de l'homme expirât, les bras étendus. Décapité comme le Baptiste, ou À lapidé comme Etienne, le Messie aurait-il incrusté l'effigie de son supplice dans la substance même. ; de l'humanité ? Sous le geste immense de bénédic- + tion esquissé par le Crucifié entre ciel et terre, les siècles s’agenouillent, l’un après l’autre, et À ‘adorent. Dans le même ordre d'idées, il est « permis de se demander si l’unification des Eglises 1 n’est point liée à la célébration de la Sainte Cène 4 selon un mode unique. On obtiendrait ainsi, pour | la chrétienté entière, quelque chose de plus que: … l'« Intercommunion » ; on aboutirait, sur le plan …

œcuménique, à la « Pleine communion ». 1 Mais les Eglises’ foncièrement sacramentaires … pourraient-elles, en bonne conscience, et même si l'Eglise unifiée adoptait leur forme traditionnelle | ‘du rite eucharistique, se rallier à une célébration

purement formelle, vidée de son contenu spéci-…

fique, tel du moins que les ritualistes l’envi- : sagent ? Le sacramentarisme strict est lié à-une

certaine philosophie de la religion, à certaines . thèses métaphysiques, et aussi à ete postulats dans le domaine de l'histoire : du sacrement au prêtre, du prêtre à l’évêque, de l'évêque au collège. apostolique, la chaîne du cléricalisme tient bon. Les Eglises essentiellement sacramentaires, si elles cédaient sur leurs prémisses, renieraient leurs principes constitutifs et perdraient (d'après la |

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