DYSPEPSIES INTESTINALES PARASITAIRES
§ 2. — DcM <ly«pc|isleH pamnllnlrcM
Parmi les dyspepsies intestinales qui sont le plus souvent méconnues et traitées comme dyspepsies nerveuses, il faut citer en première ligne les maladies vermineiises de l'intestin.
Tcrs in(c.4tinaiix. — Lc téuia, Ics ascavides, les oxyures qui s'introduisent dans l'intestin par l'intermédiaire des aliments ne sont généralement reconnus qu'après leur expulsion ; le ténia passe inaperçu parce qu'il produit, outre les troubles intestinaux, à savoir les coliques, les flatuosités, les alternatives de constipation et de diarrhée, une variété infinie de phénomènes nerveux qu'on traite pour une névrose primitive. Le ténia agit d'une manière insidieuse sur la paroi intestinale; l'impression inconsciente qui en résulte se propage au système nerveux central, à l'encéphale surtout et se réfléchit ensuite sur tous les nerfs de la motilité et de la sensibilité générales, sur l'innervation du cœur, des vaisseaux, de la respiration et de l'estomac, de là des vertiges, des convulsions hystériformes, des troubles psychiques, des palpitations, des oppressions, des alternatives de prdeur et de rougeur, et souvent enfin des perversions des fonctions digeslives de l'estomac Ini-môme, sans et avant que l'estomac soit envahi directement par le ver; c'est donc une véritable action réflexe généralisée qui, par sa ressemblance avec une névro-asthénie, avec l'hystérie, trompeté médecin jusqu'à ce que la méprise se termine par l'apparition des fragments annulaires du ténia dans les garde-robes; ces faits sont observes à tout Age et dans toutes les contrées, par suite de l'usage de la viande crue, surtout du bœuf.
Les ascarides, qui sont plus fréquents chez l'enfant que
84fi (IIAP. II. — DYSPEPSIES INTESTINALES.
cliiv. radiillc, cl dans certaines contrées mcridionalcs que dans les régions tempérées, se développent racilcnicnl dans les organismes débilités, dans 1(î tiil)(; dij^cslil' lorsqu'il est déjà atteint de dyspepsie, lorsqu'il est le siège de déeomposition. Ces vers donnent moins souvent li(ui à des phénomènes bizarres que le ténia; ils peuvent même rester à l'état latent, et l'intestin, tout en continuant jusqu'à un certain point ses fonctions digestives, n'en est pas moins affecté de douleurs, d'irritation muqueuse dont on ne soupçonne pas l'origine. Dans les pays chauds, les vers ascarides semblent négliger les organes digestifs et provoquent, chez les enfants, des convulsions qui sont inconnues ou méconnues dans nos grandes villes.
Les oxyures, qui occupent uniquement le rectum, peuvent devenir le point de départ d'une véritable inflammation qui passe facilement à l'état chronique. Comme ces entérites donnent lieu, chez l'enfant, à une sécrétion muqueuse considérable, avec ou sans réaction sur le système nerveux central, on reconnaît habituellement l'origine de ces diarrhées, et le traitement local suffit pour un certain temps à détruire ces oxyures, qui se reproduisent facilement.
infusoircs. — Il cxistc uu Certain nombre d'infusoires qui, occupant l'intestin, surtout le côlon, peuvent donner lieu au catarrhe muqueux du gros intestin. — A cette catégorie appartiennent le cercomonas intestinal de Davaine, le paramaccium coli, de Malmsten, le trichomononas intestinal décrit par Zunker. Une mention spéciale doit être réservée à un ver arrondi, de l'ordre des nématodes, connu sous le nom d'anchylostome duodénal qui existe de longue date en Egypte, en Italie, et qui a sévi sur les ouvriers du Saint-Gothard, en déterminant de graves symptômes longtemps attribués vaguement à l'anémie des mineurs.
DYSPKPSIES INTESTINALES DACTÉUIQUES. 3i;3
,^ 3. — IlyM|iepNlcM in(cN(iiinlcM linctériqucN
BiictéricM intcMtinaicM. — Duns l'intestin , il y a tout un monde microbiquc déjà entrevu il y a cent soixante-dix ans par Leuwenliock, puis indiqué, dans ce siècle, par Gros, Longet, Frericlis qui considèrent ces bactéries comme normales, étudiées avec soin par Woodward,qui les trouve aussi bien dans l'état pathologique qu'à l'état physiologique. La présence de ces' micro-organismes et le nombre incalculable de leurs formes constituent aujourd'hui un fait acquis à la science.
Ce qui nous intéresse de ces données concordantes, c'est le point de vue de la physiologie et de la clinique; il s'agit de savoir, comme l'enseigne la doctrine de Pasteur, si ces microorganismes accomplissent dans l'intestin, comme partout ailleurs, la fonction digestive, si les bactéries ont le pouvoir de décomposer les albuminates, de produire la fermentation lactique, butyrique, acétique, enfin si elles sont la cause des productions pathologiques, des dyspepsies muqueuses intestinales, comme elles sont soupçonnées de développer le choléra, la fièvre typhoïde.
Avant tout, la limite de la normalité doit être établie, puis la genèse de la maladie devra être reconnue par la culture de ces bactéries, et, à son défaut, par l'action des alcaloïdes d'origine microbique sur l'intestin lui-même. Quels sont les hôtes misérables, quels sont les excitateurs de la fermentation, quelle est leur influence sur les divers actes de la digestion intestinale? Voilà le problème à résoudre; c'est la tache d'aujourd'hui. Elle a été tentée pour la première fois par Nothnagel, puis par Brieger qui, à l'aide de cultures, chercha à déterminer la fonction-ferment, puis par Stahl qui s'attacha surtout à la description de vingt
:iil <,IIA1'. II. — DYSPEPSIES INTESTINALES.
espèces (le luicrohes, par Bieiislok ([iii ne reeonnni (jn'iiii seul ^(Miro {Mcd. CentralbL, 'l'S(S5), cl en dernier lien |)ar J Kscli<Mi('h , dont les reclieiclies paraissent plus dé{^a|^(;es de ■ théories.
Dans toutes les matières on trouve la jilupart des espèces j de bactéries; les formes arrondies (ou micrococci) , les m bactéries en bAtonnet {badcrnim-tenno) qui sont i)lus nombreuses dans les matières muqueuses fluides et qui paraissent présider à la décomposition des albuminales. Il existe, en outre, dans l'intestin, une autre série de micro-organismes qui appartiennent à la classe des clostridiens et qui soiil généralement proportionnés, dans les garde-robes, à la quantité de lecule, à la quantité de débris de plantes ou de fruits. Cette espèce de bactéries paraît être identique avec les diverses formes à: Amylohacler décrites par Trécul en 18G5, et avec le Bacillus amylobacter^ parfaitement étudié par Van Treghem en 1877.
Les recherches de Bienstok renversent toutes les idées, toutes les descriptions de Nothnagcl; après vingt analyses bactériologiques des matières fécales dans l'état normal, ce jeune observateur conclut ainsi : 1° les bactéries normales de l'intestin ne sont ni des micrococcus, ni le bacterium-termo, ni les spirochàtes indiqués par Stahl; ce sont toujours et uniquement des bacilles; 2" la cause de ce processus se trouve dans la mort de tous les germes organiques par l'acide libre de l'estomac, à l'exception des spores qui passent par l'estomac et se développent dans l'intestin; 3° dans les matières normales de l'adulte on trouve quatre espèces de bacilles; deux volumineux semblables au bacille du foin et munis de spores ; un autre très petit est une sorte de bâtonnet de nature pathogène pour les animaux. Enfm une espèce particulière, reconnaissable par sa couronne, préside à la décomposition, au dédoublement des albumi-
DYSPLI'SIKS INTKSTIMALES HACTÉniQUES. 315
natos en donnanl ainsi lion à la roriiialion d'ammoniaque et d'acide carl)oni(|uo.
Ce bacille ne pénètre dans l'intestin qu'avec l'alimentation mixte ; il n'existe donc pas chez le nourrisson ; c'est la seule cause des elYcts morbides, désignés jusqu'ici sous le nom de pulrescence intestinale. Ces diverses propositions sont combattues énergiquement par Escherich, qui attribue l'erreur fondamentale à la culture des bactéries, sur un milieu solide, ce qui empêche la plupart de se reproduire; d'une autre part, les germes introduits dans l'estomac ne meurent pas tous par le suc gastrique, car l'acidification, à un millième d'acide chlorhydrique, est bien loin de durer pendant toute la digestion.
Pour juger cette question de provenance, Escherich étudia d'abord le méconium des fœtus morts pendant la période d'accouchement; là il ne trouva rien. Peu de temps (quatre à sept heures) après la naissance, des germes pénètrent dans le tube digestif par suite des mouvements de succion ou de déglutition du nouveau-né, peut-être aussi par l'anus. Les premiers parasites sont des levures ou des micrococci et quelques formes inconnues de bactéries. Quand l'enfant a pris le sein, la matière intestinale présente, au lieu du mélange de bactéries, une seule espèce allongée et recourbée, que l'auteur appelle bactérium du colon; ce parasite a le pouvoir de coaguler le lait lentement, en même temps qu'il se forme un acide, et de faire fermenter les solutions de sucre de raisin. Une deuxième espèce, plus rare, consiste en bâtonnets avec coin arrondi, assez semblables au microbe de la pneumonie. Cultivée sur un fragment de pomme de terre, cette bactérie forme une colonie traversée par des bulles de gaz; cultivée sur une couche de mercure, c'està-dire à Vabri de rair, elle donne lieu également à la formation de gaz, lorsqu'on y ajoute une solution de sucre de lait;
aïO CIIAP. 11. — DYSPEPSIKS IM KSTIN AI.KS.
c'est donc une bac.léi'ic (jni vil sans air,('l(|iii loi nie (li^sf^a/; c*esl la Ixtclcrle dcnxjrnc du lail. Ainsi les ^Uww genres sont anacrobics, à la condilion de liouvcr, dans le sucre oii dans l'acide lactique, roxy^èn(! (jui leur l'ail délant.
La répartition des bactéries déi)end naLuiellcmcnt delà présence des restes alimentaires, tandis (jue les liquides sécrétés par rintestin conslituent un moyen défavorable de nutrition des germes. Dans la partie supérieure de l'intestin, on ne trouve le haclerium laclis aerogcnes qu'en petit nombre ; le haclerium côll occupe surtout la partie inférieure de l'intestin grêle; mais ce qui est à noter, c'est que la proportion des deux espèces s'intervertit dans le parcours de l'intestin. La nature de l'aliment et la quantité digérée exercent aussi une grande influence sur le nombre des bactéries; lorsque la matière fécale ne contient que peu de débris du lait, le bacille lacté tend à disparaître, car il ne vit qu'à l'aide du sucre de lait, susceptible de fermenter ; au contraire, le développement de la bactérie du côlon exige la composition normale des garde-robes, d'origine lactée, qui sont formées par le suc intestinal, les parties salines, les graisses et les savons graisseux. En réalité, ces deux espèces de bactéries n'appartiennent pas en particulier aux résidus excrémenlitiels du lait; ils sont plutôt, lorsqu'ils prédominent, le signe d'une résorption complète des aliments ingérés; voilà ce que nous savons de plus précis sur l'état normal.
Lorsqu'il s'agit de l'état pathologique des nourrissons, on a souvent examiné les garde-robes, au point de vue des bactéries ; Lôschner et Lambl, Widerhofer y ont bien constaté de nombreuses formes de bactéries, des leptothrix surtout, le champignon du muguet qui a passé intact de la bouche dans l'intestin; mais Demme fait observer avec raison que les micrococci et surtout les bactéries en bâtonnets se
DYSPKPSIKS INTKSTINALKS liACTÉIlIQUES. 3-47
retrouvent aussi en ([uantilc considérable chez les enlants bien portants. Un'ehiian démontre aussi la présence constante de la levure mêlée avec une masse énorme de cocci et de bactéries allongées.
Dans tous les cas, chez l'enlant, comme chez l'adulte, il y a une sorte de loi de progression constante qui peut être formulée ainsi : la végétation bactérique à peine marquée dans la région pylorique va en augmentant de nombre et de dimensions à mesure qu'on se rapproche du rectum; cette observation qui a été faite sur le chien par Nenki, et vérifiée bien des fois pour l'intestin de l'homme, trouve facilement son explication. Dans l'estomac l'acide chlorhydrique enraye la vie des ferments introduits avec les aliments. Les germes qui échappent à l'action de l'estomac, avec les aliments, dans la dernière période digestive, vont se multii)lier dans l'intestin gicle, et comme cet organe a une activité motrice très prononcée, ils le quittent pour s'arrêter surtout dans le c?ecum ; c'est là qu'ils se multii)lient indéfiniment. Dans cette marche progressive de haut en bas les bactéries subissent aussi des variations de nombre ; les plus courtes se retrouvent au commencement du tube digestif et diminuent à la fin.
Toutes ces formes sont influencées dans leur développement par le genre de nourriture; les aliments sans germe ne permettent pas de vivre (Pasteur) ; par le régime lacté on retrouveles bacilles qui, d'après Escherich, sont obligatoires et vivent par anaérobie; les autres micro-organismes sont facullalifs et formés par les divers cocci, les champignons bourgeonnants, etc., qui vivent à la zone périphérique de l'intestin surtout du côlon où ils trouvent l'oxygène nécessaire à leur existence, ce gaz pouvant y pénétrer à travers les membranes (Schùtzenberger). Par le régime de viande ce sont les colonies aérobies qui prédominent, surtout dans le gros
34S CIIAIV II. — I)YSPEl»SIi:S INTESTINAI.KS.
inlcsliii. \ai il se passe un plirnoniène iiili'icssanl (|iii nous éclairera siiigulinviiiniit sur le développement des Ijacléi'ies a((i<l('iih'll('s dans la dyspcpsifi muqueuse. Dans toute sécrélioii iiHKiueuse, la imicine, comme Fa dénionti'é Landwelir, se dédouble et il se l'orme une gomme anim.ihi (jiii appaiticnt jus(iu'à un certain point au groupe des hydrates de carbone, cl (jui [)résente par consé(juent un rap[)ort direct avec le mode de vivre et l'action fernuînlative des colonies bactériques; ce sont des agents amylolytiques. La caséine et la fibrine au contraire n'ont pas d'agents attitrés de trans- Ibriiialion; la graisse ne se modifie guère plus; le sucre de lail est de tous les principes alimentaires le plus facilement décomposé, et le dédoublement qui se fait en acide lactique, acide carbonique et hydrogène a lieu non dans l'estomac, mais dans la portion supérieure de l'intestin grêle par l'intervcntion du bacteriuni lactis.
Applications prntiquct*. — Ccs dounécs quî dc primc abord ne semblent avoir aucune portée pratique nous démontrent au contraire des faits considérables; c'est que l'état physiologique et la maladie n'ont pas de frontières, qu'il ne s'agit entre elles que d'une différence quantitative, que la bactériologie de l'un s'applique à l'autre. Ces dyspepsies intestinales ne sont que des indigestions chimiques dues à des aliments irritants par leur quantité ou par leur qualité, ou bien encore à des sécrétions iléopancréatiques modifiées dans leur composition ou bien à des productions exagérées de mucus. — Toutes ces transformations ont pour témoins et pour fauteurs des bactéries d'espèces différentes; c'est pourquoi on peut, on doit considérer les catarrhes intestinaux comme des manifestations microbiques, et non comme des inflammations primordiales. Les produits mucineux sont peuplés de microbes, en tel nombre que ces exsudais en sont pour ainsi dire formés, et l'examen bactériolo-