CHAPITRE V
Des médications qui s’adressent à la cause constitutionnelle des psoriasis de la langue et de la bouche :
Alcalinsj et, en particulier, bicarbonate de soude dans le psoriasis arthritique ;
Arsenic dans le psoriasis dartreux ;
Mercuriaux et iodure de potassium dans le psoriasis sjphilitique.
Il nie reste maintenant à dire quelques mots des moyens thérapeutiques qu’on a employés contre le psoriasis de la langue et de la bouche. Malgré leur multiplicité, leur énergie, l’opportunité de leur administration, leur choix varié adapté selon les indications les plus rationnelles aux espèces, aux variétés, aux phases de chaque cas, etc., etc., on n’a obtenu la plupart du temps que des résultats à peu près nuis, ou du moins très-insignifiants et presque toujours momentanés.
Les espèces les plus rebelles sont certainement les psoriasis arthritique et dartreux, surtout ce dernier. Outre la médication locale, qui est toujours à peu près la même, quelles que soient les espèces, on a eu recours aux médications internes les plus propres à modifier l’état constitutionnel, qui était évidemment ou qu’on supposait être la cause profonde de l’affection.
Ainsi, lorsqu’il s’agit d’un psoriasis arthritique, on donne des alcalins à l’intérieur. Ils sont employés depuis longtemps dans le traitement de l’arthritis; mais c’est M. Bazin qui les a remis en honneur dans ces derniers temps, et personne ne les a préconisés avec plus de conviction, et j’ajoute avec plus d’autorité que ce savant dermatologiste. Il donne la préférence au bicarbonate de soude, qu’il considère comme l’agent antiarthritique par excellence. « Nous sommes le premier, ditil, qui ayons proclamé cette spécificité du bicarbonate alcalin, dont nous avons
étendu l’emploi à toutes les manifestations de l’arthrilis Sur l’homme sain,
depuis la dose de 1 à 2 grammes jusqu’à celle de 4 à 8 grammes par jour, ce médicament augmente l’appétit, facilite les digestions, régularise les selles; il a une action dynamique excitante générale, se traduisant par une force et une fréquence
du pouls un peu plus grandes qu’à l’état normal, etc Sur l’homme malade,
les bicarbonates alcalins ont une triple action : une action spécifique sur l’arthrilis; une action palhogénétique sur les affections papuleuses; une action physicochimique sur le sang et sur les sécrétions (1). »
(1) Bazin. Leçons sur le traitement des affections de la peau, p. 330-339.
On fera donc prendre aux malades affectés de psoriasis arthritique de la bouche et de la laqgue du bicarbonate de soude sous différentes formes : sous forme de sirop, de solution, de pastilles, d’eaux minérales naturelles. On proportionnera la dose à la durée et à la gravité des cas. Parmi les eaux minérales, celles qu’on emploiera de préférence sont les eaux de Vichy, de Vais, et surtout celles de La Bourboule lorsque 1 arthritis est uni à l’iierpétis, ou que le diagnostic de la nature de l’affection reste indécis, ce qui arrive très-souvent, entre l’arthritis et la dartre.
Si le psoriasis est décidément herpétique, on a recours à l’arsenic (sous forme d’arséniate de soude et d’arséniate de fer), qui est considéré ajuste titre comme un puissant modificateur dans les affections qui se rattachent à la dartre. On prescrit aussi les eaux naturelles spécifiques de l’arthritis qui contiennent de l’arsenic : La Bourboule, le Mont-Dore, Plombières, Avesnes (minéralisées par l’arséniate de soude) ; — Vichy-Lardy, Vais (Dominique), Bussang, etc. (minéralisées par l’arséniate de fer (i).
La syphilis ayant deux médications spécifiques d’une valeur incontestable, il est
inutile de dire qu’on devra les diriger contre tout psoriasis qui dépendra manifeste-
ment de cette maladie constitutionnelle. Si l’afféction est simplement psoriasique, on emploiera de préférence l’hydrargyre ; si elle est compliquée d’ulcérations profondes, de tubercules, on administrera le sirop de bi-iodure ioduré, et enfin, dans les cas de tumeurs gommeuses, on ajoutera au traitement hydrargyrique, de l’iodure de potassium, ou on augmentera la dose de celui qui entre dans le sirop de bi-iodure ioduré (sirop de Gibert).
(1) J’ai dit qu’il était souvent fort difficile et même impossible de dire si tel psoriasis était arthritique ou dartreux. Cès deux espèces forment un groupe dartro-arihriiique très-distinct de foutes les autres espèces. Dans le traitement de ces sortes de psoriasis, il faut employer simultanément la médication alcaline et la médication arsenicale. Voici ce que je prescris habituellement en pareil cas : Je fais prendre matin et soir au malade une cuillerée à bouche du sirop suivapt, dans une tasse d’infusion de douce-amère ou de pensée sauvage : sirop simple, fi50 gr.; eau distillée, 50 gr.; bicarbonate de soude, 25 gr. J’ordonne de faire usage de celte solution arsenicale : arséniate de soude, 5 centigr.; eau distillée, 250 gr., tous les jours, à la dose de deux cuillerées à bouche prises, l’une avant le déjeuner, l’autre avant le dîner. Si elle est bien tolérée, je double la dose au bout de huit ou dix jours. Je recommande de coupèr aux deux tiers le vin des repas avec de l’eau ordinaire, dans un litre de laquelle on fait dissoudre 8 grammes de bicarbonate de soude, etc., etc. Quant à l’arséniate de fer, il est infidèle dans son action; M. Bazin le prescrit, dans les herpétides qui poussent sur un terrain lymphatique, à la dose de 1 à 26 et 30 centigr., sous forme pilulaire, associé à l’extrait de fumelerre, de patience, etc. On n’arrive aux doses maxiina (25, 30 centigr.) qu’en augmCQtant de i centigr. tous les trois ou quatre jours. — Les doses tliérapeutiques d’arséniate de soude sont comprises entre 5 milligr. et 6 centigr. Cette dernière dose ne doit pas être dépassée, car elle est très-forte. — Les eaux de Royal et de Saint-Chrislau passent pour trèsefficaces dans le psoriasis de la langue et de la bouche.
De la médication hydrargyro-iodurée dans scs rapports avec le psoriasis bucco-lingual :
les merciiriaux n’ont aucune action patliogéniquc dans le psoriasis bucco-lingual ;
Le psoriasis bucco-lingual ne prédispose pas à la stomatite mercurielle;
Le mercure et l’iodure de potassium n’ont aucune action sur les psoriasis arthritique et dartreux. Ils sont nuisibles dans le psoriasis épitbéliomateux, et favorisent sa transformation en cancrolde.
Mais au sujet de l’administration des niercuriaux dans certains cas de psoriasis s’élève une question que je me suis réservé de traiter ici :
lu Quelle est l’action pathogénique du mercure dans le psoriasis? La stomatite hydrargyrique suscite une violente inflammation de toute la muqueuse buccale qui se concentre principalement sur lès gencives; elle devient rapidement ulcéreuse, fongueuse, pseudo-membraneuse, etc.; mais à aucune période elle ne présente rien dans son processus qui la rapproche du processus spécial au psoriasis. On pouvait donc supposer à priori qu’elle n’avait aucune influence étiologique dans la production du psoriasis. C’est, en effet, ce que l’observation démontre. J’ai soigné un grand nombre de malades atteints de salivation et de stomatite mercurielles; je les ai revus longtemps après leur guérison, et je n’ai constaté chez aucun d’eux les phénomènes du psoriasis.
2° Le psoriasis prédispose-t-il à la -stomatite mercurielle? On pourrait le croire, puisque le mauvais état des gencives, et les irritations aiguës ou chroniques de la muqueuse bucco-linguale paraissent favoriser Faction spécifique de Fhydrargyre sur la bouche. Je n’ai cependant devers moi aucun fait qui justifie cette prévision, et les malades que j’ai traités pour des psoriasis syphilitiques simples, ou compliqués de lésions plus graves, ont pu prendre impunément pour leur bouche ou leurs gencives des doses plus ou moins fortes de mercure.
3o Le mercure et l’iodure de potassium ne sont-ils pas nuisibles dans quelques espèces de psoriasis bucco-lingual? — 11 est certain que ces deux médicaments sont absolument inefficaces dans les psoriasis arthritique et dartreux. Lors donc que l’on a la certitude que ces deux espèces n’ont aucune teinte syphilitique, il ne faut pas employer la médication ioduro-hydrargyrique. Mais ce n’est pas tout : on doit s’en abstenir rigoureusement dans quelques cas, sous peine de voir l’affection quitter ses allures pacifiques pour devenir tout à coup beaucoup plus grave. “• J ai eu un exemple bien frappant de cette action nuisible dans l’observation IV de ce travail. Je fus frappé de voir au bout de quelques jours survenir la salivation, ] ulcération, la douleur, etc., sous l’influence de ces médicaments. Je crus d’abord à^une salivation mercurielle; mais les gencives restaient intactes; aucun des symptômes propres à l’affection hydrargyrique de la bouche ne se manifesta, sauf l’abondance du flux salivaire. Bientôt il devint évident que tous ces phénomènes graves
tenaient à la transformation en épilhélioma d’im psoriasis regardé à tort comme syphilitique. Il ne fut pas moins évident pour moi que, si le mercure et l’iodure de potassium n’étaient point la cause unique et intime de cette transformation, ils 1 avaient puissamment aidée à se produire et en avaient peut-être aggravé les accidents et précipité la marche (1).
Le traitement hydrargyro-ioduré, qui est généralement considéré comme une pierre de louche dans les cas si fréquents où l’on ne sait si les lésions de la langue ou des lèvres sont syphilitiques ou cancéreuses; ce traitement, si préconisé et qu’on donne de la façon la plus banale, doit donc être surveillé avec le soin le plus minutieux lorsqu’on juge indispensable de l’instituer. Il faut avoir épuisé vainement tout ce qui est de nature à nous éclairer sur le diagnostic avant de recourir à un critérium aussi dangereux.
■Il
Le psoriasis épitliéliomalcux n’a pas de spécifique. — Danger des médications locales dans celle espèce de psoriasis bucco-lingual.
Déceptions auxquelles il faut s’attendre dans l’administration des médicaments dits spécifiques.
J’ai parlé jusqu’ici des trois ordres de spécifiques qui trouvent leur application dans les trois espèces constitutionnelles du psoriasis : les alcalins, l’arsenic, le mercure et l’iodure de potassium. En existe-t-il un pour l’épithélioma ? Malheureusement non; et le seul moyen que nous ayons de guérir celle terrible affection, c’est la destruction du mal aussi loin qu’il a pu s’étendre. Le traitement de cette espèce de psoriasis est donc purement chirurgical, du moins dans ses dernières phases. Mais, dans les premières , que faut-il faire? Essayer les alcalins, essayer surtout l’arsenic, puisque l’épithélioma, ainsi que les autres cancers, passe pour une des terminaisons de la dartre; recourir aux topiques, mais avec prudence, car ils provoquent une irritation suivie rapidement des accidents les plus graves causés par la transformation inattendue du psoriasis en cancer. « MM. Verneuil et Lailler (communication orale) ont vu ensemble un individu qui depuis longtemps avait un psoriasis de la langue, et chez lequel l’ablation d’une des végétations épithéliales qui caractérisent cette maladie fut immédiatement suivie d’une poussée ganglionnaire qui marcha avec une extrême rapidité (2). »
(1) MM. Arnolt et Larrey ont insisté sur les inconvénients de cette médication qu’on administre dans presque tous les cas de cancers comme pierre de touche pour distinguer celte afleclion des sypliilomes de la langue. « J’ai réuni, dit M. Théophile Anger, plus de 60 observations où les auteurs ont signalé, souvent sans s’en rendre compte, l’extension rapide du cancer chez les individus soumis à un Iraileracnt spécifique, et spécialement lorsqu’ils ont pris des mercuriaux. » (P. 5fi.)
(2) Th. Anger. Du cancer de. la langue, p. 50.
Parce que j’ai appelé spécifiques les alcalins et l’arsenic, l’un pour l’arlhritis, l’autre pour la dartre, il ne faudrait pas croire qu’il suffit de les administrer pour guérir. — On guérit très-rarement les deux espèces de psoriasis qui appartiennent à ces maladies constitutionnelles. Le psoriasis syphilitique lui-même, bien qu’on l’attaque avec des médicaments d’une bien plus puissante spécificité que les alcalins et l’arsenic, résiste quelquefois très-longtemps. — Il en est de même de toutes les autres manifestations constitutionnelles. 11 faut que l’organisme consente et qu’il trouve en lui assez de force pour surmonter l’action morbide. Les spécifiques ne font que stimuler celle force et lui donner l’activité qui lui manque. Ils ne tuent pas directement le principe morbifique, mais ils détruisent ou empêchent ses effets d’une façon détournée et par l’intermédiaire des énergies saines qu’ils élèvent au degré voulu pour que l’équilibre organique soit rétabli sur les bases de la nutrition normale.
De la médication rationnelle dans les psoriasis biicco-linguaux :
Hygiène préventive. — Nécessité d’interdire tout ce qui peut exciter anormalement la muqueuse buccolinguale ; fumée et jus du tabac, liqueurs fortes, aliments épicés, etc.
Indications fournies par la prédominance de certains éléments morbides : inflammation, érosions, papillomes. — Antiphlogistiques, caustiques.
Médication substitutive : agents substitutifs.
Prudence et modération nécessaires dans le maniement des agents substitutifs.
Il n’existe pas d’agents substitutifs spécifiques dans le traitement des diverses espèces de psoriasis buccolingiiaux.
Récidives de celle affection. Difficulté de la guérir.
Chaque fois qu’on possède contre une maladie un des médicaments dits spécifiques, la première indication, c’est de l’employer. Mais, à coté de cette indication capitale à laquelle il n’est pas toujours possible de déférer, puisque souvent les spécifiques font défaut, s’en placent d’autres qu’on pourrait appeler rationnelles, parce qu’elles réclament un ensemble de moyens thérapeutiques dont l’action s’explique avec les données de la physiologie, tandis que celle des spécifiques reste toujours mystérieuse.
Parlons d’abord des indications préventives et du traitement hygiénique- en général il est bon, pour toute espèce de raisons, d’éviter les causes capables de surexciter outre mesure la muqueuse buccale. Cette précaution devient indispensable quand la bouche, par le fait d’une infiammation antérieure, d’un état constitutionnel ayant de la tendance à se déterminer sur elle, de lésions chroniques plus ou moins graves, se trouve dans un état d’imminence morbide, ou est déjà malade. Ces causes externes jouent certainement un rôle considérable dans la genèse du psoriasis, d’autant plus grand qu’elles se combinent la plupart du temps, et que
leurs actions réciproques s’ajoutent ou se multiplient. Il est rare, par exemple, que l’abus du tabac, sous quelque forme que ce soit, n’entraîne pas celui des boissons et réciproquement. D’un autre côté, les grands fumeurs n’ont pas habituellement une dentition bien saine, ni les vieux buveurs non plus.
Les premiers conseils du médecin doivent donc porter sur l’hygiène de la bouche. Il faut interdire absolument l’usage de la pipe, des cigares, de la chique, aux individus qui sont menacés d’un psoriasis ou qui en ont eu déjà une ou plusieurs attaques. Ce n’est qu’au prix de celte abstention qu’on pourra espérer quelques bons effets du traitement, soit général, soit local.
Quelques éléments morbides prédominant, d’une manière continue ou passagère, fournissent parfois des indications qu’il est nécessaire de remplir avant de recourir aux médications spéciales ou pendant qu’on les emploie.
Ainsi, chez certains malades, l’inflammation générale ou partielle de la muqueuse buccale survient avec facilité dans le cours du psoriasis, et s’y produit habituellement sous la forme érythémateuse. On la traitera par des gargarismes émollients, et ce n’est que quand elle sera atténuée ou éteinte qu’on attaquera le psoriasis avec la médication substitutive.
Chez d’autres, il y a tendance aux érosions herpétiques, aphtheuses, et aux excoriations de la muqueuse, soit par le ramollissement, soit par la chute de l’épithélium. On modifiera la surface de ces ulcérations avec des cautérisations d’abord superficielles et éloignées, puis plus rapprochées et plus profondes, si la cicatrisation ne se faisait pas ou si ces ulcérations prenaient un mauvais aspect.
Faut-il toucher à ces touffes de papilles hypertrophiées qui forment parfois d’assez grosses végétations sur les bords et à la pointe de la langue? On a vu plus haut que cette pratique n’était pas sans danger dans les psoriasis qui doivent devenir épithéliomateux. Quant aux autres, lorsqu’on a la certitude que leur origine est dartreuse, arthritique ou syphilitique, de pareils ménagements ne sont pas nécessaires à leur égard. Les condylomes syphilitiques surtout, et en général toutes ou presque toutes les lésions syphilitiques de la bouche, sont rapidement améliorés par une médication locale énergique. Il ne faut pas craindre d’en] user largement. Sans elle, souvent, les spécifiques internes seraient incapables à eux seuls de triompher de ces affections buccales, que des excitations continuelles, même physiologiques, tendent à perpétuer indéfiniment.
Les caustiques qu’on emploie le plus fréquemment sont le nitrate d’argent, le nitrate acide de mercure, qui demande beaucoup de prudence; le chlorure de zinc, en solution plus ou moins concentrée; la teinture d’iode, etc., etc.
Ces agents peuvent aussi être dirigés, non plus contre quelques éléments morbides isolés, fortuits, cl qui ne font pas partie essentielle de la maladie, mais contre
la lésion psoriasique elle-même. Ainsi, on cautérisera avec le nitrate d’argent, par exemple, tout les points de la muqueuse qui sont malades. 11 sera bon de faire tomber préalablement, si cela est possible, les écailles ou squames épidermiques dont sont formées les plaques, les bandelettes, les lignes grises, opalines, blanches. Ce résultat n’est pas aussi facile à obtenir que pour les plaques du psoriasis cutané, à la surface duquel on peut maintenir, pendant le temps nécessaire, et sans aucun inconvénient, les topiques propres à ramollir et à détacher les produits épidermiques qui recouvraient le derme malade.
Parmi les topiques propres à remplir ce but, les gargarismes et les liquides pulvérisés sont les seuls que l’on puisse employer. J’ai l’habitude de faire gargariser souvent le malade avec une solution de borax ou de chlorate de potasse (20 grara. de l’un ou l’autre de ces sels pour un litre d’eau).
Ce que je viens de dire delà difficulté des applications émollientes et dissolvantes sur la muqueuse buccale et sur la langue, s’adresse à plus forte raison aux agents plus ou moins énergiques qu’on emploie comme substitutifs. Plusieurs qui seraient inoffensifs et d’un usage facile à la surface de la peau,, deviennent gênants et dangereux dans la cavité buccale. Ajoutez à cela qu’il ne faut pas provoquer une inflammation substitutive violente qui deviendrait préjudiciable en paralysant plus ou moins l’action d’organes nécessaires à la parole, à la mastication, à la salivation, etc. Il est donc d’une sage pratique d’être modéré dans le maniement des agents substitutifs. Il vaut infiniment mieux rester en deçà que d’aller au delà de leur action. Il faut tâter l’irritabilité des parties malades à l’aide de solutions caustiques étendues, et faire des applications partielles et non générales, avant d’attaquer énergiquement toutes les parties malades, et de demander à tel ou tel substitutif la plénitude de ses effets.
11 importe aussi de calculer avec grand soin la longueur des intervalles entre deux applications successives. Sur ce point, comme sur presque' tous ceux qui se rattachent à la thérapeutique, on ne peut donner que des conseils vagues. Il faut s’inspirer de toutes les circonstances relatives à l’état local, à l’état général, au processus, à l’âge, aux récidives de la lésion, etc. Quant à l’espèce du psoriasis, elle n’indique ou ne contre-indique spécialement aucun agent substitutif. La spécificité que nous avons admise, non sans quelques restrictions, pour les médicaments internes, ne s’étend pas à ceux dont il est ici question. Je crois, par exemple, qu’on peut employer les applications de teinture d’iode tout aussi bien dans un psoriasis arthritique que dans un psoriasis syphilitique, etc.
Je ne m’étendrai pas plus longuement sur ce sujet. Le psoriasis bucco-llngual est une affection très-opiniâtre et fort difficile à guérir. Ceux qui en sont affectes le gardent indéfiniment; s’ils parviennent à s’en débarrasser, ce n’est que momenta'-
nément. Une attaque succède à une autre; le médecin ne sait plus que faire; le malade se décourage et prend le parti de vivre avec cette affection, qu’il regarde comme une infirmité plus ou moins gênante... Est-ce à dire que les choses se passent toujours ainsi? Non. Aussi ne faut-il pas désespérer, surtout avant d’avoir tenté tout ce qu’il est possible de faire. Mais, je ne saurais trop le répéter, il faut le tenter avec réserve et avec une grande prudence. Il serait impardonnable de donner contre certains psoriasis rebelles et presque fatalement incurables, comme ceux d’origine herpétique, par exemple, des doses de médicaments qui pourraient compromettre ou ruiner la santé générale. Enfin il ne faudrait pas non plus abuser des médications locales au point de les rendre plus pénibles et plus gênantes que le mal lui-même.