CHAPITRE VI
Cette affection peut avoir un traitement curatif ou symptomatique. Malheureusement, le second est habituellement seul applicable. En effet, lorsque les malades viennent se plaindre à nous de leurs syncopes, le début de leur affection date déjà de plusieurs mois ou de plusieurs années. Pendant cette longue période, le faisceau de His a eu le temps de dégénérer complètement : de deve nir entièrement scléreux ; et que faire sur une cicatrice ? Seuls les cas où la lésion née dans le septum interauriculo-ventriculaire, a grandi assez rapidement pour frapper le malade de syncope en quelques jours, seraient justiciables d’une médication d'arrêt. Or, c’est le propre d’une des affections sur lesquelles nous avons le plus de prise, d'évoluer dans de telles conditions: nous voulons parler de la syphilis. Avec M. Vaquez (1),nous avons fait remarquer qu'il fallait toujours penser à cette maladie en cas de bradycardie. Nous ignorions à cette époque un fait qui démontre d’une facon éclatante l’opportunité du traitement mercuriel en pareil cas : Erlanger (2) a pu guérir ainsi un malade atteint de maladie de Stokes- Adams, avec dissociation complète. Le pouls revint complètement à la normale.
Une bradycardie accentuée apparaît parfois au cours de la convalescence des maladies infectieuses aiguës. Elle peut, dans ces conditions, être due soit à une lésion myocardique, malencontreusement située, soit à un trouble passager de l’excitabilité cardiaque. Nous verrons plus loin les moyens de faire le diagnostic en tel cas. S'il s’agit réellement de la maladie de Stokes-Adams, nous con-
\ (1) Vaquez, loc. cit.
(2) ErLanGer, Journ. of exp. Med., v. VIT et VIII,
TRAITEMENT DE LA MALADIE DE STOKES-ADAMS pa!
seillons de mettre le cœur à un repos aussi complet que possible : immobilisation absolue au lit, alimentation légère et fractionnée ; on fera de la révulsion précordiale au moyen d’une vessie de glace ; on donnera les préparations iodées sous une forme active, telles que les injections quotidiennes d'huiles iodées. Lorsqu'il s’agit d'une maladie de Stokes-Adams d’ancienne date, le traitement palliatif doit tenter de modifier les deux ordres de manifestations pathologiques : la bradycardie et les attaques syncopales. Contre la bradycardie, rien ne fait. Nous avons essayé en vain les substances chimiques qui d’après les théories ioniques seraient capables d’exciter rythmiquement le cœur (calcium, chlore), les différents régimes alimentaires, les poisons du myocarde qui, à faible dose pourraient lui servir d’excitant (vératrine).
A cette liste de médicaments soi-disant actifs sont venus s'ajouter
récemment des extraits organiques. Grünbaum (1), Gautier ont voulu utiliser dans le traitement du pouls lent permanent l’action de la thyroïdine, qui précipite d’une façon si évidente et si considérable les mouvements du cœur.
Cette méthode aurait donné des résultats favorables entre les mains de P. Kidd (2):chez une de ses malades atteinte depuis trois ans de pouls lent permanent (28 à la minute), d'attaques syncopales répétées et de vomissements, l’administration de la thyroïdine fit disparaître les crises nerveuses pendant deux mois. Malheureusement, l’auteur ne fait pas savoir si le pouls était devenu plus fréquent pendant cette période : aussi son observation n'est-elle pas pleinement démonstrative, car vraisemblablement sa malade fut mise au repos pendant la durée du traitement thyroïdien, et ce simple fait peut suffire à expliquer la disparition des attaques syncopales, comme nous l’allons voir. Le doute en l’espèce est d'autant plus légitime que, d’après les auteurs récents, l'administration de la thyroïdine à un malade atteint de herzblock accélère les seules oreilleltes, et que par conséquent on risque ainsi de
(1) Grungaum, loc. cit.
(2) P. Kio, The Lancet, 1904, t. I, p. #k.
transformer un herzblock partiel en dissociation totale, résultat plutôt fâcheux. Peut-être, au contraire, la thyroïdine serait-elle un moyen de traitement des bradycardies nerveuses.
En réalité, dans un seul cas notre thérapeutique peut rendre plus rapide un pouls depuis longtemps ralenti en permanence : c'est celui où le malade, est en même temps un brightique ou un cardiaque, à circulation troublée : alors le repos, le régime lacté ou déchloruré, les diurétiques (théobromine) (1) sont capables d'accélérer les battements du cœur : d’une part, en rendant efficaces des systoles avortées, d’autre part en chassant l'excès de chlorures qui faisait des humeurs un milieu toxique, où le myocarde ne pouvait fonctionner normalement. Un seul diurétique est formellement contre-indiqué : c’est la digitale, capable de produire par elle-même une forme de bradycardie particulière, et à plus forte raison d’aggraver une bradycardie préexistante.
Le traitement des crises syncopales comporte une doublé indication : prévenir la crise, ou la faire avorter.
Un seul moyen préventif efficace est à nolre disposition : c’est le repos au lit, à condition qu'il soit absolu et prolongé, et qu’en même temps une alimentation légère et fractionnée évite la fatigue du tube digestif. Sans modifier aucunement le degré de bradycardie, ce simple procédé est capable d'éviter les crises syncopales, en supprimant les variations intempestives de la circulation, conséquence inéluctable des agitations d'une vie active. À ce point de vue le pouls lent permanent peut être envisagé comme les cardiopathies valvulaires au sens de Potain : ce sont des maladies dont la durée peut être longue, à condition d'éviter tout effort à ceux qui en sont atteints ; ce sont des meiopragies. Il suffit pour s’en rendre compte de suivre de tels malades dans les asiles où leur demi-infirmité les a conduits en nombre et où ils durent à cause du calme où s'écoule leur vie végétative.
(4) Voy. Par, Soc. Imp Roy. des Méd. de Vienne, séance du 21 juin
Enfin, il existe un traitement d'urgence destiné à arrêter la crise syncopale menaçante. Il est applicable dans un certain nombre de cas, les malades étant avertis de l'approche de la syncope par une sorte d’aura variable selon chacun d’eux. Comme dans les accès d’angine de poitrine, on peut ici obtenir des succès à l’aide de médicaments à action énergique, et brutale sur le système circulatoire, Le plus recommandable nous a paru être le nitrile d'amyle. Maintes fois nous l’avons vu suspendre une crise à son début. Comme dans l'attaque d’angine de poitrine, c’est ici le véritable médicament d'urgence. Il agit probablement en rendant plus facile, par l'abaissement de la pression artérielle, la reprise des fonctions des ventricules. L’atropine, en injections sous-cutanées de 1 milligramme est encore capable de régulariser rapidement le cœur des ralentis arythmiques, en particulier de ceux dont le cœur a tendance à la polygéminie. Enfin,signalons à titre de curiosité, les procédés de fortune employés par les malades instinctivement. Un malade de Stokes,sentant venir sa crise, cherchait à congestionner son encéphale en se mettant à genoux, la tête basse, dans la position adoptée pour la prière par les musulmans. Le succès était souvent complet : la crise avortait,