‹ Du Ptosis Et De Son Traitement ChirurgicalChapitre 9 sur 19 · II. — Traitement du ptosis · texte numérisé non relu

II. — Traitement du ptosis

Notre intention n’est pas de passer en revue tous les traitements qui ont été mis en honneur pour combattre une affection dont le moindre inconvénient est une difformité de lèse-esthétique. Beaucoup de ces traitements ont eu pour but de parer aux inconvénients subjectifs, si l’on veut nous passer cette expression, de cette maladie. Nous ne nous arrêterons pas à leur description : ils ne sont que des expédients à l'usage des malades pusillanimes qui ont hor- “reur de la moindre opération, selon le juste résumé critique qu’en fait M. le professeur Panas. Tel est l'appareil prothétique de M. Constantin Paul; tels sont encore les pinces à ptosis et le ressort de Mackens que l’on applique sur la tête depuis l’occiput jusqu’à l'œil. Quelques malades, parmi les pusillanimes dont parle M. Panas, ont imaginé eux-mêmes un appareil prothétique des plus primitifs : ils soulèvent le voile palpébral qui les gêne, au moyen de papier gommé qui relie la paupière à la peau du front.

D’autres procédés qui ont pour ancêtre l’onguent de ‘Galien : « vyido # upon », telles que frictions mercurielles, stimulants, ne nous attarderont pas. Nous devons reconnaître cependant que certaines formes de ptosis ressortent du domaine thérapeutique de cette médication : ‘nous avons vu en effet dans le chapitre précédent que la syphilis déterminerait quelquefois la blépharoptose. Rien de plus juste, quand on se trouve en présence d’accidents

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de cette nature, que d’avoir recours avant tout au traitement antisyphilitique.

Les révulsifs tiennent également leur place dans la thérapeutique du ptosis.

Nous avons dit encore que la granulie et l’ophtalmie purulente entraînaient à leur suite la chute de la paupière. Il va sans dire que le traitement spécial à ces affections saura éviter aux malades une complication qu’on est en droit de redouter. Tel sera par exemple, pour la granulie, l’application sur la face postérieure des paupières, de solution saturée d’acétate de plomb dans la glycérine. Notre maître, M. Gillet de Grandmont a signalé à l’une des séances de la Société d’ophtalmologie, les merveilleux résultats qu'il a “obtenus grâce à ce traitement, et que nous avons vu employer avec tant de bonheur dans ses cliniques.

Les blépharoptoses d’origine hystérique cèdent, comme nous l'avons vu dans les observations de Dusmani, à une médication qui n’a aucun lien de parenté avec le traitement que nous avons spécialement pris pour but de ce travail.

Il en est de même des cas analogues à celui que Mavel a cité dans les Annales d'oculistique,'et qui sont dus à l’onanisme. Il avait suffi, dans le cas cité, de faire disparaître la cause pour amener rapidement la guérison.

Aussi nous ne voulons pas entreprendre ici la revue critique de {ous les traitements qui se sont adressés au ptosis. Nous allons nous contenter de parler de ceux qui appartiennent au domaine de la chirurgie, et encore allons-nous faire un choix parmi ces derniers dont la liste est si longue. D’autres, avant nous, ont collectionné ces procédés, en ont fait une étude critique. Notre travail serait donc sans inté-

rêt et n'aurait aucune raison d’être si nous nous en tenions là. Beauvois s’arrêtait au procédé opératoire de Dransart ; Terpandros plus récemment, suivant les progrès de la chirurgie, arrêtait son travail aux brillantes découvertes de M. le professeur Panas. Aujourd’hui nous allons consacrer cette étude à un nouveau traitement chirurgical du ptosis, dù à notre maître M. Gillet de Grandmont, et qui nous paraîit devoir prendre place parmi les meilleurs procédés opératoires consacrés à cette affection. |

Les Arabes semblent avoir été les premiers à indiquer le traitement chirurgical du ptosis, mais sans remonter à cette source, nous prendrons pour point de départ les procédés opératoires mieux connus de Beer, de Bowmann et de Dransart.

Procédé de Beer. — On saisit un pli dela partie moyenne de la paupière, et l’on a soin que ce pli corresponde à peu près au degré de ptosis : pour être certain de ne le faire ni trop grand, ni trop petit, on prie le malade de faire exécuter des mouvements à sa paupière qui doit, dans cette circonstance, se relever suffisamment. Ceci fait, on serre les branches de la pince, et, avec les ciseaux ou le bistouri on ‘excise les téguments pris dans la pince. On réunit ensuite les lèvres de la plaie par trois points de suture. Heidenreich, dans un cas, a pris son lambeau au-dessus du sourcil. A la suite de cette opération il est survenu quelquefois pour le malade, une impossibilité de fermer l'œil, d’où il résultait une lagophtalmie à laquelle Taylor, dans un cas analogue, remédia, en transplantant un lambeau de peau. Le plus souvent c’est l’insuccès.

Procédé de Hunt. — Hunt de Manchester, se proposa,

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après les insuccès que lui avait donnés le procédé de Beer, de mettre sous la dépendance des tractions de l’occipitofrontal la paupière munie d’un releveur insuffisant.

Pour cela, il fit une incision supérieure, immédiatement au-dessous du sourcil, et l’étendit de chaque côté jusqu’au delà des commissures de la paupière. Quant à l’incision inférieure, il recommande de la faire passer à une petite distance du bord libre de la paupière, et de la prolonger jusqu'aux extrémités de l’incision supérieure qu’elle doit rejoindre. On enlève le larnbeau de peau compris entre ces incisions, on réunit les bords de la plaie à l’aide de trois points de suture, et l’on obtient ainsi comme résultat, l’insertion de la paupière à la portion de la peau du sourcil sur lequel agit le muscle occipito-frontal.

Dans cette opération, la perte de substanceest plus grande que dans le procédé de Beer. Le lagophtalmos ou le renversement de la paupière ont été quelquefois le résultat de ce procédé. à

Remarquons en passant que le grand nombre de procédés opératoires se succédant les uns aux autres, démontre l’imperfection des résultats obtenus.

Procédé de Desmarres. — Deux incisions verticales alant des commissures vers le sourcil. Les extrémités supérieures de ces incisions sont réunies par une troisième, parallèle au soureil. On dissèque le lambeau cutané ainsi délimité, et on en excise la partie supérieure sur une largeur de 1 centimètre environ. Le lambeau ainsi raccourci est réuni à la peau de la région sourcilière.

Procédé de Græfe. — De Græfe imagina, par l’excision d'une portion du muscle orbiculaire, d’affaiblir ainsi l’an-

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tagoniste du releveur. Voici le manuel opératoire de ce procédé : on pratique une incision transversale dans la peau de la paupière supérieure, comprenant toute l'étendue de celle-ci, et distante de 5 ou 6 millimètres de son bord ciliaire. On écarte alors fortement les lèvres de la plaie par des tractions de haut en bas, et on dissèque légèrement lé tissu sous-cutané près des lèvres de la plaie, de façon à mettre à nu l’orbiculaire. Ceci fait, on saisit avec des pinces à griffe une portion de ce muscle large de 8 à 10 millimètres, qu’on excise avec des ciseaux courbes ou avec le bistouri, en respectant l'aponévrose sous-jacente. Aussitôt après, on réunit les bords de la plaie par deux ou trois sutures qui comprennent à la fois les bords cutanés et les bords musculaires. Les aiguilles doivent traverser de dehors en dedans les lèvres inférieures des plaies, et de dedans en dehors les lèvres supérieures.

Dans le cas d’une paralysie complète du releveur, cette opération serait insuffisante, car il reste toujours assez d’orbiculaire pour maintenir l’occlusion.

Procédé de Bowmann. — Analogue au précédent, iln’en diffère qu’en ce que, au lieu d’exciser le muscle orbiculaire, on le décolle au loin sous la peau, puis on le tire et on l’élève en exécutant un pli musculaire qu’on suture.

Procédé ancien de M. Panas. — En 1873, dans ses lecons sur le strabisme et les paralysies oculaires, M. Îe professeur Panas décrivait un nouveau procédé qui, appliqué chez une femme dé 24 ans, atteinte de ptosis congénital, lui avait donné les résultats les plus satisfaisants : « à l’aide d’une pince à serres-fines, je fis à la peau un pli suffisant que j’excisai d’une commissure à l’autre, et dont la hau-

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