‹ Du régime alimentaire dans la fièvre typhoïdeChapitre 7 sur 19 · ALIMENTATION PAR VOIE BUCCALE · texte numérisé non relu

ALIMENTATION PAR VOIE BUCCALE

C’est le procédé qui est presque universellement adopté.

Il comporte, au point de vue de la qualité et de la quantité des aliments, deux pratiques assez différentes. Les uns, qui forment l’immense majorité, ne donnent au typhique qu’une alimentation exclusivement liquide. Le lait, la limonade vineuse, le café, le bouillon dégraissé, un peu d'alcool constituent à peu près la seule nourriture du malade.

Les autres, qui sont en très petite minorité, font prendre au contraire au typhique une alimentation plus substantelle.

A. — Première pratique. — Nous examinerons d’abord la première pratique qui est de règle en France.

Le type est l'alimentation par la méthode de Brand.

Brand divise la marche de la fièvre typhoïde en trois périodes : la première est la période de lutte contre la fièvre

(Fieberkampf), la deuxième correspond à la rémission de la fièvre (Entfieberung), la troisième enfin est la défervescence (Entscheidung).

Dans la première période, on donne au malade un verre de liquide une demi-heure après sa sortie de chaque bain. Ce liquide peut être : du bouillon de bœuf, de veau, de poulet, du lait ou du café au lait.

Dans la deuxième période, on ajoute au régime précédent des potages sans pain, du jus de viande dégraissé, du chocolat à l’eau, trois ou quatre œufs frais, à peine cuits, sans pain, et un peu de vin.

Dans la troisième période, enfin, on peut joindre à Palimentation une petite quantité de blanc de poulet, des poissons maigres frits et dépouillés de leur peau et de leurs arêtes, des cervelles frites, de la viande de bœuf hachée, etc. Il faut s'abstenir de graisse.

Quant à la boisson, elle consiste en eau pure ou additonnée de vin, en limonade citrique ou tartrique. Dans les formes adynamiques on administre une certaine quanté d'alcool sous forme de vin vieux, de vin d’Espagne, de champagne, de rhum ou de cognac.

De tous ces aliments, celui qui üent la plus large place dans le régime du typhique est le lait. On pourra le donner pur ou coupé d’eau de chaux ou d’eau de Vichy. On en fera prendre de deux à trois litres par jour à la période d’état de la maladie.

Le lait présente le grand avantage d’être digéré assez rapidement, de laisser peu de résidus, de réduire à leur minimum les fermentations et la putréfaction intestinales (Marmi, Winternitz) et d'être diurétique dans le sens

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absolu du mot, la quantité de liquide rendue étant, en effet j supérieure à la quantité de lait ingérée.

En opposition avec ces avantages on a objecté qu'il était mal toléré (G. Sée), que ses albuminoïdes et ses graisses étaient de digestion difficile et qu’il n’agissait que par l’eau et les substances salines qu’il renferme (Dujardin- Beaumetz).

Quoi qu’il en soit, les avantages du lait paraissent actuellement hors de doute. Cependant il conviendra de le donner en observant certaines précautions.

On l’administrera par petites quantités à la fois. On le surveillera et on le fera bouillir, si l’on n’est pas sûr de sa provenance, afin de ne pas ajouter à la fièvre typhoïde une seconde infection intestinale. S'il est mal supporté, on pourra l’écrémer au préalable. Dans certains cas, le lait cru sera beaucoup mieux digéré que le lait bouilli.

Lelait et les autres liquides (bouillon de poulet ou d'orge, limonade vineuse, etc.) devront être absorbés en grande abondance.

M. le Professeur Chantemesse conseille de faire boire trois où quatre litres de liquide à un adulte, deux à trois litres à un enfant suivant son âge.

Monneret accordait beaucoup d'importance à la quantité de liquide ingérée. Il demandait qu’on donnât aux typhotïdiques jusqu’à six litres de liquide par jour.

M. le Professeur Landouzy, Lichteim (de Kœnigsberg), Maillart ont également insisté sur ce point.

M. le Professeur Debove a préconisé pour le traitement de la fièvre typhoïde la diète hydrique, dans laquelle les malades absorbent de six à huit litres de boissons par

vingt-quatre heures. Il ne faut pas alors compter sur la soif du malade ; mais, aucontraire, le solliciter fréquemment pour obliger à prendre ces grandes quantités de liquide.

Les malades soumis à cette alimentation rendent beaucoup d'urine, transpirent et ont la bouche humide.

Quelle que soit abondance de liquide ingéré, on devra faire boire les malades à intervalles rapprochés, toutes les dix minutes, pendant les périodes de veille.

Si le malade présente une répugnance marquée pour le lait, on pourra en masquer le goût à l’aide d’un peu de café, de kirsch ou de cognac.

A défaut de lait, on peut prescrire le képhir, qui est parfois toléré, alors que le laït ne l’est pas, et qui, par sa teneur en alcool, en acide lactique, est particulièrement indiqué comme tonique, comme antiseptique intestinal (Lyon).

Le bouillon sera bien dégraissé et très léger. On donnera autant que possible du bouillon de veau ou de poulet.

L'alcool a été employé d’une manière très variable suivant les époques et les pays.

Il a constitué une partie importante du traitement en Angleterre à la suite des enseignements d’Alison, Graves, Stokes et Todd.

Murchison réagit contre la tendance qui suivit. On a vu souvent, dit-il, administrer à des malades de 500 grammes à 1,000 grammes d’eau-de-vie par vingt-quatre heures. Il considère « que l’alcool agit plutôt comme un médicament que comme un aliment et qu'il présente plus d’analogie avec lopium et la quinine qu’avec le lait et le thé de bœuf ».

A ce sujet Murchison pose les règles suivantes :

ou

a) Les malades au-dessous de 30 ans se trouvent généralement mieux sans alcool.

b) Les malades adonnés à l’usage ordinaire de lalcool doivent en prendre plus tôt et en plus grande quantité.

c) La plupart des malades au-dessus de quarante ans sont améliorés par l’alcool au commencement du deuxième septénaire de la maladie ou plus tôt.

d) La principale indication pour l'emploi de Palcool est fournie par le pouls et l’état du cœur. Un pouls lent, mou, compressible, ondulant, irrégulier ou intermittent, demande de lalcool. Lorsque les stimulants accélèrent le pouls, ils sont contre-indiqués ; lorsqu'ils le ralentissent, ils peuvent être employés utilement.

e) Une peau sèche est une contre-indication, une transpiration profuse sans amélioration des symptômes généraux est une indication pour lalcool. Cet agent est également nécessaire lorsque les extrémités sont froides et surtout lorsque la température du tronc est élevée.

h) Une langue sèche et brune est une indication pour les stimulants alcooliques ; lorsque, par leur usage, la langue se nettoie et devient humide, on doit les continuer.

i) Le délire n'indique pas toujours l'emploi de Palcool. Tout dépend de l’état du pouls; si le délire augmente sous l'influence de lPalcool, il est probablement nuisible ; si le malade devient tranquille, il faut en poursuivre l'usage.

k) Règle générale, l'alcool est contre-indiqué lorsqu'il y a une céphalalgie intense, un délire aigu et bruyant, une peau sèche, une coloration rouge des téguments, une injection des yeux et pas de troubles de la circulation. Si l’on

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emploie l’alcool dans ces circonstances, on ne doit P’administrer que dans les paroxysmes du délire.

l) La prédominance de l’état typhoïde (stupeur, tremblements, subdélirium, soubresauts, évacuations involonlaires, etc.) demande de lalcool.

m) Lorsque l’urine est rare, d’une gravité spécifique faible, contenant peu d’urée et beaucoup d’albumine, l'alcool est contre-indiqué.

n) Règle générale : la présence des complications est une indication pour les stimulants.

B. — Seconde pratique, — À côté de cette pratique, généralement adoptée en France, nous dirons quelques mots d’une pratique plus hardie, préconisée à l'étranger par divers médecins.

Puritz conseille d'alimenter les typhoïdiques d’une manière substantielle en leur donnant du bouillon, du lait, du pain et beaucoup d’eau.

En déterminant les ingesta et les excreta, ainsi que la diminution du poids du corps, Puritz arrive aux résultats suivants :

« Les typhiques sont à même de digérer une quantité notable d'albuminoïdes, et dans la période fébrile, et plus tard, lorsque la fièvre commence à tomber. »

« La digestion des albuminoïdes se fait aussi bien, pendant la période fébrile, lorsqu'on administre beaucoup de ces substances que lorsqu'on en donne peu. »

€ Une alimentation riche en albuminoïdes augmente la quantité durée chez les typhiques. » |

« La désassimilation des substances albuminoïdes dimi-

nue pendant une alimentation abondante, malgré l'intensité des échanges organiques. »

« Le poids du corps et lPexcrétion de l’azote diminuent un peu moins par jour lorsque l’on nourrit bien les typhiques. »

« L’urine augmente si le typhique se nourrit bien et s’il boit abondamment ; cette alimentation n’exerce aucune influence sur l’apparition de l’albumine dans l'urine. »

« Ce régime n’élève pas la température des typhiques. »

« Un pareil régime ne trouble pas les fonctions stomacales, il fait cesser la diarrhée et produit même une légère constipation. »

« Sans prolonger la période fébrile, un semblable régime ne produit ni complications, ni récidives et hâte la convalescence. »

Gournitzki conseille le régime suivant pour les typhotïdiques.

À huit heures du matin, thé au lait et pain ; à 10 heures, lait; à 1 heure ou à 2 heures, diner composé de potages gras, bouilli, boulettes de hachis ou bifteck ; hareng à titre d’apéritif ; à 6 heures, potage ; à huit heures, thé au lait ou avec du pain. De plus, les malades prennent tous les jours de 1 à 3 œufs à la coque, et parfois de la purée de pommes de terre comme légume au dîner; vin généreux dans les cas graves.

Chez les malades soumis à ce régime, la langue était bien moins chargée et restait toujours humide ; létat général était meilleur, le délire moindre, les fonctions intestinales régulières, la convalescence plus rapide que d'habitude.

Une fois seulement on a noté des vomissements, et, une fois du météorisme. Jamais on n’a vu de complications intestinales, ni perforation ou hémorrhagie.

La mortalité a été de 2,66 p. 100, tandis qu’à la même époque elle a été de 10 à 20 p. 100 dans les autres hôpitaux de la ville.

En se basant sur ces données, l’auteur conclut que la suralimentation des typhiques, loin d’être nocive ou d’exposer à des accidents graves, rend au contraire de réels services. Cette opinion a d’ailleurs été et est défendue par S. P. Botkine, Manessein, Tchoudnovsky et leurs élèves, qui à la suite d'expériences et d'observations cliniques, sont arrivés aux mêmes conclusions.

Quoi qu’il en soit, ce régime n'ayant pas été mis en praüque en France à notre connaissance, nous nous garderons d'émettre à ce sujet un avis quelconque.

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