LE SYSTÈME NERVEUX INTRAGARDIAQUE
zig-zag dans le myocarde, et par conséquent pourvu seulement de tronçons nerveux discontinus, se contracte encore sur toute son étendue (Engelmann). Gaskell (1) a montré que le cœur de tortue offre des conditions particulièrement favorables à l'étude. Chez cet animal, les nerfs coronaires, qui vont du sinus veineux au ventricule et innervent seuls ce dernier, passent en pont au-dessus des oreillettes, sans y abandonner aucun filet nerveux: or la section partielle du myocarde auriculaire, ralentit, et sa section-totale arrête le ventricule ; tandis que la section des nerfs coronaires ne change rien dans le mouvement du cœur. Bien qu’il puisse évidemment exister dans l'oreillette des nerfs ultra-microscopiques, l'expérience nous paraît concluante.
L'activité du cœur semble donc indépendante des nerfs visibles qui existent dans son intimité (2). Les partisans de la théorie neurogène ont, en conséquence, placé la cause du mouvement du cœur dans un appareil plus différencié qu’il contient, les ganglions nerveux. Ils étaient conduits, très légitimement en apparence, à adopter cette théorie, par la constatalion des trois faits suivants :
1° Le myocarde est discontinu ; le muscle de ses différentes cavités n’est relié que par des filets nerveux en communication avec les ganglions. |
2° Ces mêmes régions ganglionnaires possèdent des propriétés particulières, dont est dépourvu le reste du cœur.
3° L'intervention du système nerveux est nécessaire pour expliquer comment la contraction cardiaque suit normalement un trajet invariable.
. Quelle est la valeur de ces trois propositions ?
1° Le myocarde est discontinu. — La conception de la structure du cœur proposée par Donders, et adoptée par des auteurs classiques, est la suivante : chaque compartiment cardiaque, oreillette et ventricule, possède un système musculaire indépendant, et
(4) J. of Physiol., vol. IV, p.43, et Schäfers Texthook of Physiol., vol. IT, p. 159 et et sqq.
(2) Nous verrons qu'il faut faire quelques réserves sur les propriétés encore mal connues des nerfs microscopiques.
n’est réuni à l’autre que par les tractus conjonctifs qui constituent l'anneau fibreux auriculo-ventriculaire,
Si l'anatomie du cœur est conforme à cette description, il est évident que la théorie myogène s'écroule : et de ce fait, certains auteurs, Mac William entre autres (1), tout en reconnaissant qu’elle est très séduisante, l'avaient rejetée pour celle seule raison. Aujourd’hui que Paladino, W. His junior et Stanley Kent ont décrit chez les mammifères et l’homme, Gaskell chez les animaux à sang froid, un faisceau musculaire qui réunit les oreilleties aux ventricules, lobjection ne subsiste plus. Ce fait a d’ailleurs une telle importance que nous lui consacrerons plus loin un chapitre spécial.
2 Certaines régions du cœur possèdent des propriétès particulières. — L'existence de semblables régions, parfaitement démontrée, est la raison d’être de la théorie neurogène. Il s’agit de la région interauriculo ventriculaire,qui contient la plus grande partie de l'appareil ganglionnaire du cœur (2).
L’excitation de cette zone produit en effet des phénomènes soit d’inhibition, soit de délire cardiaque, selon le point touché, qui sont tout à fait particuliers. On en déduisait logiquement que, cette région différant des autres parties du cœur par la seule présence de ganglions nerveux, c'était à eux qu’elle devait ses propriétés. Et si leur excitation trop forte troublail les mouvements du cœur, leur rôle normal devait être de les régler.
Des expériences prouvaient la réalité de cette conception, notamment celles de Stannius, de Munk, de Kronecker et Spalitta.
Les recherches de Stannius (3) sont bien connues : elles consistent à lier avec des fils de soie les différentes parties du cœur de grenouille. Deux d’entre elles se rapportent au sujet que nous traitons :
(4) Journal of physiol., vol. IX.
(2) Notons en passant que des auteurs récents ont trouvé les ganglions cardiaques sains chez des sujets morts de maladies diverses qui s'accompagnaient d’arythmie (Berrzxe, Berl. klin. Wochensch., 1907). Bien que
l'anatomie pathologique de ces ganglions soit encore mal connue, le fait a son importance.
(3) Müllers Archiv, 1852.