CHAPITRE V
Il y a quelques années encore, un malade atteint du syndrome de Stokes-Adams, était considéré comme voué à la mort, au bout d’un temps relativement court. Aujourd’hui que la somme de nos connaissances s’est enrichie d'éléments nouveaux, une conclusion aussi absolue n’est plus de mise. Nous avons vu dans le chapitre précédent qu'il existe des formes chroniques, mais non progressives du pouls lent permament, presque physiologiques.Inversement certaines bradycardies transitoires sont encore selon toute vraisemblance dues à des lésions du faisceau de His. Ce sont celles qui surviennent au décours des maladies infectieuses.Leur nature n’est pas encore définitivement établie, faute d’autopsies probantes ; cependant les caractères mêmes de la bradycardie {voy. plus loin, épreuve de l’atropine), les circonstances où elle se produit (Schuster, bradycardie au cours d’une myocardite aiguë rhumatismale ; Gerhardt (1), Mackenzie (2), bradycardie associée aux accidents cardiaques de la grippe, de la diphtérie, etc.), rendent probable en pareil cas l'existence d’une lésion du faisceau de His. Enfin le chapitre suivant prouvera que dans certaines circonstances malheureusement rares, un traitement spécifique, dirigé contre la cause du pouls lent peut en arrêter net l’évolution fatale (cas d'Erlanger).
Dans chaque cas particulier, le pronostic de la maladie de Stokes-Adams ne doit donc désormais être porté qu'après une étude clinique approfondie: il faut d'abord rechercher s’il n'existe pas d'association morbide. Celles-ci sont assez fréquentes dans le pouls Jent permanent. Les néphrites chroniques, les maladies valvulaires
(1) GErnaror, Arch. f. eæper. Patho. und Pharmacol, vol. HI. (2) Mackenzr, Brit. med. Journal, 1903 et 1904.
du cœur, pour ne citer que les plus habituelles, vont souvent de pair avec la maladie de Stokes-Adams. La présence de l’une d'elles doit évidemment rendre le médecin pessimiste. En outre, divers éléments de pronostic peuvent être tirés des caractères intrinsèques de la maladie de Stokes-Adams, dans chaque cas particulier. Les plus importants sont :
1° Sa cause : Le cancer, la syphilis causent une forme grave rapidement progressive ; la néphrite chronique, agit au contraire trés lentement :
2° L'âge du malade : Plus le sujet est jeune, plus le pronostic est grave, car.dans les premières périodes de la vie ce sont habituellement la syphilis et les myocardites infectieuses qui produisent le syndrome de Stokes-Adams.
3° La nature de l'arythmie produite : Les bradycardies paroxystiques avec accidents syncopaux ont une gravité toute spéciale.
40 L'évolution de la maladie : Plus son début est éloigné du moment où consulte celui qui en est atteint, plus l’espoir est légitime.
oo La marche des crises syncopales : Ce symptôme est capital, parce qu’il indique si la lésion dont le faisceau de His est le siège est ou non en période d'activité. Est-elle progressive ? Les crises se multiplient souvent jusqu’à devenir subintrantes (état de mal). Est-elle au contraire en voie de cicatrisation ? Les crises se font de plus en plus rares. |
6° De même, toute maladie de Stokes-Adams dont les attaques syncopales s’espacent par le repos prolongé du malade est d’un pronostic moins immédiatement grave que celles dont aucun symptôme n’est amendé par ce simple traitement.