‹ Du Ptosis Et De Son Traitement ChirurgicalChapitre 13 sur 19 · OBSERVATION IL · texte numérisé non relu

OBSERVATION IL

Le 27 avril 1891, en l’absence de M, Gillet de Grandmont, nous avions l’occasion d'examiner à la clinique de notre maître un jeune enfant de 6 ans, Charles R...

Notre attention fut tout d’abord attirée par un léger degré de parésie des muscles de la face du côté gauche et une certaine atrophie de ces muscles qui, jointe à un ptosis du même côté, donnait à la physionomie un aspect des plus singuliers.

… Dans un premier interrogatoire nous apprimes que la mère avait été opérée à 13 ans d’un strabisme. l

L’affection, au dire des parents, était de naissance.

Notre maître, M. Gillet de Grandmont, dont nous n’avons mis que trop souvent la bienveillance à l'épreuve, a bien voulu venir en aide à notre mémoire et nous donner les détails qui vont suivre :

En outre de la parésie des muscles de la face du côté gauche, on constate la présence d’un strabisme divergent.

Ce ptosis, cette parésie du droit interne font penser qu’il s’agit Jà d’une ophthalmoplégie congénitale due, soit à une altération des noyaux, soit à un accident se rapportant aux manœuvres obstétricales. Il nous a été impossible d'éclaircir le fait auprès des parents.

Les efforts que fait le petit malade pour élever la paupière ne sont suivis d'aucune contraction du muscle élévateur ; au contraire, si l’on persiste à commander à l'enfant d'ouvrir son œil, la paupière s’abaisse davantage.

Si l’on fait porter le regard de Penfant sur un point éloigné dans le plan horizontal, passant par le centre des pupilles, et si lon mesure dans ces conditions la distance qui sépare, dans chaque œil, le bord libre de la paupière du bord supérieur du sourcil, on constate qu'il

ss 99e existe, en faveur de l'œil gauche, un allongement de la paupière égal à 40 millimètres.

Ainsi, c’est donc de 10 millimètres qu’il faudra raccourcir l'élévateur de la paupière. Ces dix millimètres seront pris en partie 4 à 5 millimètres environ sur le tarse, et 5 à 6 millimètres sur le tendon du releveur (muscle orbito-palpébral de Sappey).

L'opération a lieu le mercredi 29 avril, par le procédé de M. Gillet de Grandmont. |

L’incision horizontale passant à 4 millimètres du bord libre de la paupière et le point culminant de l’incision courbe passant à 10 millimètres au-dessus de cette ligne horizontale, les sutures sont faites au catgut 00.

L’œil est pansé avec des tampons d’ouate et des compresses imbibées dans la liqueur de Van Swieten coupée de moitié.

Le 6° jour, le petit opéré est présenté au Congrès d’ophtalmologie. L’œdème a disparu, l'œil jouit d’une ouverture palpébrale égale à celle du côté sain. L’occlusion des paupières se fait parfaitement.

Nous avons revu plusieurs fois cet enfant depuis cette époque. La guérison s’est maintenue parfaite, et de plus, le petit malade a acquis le pouvoir de grandir à volonté l'ouverture palpébrale, c’est-àdire ce que l’on appelle communément faire les gros yeux, chose qui était absolument impossible auparavant, puisque sous l’influence des efforts prolongés pour relever le voile palpébral, le ptosis s’accusait davantage.

OBsERvATION III (personnelle).

Mile L... 18 ans, se présente à la clinique de M. Gillet de Grandmont le 10 octobre 1891.

Elle est atteinte d’un ptosis congénital de la paupière supérieure droite. A l’œil gauche on constate la présence d’une taie ancienne.

À l’âge de 7 ans elle a été atteinte d’une kératite parenchymateuse double qui s’est prolongée jusqu’à l’âge de 14 ans. Pendant cette

période la vision a été nulle. Elle n’a pas d’autres antécédents personnels.

Son frère est affecté de strabisme. Le père et la mère n’ont aucune affection oculaire. Le père est très violent, il est porté à la colère pour le moindre motif : il ne boit pas.

La jeune malade est fort gênée par cette blépharoptose qui, nous avons à peine besoin de le dire, donne à sa physionomie un aspect assez disgracieux.

L'examen du champ périphérique donne au périmètre de M. Gillet de Grandmont les résultats suivants.

Quand la malade regarde le point central :

h — 320 En b — 550 h — 450 SH) b — 55°

En faisant élever les paupières successivement, on constate les

résultats suivants :

OD : h — 60° OG: h — 650

La hauteur du sourcil au bord libre de la paupière supérieure droite mesure 26 millimètres. À gauche on ne mesure que 2 millimètres. La ptose est donc de à millimètres. Ces mesures sont prises quand la patiente regarde en face, suivant un axe horizontal.

Quand les paupières sont baissées, on a la relation de 29 à 24.

Enfin, quand les yeux sont dirigés tout à fait en haut, on a la différence de 20 à 14 1/2.

On ne constate aucune parésie des muscles de l'œil. Tous les mouvements sont normaux.

L'opération est décidée. On fait une injection hypodermique d’une solution de chlorhydrate de cocaïne à 40 pour 100, sur le trajet même que doit parcourir l’incision cutanée, c’est-à-dire à environ 4 millimètres du bord ciliaire.

Quelques minutes après on procède à l'opération. On lave la région palpébrale au moyen de tampons d’ouate imbibés d’une solution de liqueur de Van Swieten au tiers, puis on applique la pince de Snellen.

L’incision est pratiquée parallèlement au bord libre de la paupière, à 4 millimètres environ au-dessus de ce bord, et elle est prolongée

sur une longueur de 2 centimètres 1/2.

Les deux lambeaux cutanés sont soulevés, et le muscle orbiculaire, détaché et excisé, met à nu le cartilage tarse jusqu’au muscle orbito-palpébral. |

Une incision parallèle à l’incision cutanée intéresse le cartilage tarse sur une longueur de 2 centimètres environ et dans toute son épaisseur. Une autre incision curviligne, à concavité inférieure, et intéressant à la fois toute l'épaisseur du tarse et la partie inférieure du muscle orbito-palpébral, part d’une extrémité de l’incision rectiligne pour aboutir à l’autre extrémité. Le segment ainsi obtenu mesure, de son point le plus élevé à sa base, une hauteur de 5 millimètres, correspondant au degré de ptosis. La plaque d’ébonite apparaît entre les lèvres de la plaie tarsale.

3 points de catgut 00 faits à une distance les uns des autres de à à 6 millimètres, intéressent seulement les lèvres de la plaie tarsale, et les réunissent par juxtaposition ; mais avant de procéder à la ligature des fils, la pince de Snellen est retirée.

On fait un lavage antiseptique, et la plaie cutanée rapproche ses

lèvres l’une de l’autre, d’elle-même. :

. Aussitôt après l’opération, la paupière se relève parfaitement. La mensuration donne 1 millimètre de différence entre les deux paupières supérieures, la droite étant plus élevée que la gauche. Les lèvres de la plaie sont parfaitement en contact, et la peau forme un léger bourrelet.

Applications de compresses trempées dans le sublimé.

Le lendemain la jeune malade ne revient pas à la clinique malgré les recommandations qui lui avaient été faites.

Le surlendemain elle ne revient pas davantage.

Nous prenons donc le parti de nous rendre chez elle, et, après deux courses fort longues (elle habitait dans le quartier du Lac St.-Farjeau), nous ne fûmes pas plus heureux, car elle était absente de son domicile.

Cependant sept ou huit jours après l'opération elle se décida à se rendre au dispensaire de notre maître. On put constater alors que l’œdème avait disparu, et que le voile palpébral se soulevait admirablement. L'hypercorrection signalée était devenue insignifiante,

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