LOUISIANE
Ce fut un bel et utile exemplç que donna la Louisiane , lorsque le sénat et la chambre des représentants de cet
cosse , de Hollande , de Belgique et de Suisse , où M. le ministre de l’intérieur l’avait envoyé: « Tout ce que j’ai vu dans mes voyages , n’a fait que me confirmer dans mon système de l’isolemeut individuel. 'Tous les hommes pratiques que j’ai consultés sont partisans de ce système. Genève seul persiste dans son silencieux mensonge. Mais l’enquête à laquelle je me suis livré ne permet plus d’élever des doutes sur la non-observation du silence. Cependant , si le silence ne s’observe pas , il ne doit s’observer nulle part ; car la disposition des lieux y est aussi parfaite que la discipline , et je n’ai trouvé nulle part un directeur plus entendu, plus religieux , plus dévoué. Du reste , Genève n’est qu’une fraction qu’on a tort de prendre pour un tout... On ne peut établir de moyenne sur une population dont le chiffre le plus élevé est de 60... D.V. aussi la lettre deM. Demets aux conseils généraux, p. 6, à la note.
(1) Mémoire svr la nécessité d’établir une réforme dans les prisons et sur les moyens de Vopérer , par M. Doublet , de la Société royale de médecine , inspecteur général des hospices civils et maisons de forc^, page 56. Cet ouvrage , dit la Biographie de Michaud, fit beaucoup de sensation dans le public , et il éclaira la
Etat , prirent la résolution (1) d'établir ses lois pénales. Livingston , que nous avons vu dans ces derniers temps représentant des Etats-Unis à la cour de France , fut chargé de ce travail (2) , qui reçut l’approbation du sénat et de la chambre des représentants, dans leur assemblée générale le 21 mars 1822.
La question de l’existence de l’abobtion de la peine de mort n’échappa point aux méditations de ce grand publiciste, de cet homme d’Etat surtout. . , et il avoue qu’ après y avoir mûrement réfléchi et pesé les arguments pour et contre, il avait été conduit à ce résultat : “ que la peine de
commission de l’assemblée consliluante , dans son travail sur la mendicité et sur les prisons. Nous dûmes être surpris que l’auteur del'état actuel des prisons en France, M. Moreau-Clirisloplie, n’ait cru devoir compter cet ouvrage que pour son tire !... (page xx ). Ayant eu à nous en expliquer avec M. Moreau-Clirisloplie , nous devons dire qu'il s’empressa avec la meilleure grdce du monde de nous assurer n’avoir entendu en rien contester l’utilité de cet ouvrage à l’époque où il parut. L’opinion qu’il a émise ne s’appliquait à l’ouvrage que dans son rapport immédiat avec la réforme actuelle.
(1) 10 février 1820. Outre l’indemnité accordée à la personne chargée de préparer le projet de ces codes, il fut dit qu’une somme de 500 piastres lui serait accordée sur le trésor de l’Etat , pour lui faciliter les moyens de se procurer les informations et les documents relatifs aux améliorations à effectuer dans la jurisprudence criminelle , particulièrement dans le système correctionnel adopté dans différents états.
(2) Rapport sur le projet d’un code pénal , fait à l’assemblée générale de l’état de la Louisiane , par M. Edouard Livingston... Paris, 1 volume in-8.", 1825.
mort devait être exclue du code qu’oii l’avait chargé de présenter (1).»
Le projet présenté par Livingston contient six li>Tes. Le dernier livre traite de l’établissement d’une maison de correction (pmitentiary ) , et des réglements pour son administration. Quatre livres sont seuls achevés dans le projet.
La sixième et dernière division de l’ouvrage , dit Livingston, contiendra les réglements pour l’établissementet la direction des prisons publiques , comprenant ceux qui sont relatifs à la détention avant le jugement , à la simple réclusion , à l’emprisonnement correctionnel , aux travaux de force et en solitude. De ces réglements et de leur fidèle
I; (1) P. 58. M. Livingston se prononce également contre la peine de mort. Ce n’est pas qu’il retuse à la société le droit de prendre la vie à celui qui se met en insurrection onverte contre elle ; mais il ne le lui accorde qu’au moment même de l’attaque. Dès que la crise de la défense est passée , et que son ennemi est devenu son prisonnier, il ne lui attribue plus le même privilège , parce qu’il n’y voit plus la même nécessité... Le caractère irrésistible de cette peine , la faillibilité de la justice humaine , la responsabilité d’une erreur irréparable qui , scion lui , ne doit pas tomber sur le juge condamnant d’après les apparences , mais sur le législateur sachant que ces apparences peuvent être quelquefois trompeuses ; l’ineflicacité de l’exemple qui toujours, d’après lui , pousse plus vers le crime , par la vue du sang et l’entrainement de l’imitation , qu’il n’en détourne par la crainte ; l’horreur du spectacle qu’offre le sacrifice sanglant d’un être plein de force auquel la société, quineluiapasdonné l’existence, s’arroge , comme Dieu , le droit de l’ôter , et cela de sang-hnid , sans la nécessité actuelle de se défendre , pour la sauvegarde incertaine d’une abstraction , avec la possibilité de se ironi-
exécution dépend le succès de tout le système pénal. Mais il serait inutile de faire des réglements , puisqu’il est impossible de les exécuter , à moins qu’on ne prépare un édifice de dimension assez vaste pour y pourvoir convenablement, classer, occuper, renfermer ou isoler les différents coupables. Sans ce préalable , nous ne pouvons espérer aucun effet de l’exemple , ni espérer aucune réforme , et cette nécessité d’effet et de résultat serait imputée au système , quand on n’en devrait accuser que notre défaut d’attention. Le \ice est plus contagieux que les maladies. Beaucoup de ces dernières ne se communiquent pas , même par le contact. Il n’en est pas ainsi des maladies de l’àme, elles se contractent et s’inoculent toutes avec facilité, par la fréquentation habituelle : il serait moins déraisonnable de placer un homme dans une maison de pestiférés pour le guérir d’un mal de tête , que d’enfermer un jeune délinquant dans une prison ordinaire , pour effectuer sa réforme. Considérant l’ordre intérieur de la maison de correction ('pemtmtiorî/j comme essentiel au succès de la totalité du plan , on n’a pas cru devoir en laisser l’étabUssement à la direction du gouverneur ou gardicu.
per, et sans que l’ârae accablée et endurcie de celui qui a tué et que la loi qui le tue, surprise dans le mal et y étant encore, pour ainsi, tout enveloppée , soit prêle à ce grand passage de la vie à la mort, inspirent à M. Livinsgton une invincible répugnance pour elle. Il l’exclut donc de son code. » ( Livingston , sa vie , et ses travaux , par Mignet , revue des Deux-Mondes , t livraison de juillet 1858, page 58).
Au moyen de réglements précis, en quelque sorte minutieux , on établit la discipline de la prison sur une base qui ne doit pas varier , suivant les théories diverses des officiers préposés pour la maintenir ; on leur accorde cependant une latitude discrétionnaire pour le cas où les considérations d’humanité peuvent le requérir. »
La connaissance de ce travail , en Europe , n’a pas peu contribué à avancer les progrès de la réforme.