SYMPTOMES
Aucun symplôme objectif ne révèle le prurit en lui-même ; quelle que soit sa définition ce n’est qu'un symptôme subjectif. Seul, le grattage et ses conséquences pourront permettre d'apprécier l'intensité du prurit.
Voyons tout d’abord quel est le siège exact de ce prurit que, jusqu'ici, nous avons toujours appelé vulvaire. D'après nos observations personnelles, nous pouvons conclure que le prurit siègera par ordre de fréquence : sur la face interne des petites lèvres et la région vestibulaire, puis sur la région clitoridienne, clitoris et son capuchon, enfin sur les grandes lèvres. Il semble bien, malgré des exceptions assez nombreuses, que la partie la plus souvent et la plus intensement atteinte soit l’orifice vaginal, pour s'étendre ensuite à l'extérieur. De plus, les démangeaisons vont fréquemment au delà de la vulve, vers l'anus, la face supéro-interne des cuisses, le mont de Vénus ; parfois, mais très rarement, elles atteignent aussi le vagin. Toutes ces localisations ne sont que des complications de l'affection primitive partant réellement de la vulve elle-même.
EN
Comme partout ailleurs, l'intensité du prurit vulvaire est extrêmement variable. Mais, comme nous l'avons vu, c’est beaucoup plus Ja réaction personnelle de la malade que la cause en elle-même qui vient donner au prurit son intensité.
Parfois minime, le prurit serait à à peine perçu de la malade et serait soulagé par un simple frottement avec le doigt, s’il siégeait en toute autre répion, où si là malade était seule au moment où il survient. Mais, de par son siège, le prurit vulvaire, quelle que soit son intensité, prend de suite une impottance considérable, lorsque la malade est . jgée de vivre en société.
Lorsqu’ elle est peu intense, Doit, la sensation prurigineuse peut être passagère et la distraction peut amener sa disparition : un geste furtif, parfois possible suffira, dans quelques cas, pour l’atténuer et la faire disparaître.
Mais si la sensation est plus forte et si ià Häladle se trouve vraiment dans l'impossibilité de satisfaire au besoin du grattage, ce besoin devient de plus en plus impérieux, amenant une véritable torture. La malade à recours alors à des artifices multiples : frottéments contre le siège sur lequel elle est assise ; croisement des jambes aussi serré que possible pour arriver à une compression des organes génitaux éxternes qui, dans quelques cas, amène une légère détente ; mais, en général, tous ces artifices, au liéu d’apaiser la démangeaison, ne font que l’exaspérer,
L'impossibilité de céder à cette tentation, pourtant
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à peine irrésistible, de se soulager par le grattage, amène chez la malade, une tension de tout l’organisme, une angoisse véritable et extrêmement péni-
ble, qui très rapidement retentit sur le système ner-
veux. Les malades alors fuient toute relation sociale,
s’isolent complètement, tant elles redoutent le re-
tour de pareilles crises et afin de pouvoir, à loisir, satisfaire ce besoin si impérieux.
Remarquons toutefois qu'il est tout-à-fait exceptionnel de voir les malades se gratter dans des lieux publics, en plein jour. La distraction et l’impossibilité absolue de céder à ce besoin, éloigne Fapparition des crises dans bien des cas. Rarement le besoin est assez impérieux pour obliger la malade à rentrer sous une porte ou, lorsqu'elle le peut, à prendre une voiture, comme cela nous a été si-
gnalé. :
Tant que la malade n’a pas commencé à se gratter elle peut espérer voir rétrocéder la démangeaison ; dès qu'elle a cédé, ce n’est plus possible, c’en est fini de tout espoir d'atténuation ; les sensations s'exagèrent, se décuplent et aucun raisonnement ne pourrait alors arrêter la malade qui, perdant toute raison, toute pudeur, excorie la vulve avec les doigts, les ongles, la chemise ou beaucoup plus ra-
rement avec un objet quelconque. Elle ne cesse que
lorsque les démangeaisons s’apaisent, elle éprouve un bien-être réel, s’apercevant à peine de la douleur que provoquent les excoriations.
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Nous avons pu être témoin d'une de ces grandes crises. Bien souvent, au moment où la malade se. déshabille pour se prêter à un examen local, une démangeaison survient, que quelques frottements légers, calment. Pourtant, dans un cas, nous avons , assisté à une de ces crises intenses, Hé jure : pressionnante. +
Nous ne pouvons mieux faire que dé reproduire la description remarquable, que donne M. le docteur Darier, dans son précis de dermatologie, d’une crise de prurit en général : Fa
« Quiconque a assisté à une crise de ie bien « caractérisée en conserve une impression durable. « Au début, le malade cherche à se dominer ; peu à « peu il cède au besoin de grattagé, qui augmente « sans cesse et dont la satisfaction s'accompagne « d’une sensation réellement voluptueuse ; bientôt « il a perdu toute mesure ; on le voit blême, an- « goissé, absorbé par son mal, se faire furieuse- « ment de sanglantes écorchures, se mutiler la
« peau, se torturer littéralement, comme en proie « à une force aveugle. Ce n’est parfois que lorsque « le tégument a été mis
à vif et ruisselle de sang « que la détente se produit, que l’apaisement se « fait et que la crise est terminée. Le malade en « reste épuisé et comme honteux. La comparaison « avec une crise épileptique et celle qu'implique le « terme d' « onanisme cutané » sont absolument « justifiées. »
La grande crise de prurit vulvaire se passe com.
me la crise de prurit en général, avec pourtant, :l
nous semble, une différence : les malades, dans un très grand nombre de cas, ne se font que peu ou pas de lésions et il est infiniment rare que « le tégument soit mis à vif et que le sang ruisselle ». On ne trouve que des excoriations linéaires peu profondes ‘marquant la trace des ongles ; bien souvent même le grattage se fait au moyen de la chemise et n’est pas nocif pour le tégument. Pourtant une détente, en tout semblable à celle qu'indique le D° Darier existe et marque la fin de la crise. Dans le prurit,
en général, M. Brocq remarque lui aussi que « le : : q q
prurit cesse quand la peau est excoriée ». D’après le docteur Jacquet la détente se produit après le grattage parce que « la sensation est ärrivée à l’é- « puisement ». Îl existerait même, d'après cet au- ‘teur, une hypoesthésie manifeste et durable de la région qu'il appelle hypoesthésie pruri-traumatique et qui est la cause de la détente et non un fait concomitant car, dit-il, on pêut la faire naître en grattant un point non pruritique.
Quelle durée peuvent avoir les crises de prurit P Rien de plus variable ; quelques secondes dans les cas légers, plusieurs minutes, parfois une heure et plus dans les cas extrêmes, avec tous les intermédiaires possibles .: les crises pouvant même devenir subintrantes.
Leur nombre varie avec chaque malade. Lorsqu'il n'existe qu’une seule crise elle se produit habituellement le soir au moment où la malade se
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