CONCLUSIONS
1° Le psoriasis de la langue et de la muqueuse buccale est une phlogose chronique dans laquelle deux éléments anatomo-pathologiques principaux s’observent constamment. — Le premier est une inflammation scléreuse des papilles et des couches superficielles du derme ; le second une Injpersécrétion épithéliale qui se condense sous forme de plaques grises, opalines, blanches, et qui s’élimine sous forme d’écailles, de squames, exclusivement formées de cellules épithéliales.
2« Quelques auteurs ont eu tort d’appeler cette affection ichthyose de la bouche, car elle évolue, tandis que le propre de l’ichthyose est de ne pas évoluer et de constituer une difformité plutôt qu’une affection.
3° U existe d’autres éléments anatomo-pathologiques que la lésion psoriasique elle-même; mais ils n’occupent qu’un rang secondaire. Ce sont; le lichen, le pityriasis, les exulcérations, les fissures, l’état variqueux des veines, les hypertrophies glandulaires, etc.
lo Dans le psoriasis bucco-lingual, les parties atteintes sont, par ordre de fréquence et de gravité : La face supérieure et les bords de la langue, les commissures des lèvres, la face interne des joues, la face interne et le bord des lèvres, les gencives et la voûte palatine.
2 o 11 y a plusieurs phases dans le processus anatomo-pathologique du psoriasis bucco-lingual : a. période érythémateuse; b. période scléro-sqiiameuse ; c. formation des exulcérations, des crevasses, des rhagades; d. déchiqueture des bords de la
langue, état mamelonné, îlots, sillons, etc., résultant soit de cicatrices, soit d’une atrophie du derme produite par la pression des squames.
30 Les plaques, les bandelettes, les nappes, les stries, les squames formées par l’hypergénèse ont des teintes grise, nacrée, opaline, blanc chlorure d’argent. Celle dernière couleur s’observe dans le groupe des psoriasis bucco-linguaux de nature arthritique et dartreuse.
Ao Dans le psoriasis syphilitique, l’élément psoriasique proprement dit occupe le second rang dans la hiérarchie des lésions. Les éléments anatomo-pathologiques principaux sont : les érosions, les plaques muqueuses irisées, ecchymotiques, végétantes, cornées, etc.; les ulcères syphilitiques profonds, les tubercules, les gommes. Les érosions couenneuses sont plus communes dans le psoriasis syphilitique que dans les autres.
5° L’hypertrophie des papilles peut s’élever jusqu’à la formation des papillomes. Les papillomes du psoriasis sont bénins ou malins. C’est par la transformation des papillomes bénins en papillomes malins que le psoriasis bucco-lingual se métamorphose en épithélioma ou cancroîde.
1° Il existe une espèce de psoriasis artificiel ou provoqué qui est produit par des causes excitantes externes et n’est la manifestation d’aucune maladie constitutionnelle. On l’a décrit sous le nom de plaques des fumeurs. Quand il se prolonge, les causes excitantes n’existant plus, il faut admettre, derrière lui, une prédisposition générale ou locale, ou une maladie constitutionnelle.
2® L’arthritis et la dartre produisent le psoriasis bucco-lingual typique, celui dans lequel prédomine, pendant toute la durée du processus, la dermite scléreuse superficielle et l’hypergénèse épithéliale. Lq psoriasis buccal arthritique et le psoriasis buccal dartreux constituent deux espèces si voisines qu’il est impossible de les distinguer s’il n’existe sur d’autres points du corps des lésions propres soit à l’arthritis, soit à la dartre.
3° Dans le psoriasis syphilitique, l’élément spécifique (plaques muqueuses, tubercules, gommes, ulcères profonds, etc.) prédomine et la gorge est habituellement envahie, ce qui n’a pas lieu dans le groupe dartro-arthritique ; mais tous les psoriasis qui surviennent dans le cours de la syphilis ne sont pas syphilitiques. La syphilis peut se réduire au rôle de cause excitante et provoquer la formation d’un psoriasis dartro-arthritique ou épilhéliomateux.
4“ Quand un psoriasis dure depuis très-longtemps sans subir de modifications.
qu’il reste confiné dans son élément anatomo-pathologique spécial, qu'il n’envahit pas la gorge et résiste au traitement spécifique de la vérole, il y a de grandes probabilités pour qu’il ne soit pas syphilitique, fût-il survenu chez un individu évidemment syphilitique.
5° 11 y a des psoriasis bucco-linguaux qui se transforment en épithélioma et constituent une espèce distincte depuis leur début jusqu’à leur terminaison, c’est-à-dire une espèce dans laquelle on ne découvre aucune maladie constitutionnelle. Mais il y a aussi des psoriasis dartro-arthri tiques ou môme provoqués qui aboutissent à la irans formation épithéliomateuse.
Les troubles fonctionnels sont beaucoup plus graves dans cette espèce que dans les autres, du moins à une période avancée du processus. Parmi ces troubles, il faut noter la salivation, les douleurs lancinantes qui irradient dans les oreilles, la gêne de la parole et de la mastication, les adénopathies, etc.
La transformation des psoriasis bucco-linguaux en maladie maligne de la langue, en épithélioma, qui est à peu près le seul cancer de l’organe, est un des points les plus importants de leur histoire.
lo II existe des médications internes spécifiques pour trois espèces de psoriasis : l’arthritique, le dartreux et le syphilitique. Les alcalins et, en particulier, le bicarbonate de soude, se donnent dans le psoriasis arthritique ; l’arsenic dans le psoriasis dartreux ; le mercure et l’iodure de potassium dans le psoriasis syphilitique.
2° Le mercure et l’iodure de potassium, qu’on administre comme pierre de touche dans les psoriasis de nature douteuse, sont très-dangereux quand il n existe aucun élément syphilitique. Ils hâtent la transformation épithéliomateuse de certains psoriasis et en aggravent la malignité.
3° La spécificité n’existe pas pour les agents locaux ou substitutifs qu’on emploie dans le traitement des diverses espèces de psoriasis bucco-linguaux. La prudence et la modération sont nécessaires dans le maniement de ces agents substitutifs.
Septembre 1873.