AN
Peut-être faut-il voir, dans cette fièvre secondaire de Biermer, la traduction de l’entérite chronique que signale M. le professeur Potain.
Toutes les complications infectieuses locales sont possibles au cours de la convalescence du typhique comme au cours de la période fébrile (bronchopneumonie, pneumonie congestive, abcès disséminés, phlébites, etc.).
Elles sont en général faciles à diagnostiquer et aucune ne contre-indique de façon absolue un retour modéré à l’alimentation.
2° COMPLICATIONS RÉNALES
Il estune sorte de complications qui doit nous arrêter : ce sont les complications rénales, soit qu’il s'agisse d'infection secondaire ascendante sous forme de pyelo-néphrite, soit, beaucoup plus souvent, qu’on ait affaire à la néphrite épithéliale d’origine sanguine, la néphrite typhique classique.
Toutes deux contre-indiquent une alimentation autre que le régime lacté.
L’albuminurie est un phénomène presque constant de la période aiguë de la dothiénentérie ; 1l fait partie de l’uroréaction typhique. En général, elle disparaît complètement à la période des oscillations descendantes. Quelquefois, quand l'atteinte rénale a été un peu plus prononcée, on voit l’albuminurie persister très modérée pendant une dizaine de jours du début de la convalescence ; enfin, dans le cas où l’atteinte rénale a été plus sérieuse, dans les cas où le rein avait déjà été touché avant l’infection typhique, l’albumine persiste plus ou moins abondante et ne cède pas
LINE De
toujours complètement à une longue période de régime lacté.
Quoi qu’il en soit, à quelque degré qu’elle se montre, lalbuminurie est une indication formelle d'alimentation lactée exclusive, curative des lésions rénales actuelles, prophylactique des néphrites chroniques ultérieures.
Bien plus, chez les malades qui auront présenté une albuminurie appréciable encore au début de la convalescence, 1l est d’une importance capitale de revoir de temps en temps les urines, même un certain temps après la constatation de la disparition de l’albumine, pour s’assurer que l’albuminurie ne se reproduit pas avec l'alimentation.
On trouvera plus loin, dans nos observations, l’histoire d’une typhique chez qui l’albuminurie, après une période de disparition, reparut avec l’alimentation au bout d’un certain temps, si bien que survint l’urémie avec accès éclamptiques. Il est donc de toute nécessité de laisser au régime lacté les typhiques encore albuminuriques, de surveiller les urines des typhiques jadis albuminuriques et soumis à l’alimentation, et de rétablir le régime lacté au moindre retour offensif de l’albuminurie.
Sous ces conditions, et ces réserves faites, du jour où on décide d'alimenter un typhique convalescent, AHAUsS règles, quelles précautions doit-on observer ?
$3.— Règles générales pour l’alimentation du typhique convalescent,
La convalescence, qui inaugure le retour à la santé, se ressent encore trop du trouble qui l’a précédée pour ne pas être l’objet de soins diététiques minutieux ; elle les réclame
peut-être encore plus que les périodes antérieures, précisément parce que l’amélioration dé état pathologique, la progression vers l’état physiologique sont l’occasion pour le malade de nombreuses illusions sur ses forces réelles, sur l'intégrité de ses organeset leurs aptitudes fonctionnelles (Hamelin).
Hippocrate disait, avec cette haute raison qu’on ne se lasse pas d'admirer, qu’il fallait «restaurer avec lenteur les corps amaigris lentement et rapidement les corps amaigris en peu de temps ». (Aphor. 7, sect. Il.) La progression devra être d’autant plus lente que plus prolongée aura été la maladie et que les organes dont on veut rétablir Pactivité auront été plus profondément touchés; dans la fièvre typhoïde, où le tube digestif a subi le premier et le plus rude assaut, il faudra donc conduire pas à pas le retour progressif au régime alimentaire commun. Chez tous les convalescents, d’ailleurs, quand un régime consistant et copieux succède tout à coup à une alimentation liquide et légère, 1l survient des indigestions plus ou moins graves avec ascensions thermiques.
D'ailleurs, chez les individus déprimés, affaiblis par les maladies antérieures, il n’est besoin pour le maintien de la nutrition que d’une ration très inférieure à celle d’un organisme bien nourri et il n’y a aucun avantage à ne pas procéder graduellement ; un excès d'alimentation n’avancerait en rien la réparation ; il ne resterait jamais qu’une fraction alimentaire s’annexant aux tissus, le surplus étant inutilisé.
« Dans une série d'observations prises par Renek chez un typhique pendant vingt jours successifs, on voit qu’une nourriture, composée les premiers jours de 750 à 1,000
grammes de lait, quatre œufs, et 500 grammes de soupe grasse, fournit pendant les quatre premiers jours une perte de 45 à 60 d’albumine sur 66 à 80 parties ingérées, c’est-àdire à peu près le total de l’albumine introduite; mais à partir du quatorzième jour (deuxième jour de l’usage de la viande) l’adaptation de l’azote commença et se traduisit par 17 à 27 sur 100 à 140 grammes d’albuminates » (G.Sée). I n’y a donc aucun intérêt à vouloir aller trop vite; il n’y a rien à gagner, il n’y aque des risques à courir.
Donc inutilité d’une part, dangers d’autre part d’un retour sans transition à une alimentation abondante, voilà des points hors de doute et la grande règle générale admise partout dans le régime des convalescents.
Par quels aliments commencera-t-on ? que peut-on donner d’abord sans inconvénient et avec avantage?
On ne doit pas passer d’un seul coup d’une alimentation liquide à une alimentation solide et cela pour deux raisons: D'abord les aliments solides sont plus difficiles à digérer ; d’un autre côté, les particules solides offriraient aux parois de l’intestin, .encore fragiles, incomplètement cicatrisées, présentant même quelquefois des plaques franchement ulcérées quoique sans réaction morbide, des occasions de traumatisme qui pourraient conduire à des perforations.
D'autre part, il:est absolument nécessaire de ne laisser prendre d’abord que des aliments d’une digestion facile.
Aussi la progression à peu près universellement admise est-elle la suivante : potages sans pain, tapioca, semoule, œufs à la coque frais, crus ou très peu cuits ; puis purées, viandes blanches ; poissons, poulet, viandes rouges finement hachées; enfin, en dernier lieu, le pain, qui plus encore