III. OSTjSOTOMIE PAR PERFORATIONS MULTIPLES. La
même année, 1854, où Langenbeck pratiquait sa première ostéotomie sous-cutanée, Brainard, de Chicago (2) proposait un nouveau procédé pour combattre certaines di£Formités telles que la projection anguleuse des os résultant des fractures mal consolidées.
On fait dans Tos un certain nombre de perforations destinées à l'affaiblir et à en provoquer le ramollissement par inflammation; après quoi on pratique le redressement au moyen d'une pression graduelle ou brusque des mains.
 dire vrai l'idée de provoquer le ramollissement du cal par ostéite n'était pas neuve. Elle remonte à Weinhold de Halle (3), c'est-à-dire en 1 828. Chez un jeune homme de i 8 ans
(1) F. D. Lentz, New-York, Rec. 1867, t. II, p. 101.
(2) Mémoire sur le traitement des fractures non réunies et des difformités des 08, par Brainard. Paris 1854.
(3) Journ, des progrès^ t. VHI, 1828, cité par Laugier, thèse pour le professorat, 1841.
atteint de cal vicieux et volumineux du fémur, ce chirurgien fit, à Taide d'une aiguille à Irépan monté sur un vilebrequin, un irou dans lequel fut engagé un se ton qui resta en place jusqu'à la douzième semaine. Il n'y eut pas d'accidents et le cal finit par céder aux tractions.
Quoi qu'il en soit, ce n'est qu'en 1858, que Brainard (1)^ passant de la théorie à la pratique, fit l'application de son procédé à un enfant de trois ans, de constitution robuste, atteint d'une fracture de jambe datant de l'âge de trois mois. L'absence de tout traitement explique comment la difformité s'exagérait de plus en plus. Le raccourcissement du membre malade atteignait trois pouces environ. Le cal était de forme angulaire à sommet antérieur. Il siégeait un peu au-dessus du milieu de la jambe.
La malade étant soumis à l'action du chloroforme, on introduisit un perforateur de 10 mill. de diamètre dans deux directions différentes, à travers le tibia, à l'endroit delà fracture et paru ne seule ouverture à la peau; l'instrument retiré, on appliqua un morceau de sparadrap sur l'ouverture cutanée, puis on recouvrit le tout d'un léger bandage. Brainard se livra ensuite à d'énergiques tentatives de rupture du cal avec les mains, mais ses efforts ne furent pas couronnés de succès. Il survint une inflammation consécutive très marquée; une rougeur érysipélateuse, s'étendant de la cheville au genou, dura plus d'une semaine. Cependant il n'y eut pas de suppuration. Au bout de 10 jours, nouvelle tentative de redressement. Cette fois, le cal céda sous un effort très modéré des mains; le membre fut placé sur une attelle en bois formant gouttière et maintenu à l'aide d*un bandage roulé. Environ un mois et demi après, l'enfant marchait avec
(1) Bull. soc. ehir. 1858-1859, p. 146.
son attelle. Au bout de trois mois, la jambe était tout à fait redressée.
Nous avons tenu à rapporter cette observation non seulement à titre de curiosité, mais surtout parce qu'elle nous permet de bien juger à quel prix on peut obtenir que l'os se laisse «courber et casser comme un rejeton de bois yen. d
Aussi, malgré son succès, Brainard ne fut-il guère imité. Si nous rappelons Fenger, perforant le péroné à la vrille et Pancoast proposant de diviser par perforation multiple le fémur au-dessus d'une ankylose du genou nous aurons cité les seuls exemples, que nous ayons rencontré, d'ostéotomie par perforation. Nous ne saurions en effet, à Texemple de Nepveu, ranger Bruns au nombre des disciples et imitateurs de Brainard. Nous nous sommes déjà expliqué sur son mode opératoire; c'est, comme Langenbeck, à titre seulement de manœuvre préparatoire et pour ouvrir le chemin à une fine scie qu'il exécute une perforation.
Mais n'insistons pas plus longtemps sur un procédé aai réunit contre lui toutes les chances d*insuccès et de daneers puisqu'il repose justement sur celte complication qu'il faut éviter à tout prix : l'ostéite.