OBSERVATION III
Communiquée nu Congrès de Modène, 1882, par Margary.
Jeune garçon de 12 ans. En 1870 ostéomyélite des fémur et tibia droits. Ankylosé complète du genou. Allongement de 25 millimètres du membre (20 pour le fémur, 5 pour le tibia). Le tibia décrit a 2 centimètres au-dessous de la tubérosité antérieure, un angle de 158 degrés ouvert en avant.
Opération : Ostéotomie du tibia et du péroné au niveau de l’angle. L’opérateur détache un segment des deux os, dans ce tissu hypertrophié qui donnait l’allongement de 25 millimètres.
En un mois la plaie est cicatrisée mais le cal encore mou. Soit sous l’influence de la chaleur de l’été, soit sous celle de l’onanisme, la consolidation du cal fut retardée de plus d’un an. A ce moment l’articulation est parfaitement correcte, le cal consolidé et l’état général très satisfaisant.
Guidé par ses recherches sur l’ostéogénèse, M. Ollier, de Lyon a dirigé contre cette catégorie d’incurvations, lin pro-
cédé opératoire des plus ingénieux (1). Il agit sur les cartilages de conjugaison, remplaçant ainsi l’ostéotomie par une opération qu’on pourrait désigner, croyons-nous, sous le nom de chon dro tonne juxta-ép ip h y sa ire .
M. Ollier a depuis longtemps démontré expérimentalement que l’on peut agir sur l’accroissement, la forme, la direction des os par l’excision des cartilages de conjugaison. Sur de jeunes lapins ou de jeunes chats, il excise le cartilage de conjugaison inférieur du cubitus et bientôt la patte se dévie en dehors, déviation qui augmente de plus en plus jusqu’à ce point que la patte arrive à former un angle droit avec l’avant-bras. M. Ollier fait la contre-épreuve en excisant sur l’autre membre le cartilage de conjugaison du radius. D’un côté la patte est déviée en dedans et de l’autre en dehors.
En outre, on enraye la déviation de la patte en excisant sur le membre opéré lui-même le cartilage de conjugaison du radius. Cette opération correctrice est démonstrative.
L’occasion s’est ultérieurement présentée à lui d’appliquer à la thérapeutique chirurgicale les données de la physiologie expérimentale.
Les deux observations que nous rapportons plus loin (obs. IV et V) lui ont servi pour établir un certain nombre de conclusions que nous croyons devoir rapporter in extenso, car elles donnent les indications et le procédé opératoire de cette nouvelle méthode :
1° On arrête l’accroissement des os en longueur par l’excision de leurs cartilages de conjugaison. Cette opération donne chez l’homme les mêmes résultats que chez les animaux.
(l) De l’excision des cartilages de conjugaison pour arrêter l’accroissetnent des os et remédier à certaines difformités du squelette. Revue Mensuelle de Médecine et de Chirurgie, 1877.
2° L’excision des cartilages trouve son application rationnelle dans le cas de développement inégal des os parallèles de l’avant-bras et de la jambe. Si un des deux os qui composent les segments de membre vient à être arrêté dans son développement, l’autre continuant à s’accroître selon les lois de son développement normal, deviendra relativement trop long. Sa forme, sa configuration, ses rapports avec l’os voisin seront nécessairement changés, et il en résultera des déviations progressives de la main ou du pied.
3° En arrêtant le développement de cet os, qui, tout en ayant à peine sa longueur normale, se trouve trop long par rapport à l’os parallèle, on fait cesser la déviation de la main et du pied. Ces organes reprennent progressivement et d’euxmêmes leur direction première.
4° Cette opération n’est pas applicable à tous les cartb lages de conjugaison à cause de leurs rapports avec les cavités articulaires. Mais à la jambe et à l’avant-bras, c’està-dire pour les régions auxquelles l’excision des cartilages est spécialement applicable, les cartilages peuvent être atteints sans dangers, pourvu qu’on n’intéresse que leur partie superficielle en respectant au moins leur moitié profonde. Après l’opération, on doit placer le membre dans un bandage ouato-silicaté et le condamner à une immobilité absolue.
5° Plus efficace et plus rationnelle que la résection d’un fragment de la diaphyse, cette opération devra être proposée toutes les fois que la déviation de la main ou du pied résistera à l’usage des appareils de redressement, et, surtout lorsque la difformité, progressive de sa nature, exposera le sujet à une gêne fonctionnelle de plus en plus marquée. Les chances
d’aggravation sont en raison du temps que le sujet a encore à parcourir pour l'achèvement de la croissance.