‹ Du Régime cellulaire préventif, répressif et pénitentiaire, à substituer au système pénal actuel en général, et à la peine de mort en particulierChapitre 25 sur 42 · Exécution d'jfilaert · texte numérisé non relu

Exécution d'jfilaert

a Âllaert, condamné à la peine de mort, le 25 avril dernier, par la Cour d’assises de Douai , pour assassinai commis à Estaires , arrivé de Douai à Lille mercredi, après avoir passé la nuit à la prison de Saint-Pierre , en est reparti jeudi , à quatre heures du matin , pour être conduit à Estaires, où il devait subir sa peine. Allaert est arrivé à Estaires le même jour , vers huit heures, escorté par une brigade de gendarmerie qui n’a pu que difGcilement se faire jour à travers la foule immense qui déjà à cette heure encombrait toutes les rues. Il a été immédiatement déposé à la prison en attendant l’exécntion qui ne devait avoir lieu qu’à midi. Nous le disons avec peine, mais, nous devons le dire, cette foule était en grande partie composée de femmes, et surtout de jeunes Filies; et il n’y avait presque pas une fenêtre des maisons de la place et des rues adjacentes , où leurs figures ne vinssent s’encadrer en un groupe serré. La dernière heure sonnée , le condamné , accompagné de trois prêtres qui ne l’avaient pas quitté depuis son arrivée , s’achemina lentement vers l’échafaud. Ses traits, d’une pâleur extrême, trahissaient une émotion profonde; il en monta cependant les degrés avec assez d’assu-

Di.

Googh

rance, et cinq minutes ne s’étaient pas écoulées, que lu justice des hommes était accomplie. »

(Journal des Débats do 2G juin lüSft. )

9. Sur Jadin , condamné A mort pour assassinat commis rue des Petites-Écuries, à Paris.

U Jadin a persisté dans sa résolution de ne pas former de pourvoi en cassation. Hier à minuit (17 juillet) moins quelques minutes, ou est venu l’avertir , dans son cachot, que le délai fatal allait expirer. « Ce n’était pas la peine de me réveiller pour cela , a-t-il répondu. J’avais dit qne je ne reculais pas, et j’ai l’habitude de tenir parole. D’aillenrs, il fent en finir, et le plus tôt sera le mieux. Bonsoir !.. » Et en disant ces mots , il se tourna du cdté de la muraille et ne répondit pins une parole aux observations hieiiveilluntes qu’on lui adressait. Ce matin , de bonne heure, il était sur pied et demandait avec empressement si l’heure de l’exécution était fi.\ée; on lui répondit que rien n’était résolu à ce sujet , et cette réponse a paru le contrarier vivement. »

(Gaz. des Trib. du 19 juillet 1838.)

tO. Exécution de Jadin.

Ce matin, comme les jours précédents, la foule s’est portée devant la prison de la Roqnette , où l’on supposait que devait avoir lieu l’exécution de Jadin. D’autres, mieux instruits, sont allés à la place Saint-Jacques , sur le boulevard de ce nom. Le plus grand nombre était averti par les préparatifs qui s’y faisaient depuis deux heures du matin. Des ouvrim étaient occupés à dresser l’écliafaud à la lueur des tordies. Vers sept heures , on a vu arriver sur les lieux des cabriolets de remise et même des équipages. Les appartements et les fenêtres du marchand cte vin de la rue Saint-Jacques avaient été retenus moyennant 130 fr., et l’on remarquait parmi les curieux plusieurs femmes d’une mise très-élégante.

Tandis que beaucoup de personnes montraient cet empressement à voir les derniers moments de l’assassin d’Hermance, Jadin dormait

à la Conciergerie d’un profond sommeil. A six heures du matin , M. l’abbé Montés s’est rendu près du condamné, n Ab! ah! monsieur l’abbé, a dit Jadin, votre visite matinale m’annonce que !‘on cessera de me faire languir; j’espère qu’aiijonrd’hui c’est pour tout de bon ; soyez tranquille , je m’y attendais , je suis parfaitement résigné ; je ne manquerai pas de courage. Après tout , j'ai mérité mon sort , je ne voulais que voler; pourquoi ai-je tué cette malheureuse fille? » Le vénérable ecclésiastique a présenté au patient les con.solations que sa situation comportait, et lui a feil lire les psaumes de la [ténitence. Bientôt après , sur la demande du condamné, on guichetier lui a apporté un peu de pain et un verre de vin.

A sept heures et demie, Jadin a été conduit dans l’avant-greffe , où il a trouvé l’exécuteur et ses aides. Les affreux apprêts de la toilette ont commencé. Jadin , dépouillé de son habit, est resté avec son pantalon gris fort propre , une chemise blanche et une paire de bottes presque neuves. On lui a attaché les mains derrière le dos.

Pendant qu’on lui coupait avec des ciseaux le col de sa chemise et les cheveux qui lui couvraient la nuque, Jadin a dit : «J’ai tué, c’est vrai, mais sans préméditation. Les jurés ont été un peu sévères ; ils auraient dû avoir égard à l’état d’ivresse on je me trouvais alors; au reste, c’est ma faute, je ne me plains pas. »

Le condamné a été conduit dans la cour de la Conciergerie ; on l’a fait monter sur le banc de derrière dans le charriot côuvert qui a remplacé le tombereau fatal ; deux gendarmes ont pris place sur le siège de devant.

Le triste cortège, escorté par des gendarmes de la Seine et des gardes municipaux à cheval , s’est mis en marche en passant par la rue de la Barillerie, le pont Saint-Michel, la rue de la Harpe, la place Saint-Michel, la rue Saint -Hyacinthe et la rue Sainte-Jacques.

On assure que, pendant le trajet , Jadin n’a cessé de s’entretenir avec son confesseur. « Si Dieu, disait-il à l’abbé Montés , a assez de clémence pour pardonner à un si grand coupable, si les remords suffisent pour le désarmer , je ne suis peut-être pas indigne de sa miséricorde. Loin d’être né pour le crime, je me sentais porté pour le bien , et j’aurais été vertueux sans l’entrainement des passions et les mauvais exemples. Je n'avais pas le cœur endurci ; je ne voulais pas assassiner cette pauvre fille; je ne sais quelle fatalité m’a poussé à ce mauvais coup ! »

Au bas de l’édiafeud , Jadin s’eat mis à genoux , a £iit une courte prière, baisé le crucifix, embrassé l’abbé Moulés en se relevant. Puis, se dirigeant d’un pas ferme vers l’échafaud, il en monta les degrés avec rapidité , et dit , en retournant la tête : « Adieu , M. l’abbé

Montés , priez pour moi J’aurais pourtant en quelque chose à

dire encore à M. Allard, le chef de la police de sûreté , mais il n’est plus temps. »

Lorsqu’on l’attacliait sur la planclie fiitale, il a essayé en secouant la lële de faire tomber sa casquette ; ne pouvant en venir à bout , il a dit à l’exécuteur : Faites-moi le plaisir de commencer par me décoiffer. La casquette enlevée, Jadin a contemplé avec une fermeté stoïque l’instrument du supplice j cependant la pileur altérait ses traits et un mouvement fébrile contractait scs lèvres.

Une seconde après, Jadin n’existait plus. La foule s’est écoulée en silence.

Peu d’instants avant l’exécution , une voiture qui transportait les morts des hôpitaux au cimetière qui allait bientôt recevoir le corps do condamné , a versé à peu de distance de l’échafaud , et a failli étaler sous les yeux des spectateurs son lugubre chargement.

On prétend que la tête de Jadin a été livrée à des hommes de l’art pour devenir l’objet d’études pbrénologiques.

(Journ. desDéb. du 22 juillet 1858).

1 1 . On écrit de Périgueux , 26 juillet.

Nos assises n’avaient jamais présenté une série de crimes aussi graves et une sévérité de répression aussi inévitable , peut-être , dans l’état de nos mœurs et de notre législation. La Cour vient de prononcer sa troisième condamnation à la peine capitale. Dans ces trois condamnations , il y a eu presque aveu complet de la part des coupables. Mais la première semble avoir causé quelques regrets aux jurés, qui se sont empressés, dit-on, de signer une demande en commutation de peine. Ils croyaient avoir résolu les questions relatives au nommé François Michel , accusé d’empoisonnement sur la personne du mari de sa maîtresse , de manière à éviter la peine de mort , et ils avaient , au contraire , mis la Cour dans l’inévitable obligation d’en faire l’application. Ou sait que la victime a échappé à la mort , et tout porte à croire que la peine de ce condamné , qui

est le résolut d’one erreur, sera commuée par le chef de l’Etal. Quant aux deux autres, Pasquet, couTaincu d’assassinat et de feux , et Jean Boise , accusé de viol , d'inceste et d’infanticide , ils n’auront que la voie de l'appel pour se pourvoir contre leur arrêt.

L’afTaire de Jean Boise , qui comparaissait hier avec sa fille et sa femme , a surtout fortement excité la curiosité publique. Viol , in> ceste, infanticide , adullère , suicide , tel est le résumé de l’horrible drame qui s'est déroulé devant la Cour d’assises, et dont le résultat a été une condamnation à mort pour le père, et un verdict de dix années de réclusion pour la fille.

'Voici les détails de cette affaire qui, malgré son horreur, on plutôt à cause même des inlSmes circonstances qui l'accompagnent, avait excité au plus haut degré la curiosité publique. Dès le malin , la foule occupait toutes les rues qui conduisent de la prison au Palaisde-Justice. Ce n'est qu'avec la plus grande peine que les gendarmes ont pu , i travers les groupes serrés d'hommes et surtout de femmes , se frayer un chemin pour conduire les accusés jusqu’à leur banc ; leur physionomie est presque aussi repoussante que leurs crimes.

La peau et le teint de Jean Boise et de sa fille sont noirs et hâlés. La figure du père est sillonnée de rides, et obéit, presque à chaque instant , à un mouvement nerveux qui , partant des lèvres , contracte fortement sa joue droite.

Nous allons , autant que nous le permettra la nature des détails , analyser ici l’acte d’accusation qui a été lu en public. Quant aux débats , on nous saura gré sans doute de ne point percer le voile du buis-clos pour en révéler les hideuses circonstances. Depuis longues années, la rameur publique signalait Jean Boise comme entretenant sous les yeux de Marie Cuisineau , sa femme , des relations incestueuses avec Marie Boise, sa fille. Plusieurs personnes avaient acquis l’affligeante certitude que ce n’était point à tort qu’on le soupçonnait d’outrager ainsi tout ce que la nature et la morale ont de plus saint et de plus sacré. Les fiimiliariiés qui existaient entre eux n’avaient point échappé aux domestiques qu’il avait eus successivement dans sa maison , et ils avaient vu le père et la lille partager le même lit ou se livrer avec un cynisme sans exemple , à de hideux ébats; ils avaient vu Boise maltraiter sa femme avec cruauté , quand elle voulait lui adresser quelques re(»ésentatioos

sar sa conduite ; et souvent , chassée de sa coudie et meurtrie de coups, elle avait été obligée de passer les nuits hors de la maison conjugale.

Dans le courant de l’année 4850 , un déplorable événement avait surtout dévoilé l’inâme commerce auquel il se livrait avec Marie Boise : cet homme avait attiré diez lui un jeune cultivateur de la contrée , et l’avait déterminé à épouser sa fille. Celui-ci , après le mariage civil , était venu liabiter chez son beau-père. Au bout de quelques jours de cohabitation, et au moment de se marier à l’église , il s’était suicidé. Or , avant de se donner la mort , il avait déclaré qu’il avait surpris sa femme consommant avec son père un affreus adultère, et que par suite du chagrin qu’il en éprouvait, il avait résolu de s’arracher la vie.

La rumeur publique ne se bornait pas à signaler Boise comme un père incestueux; elle lui reprochait de s’ëtre débarrassé, an moment de leur naissance, de plusieurs enfants qu'il avait eus de sa fille , en les jetant dans des étangs ou en les enfouissant dans la terre. Les soins qu’il s’était donnés pour la marier au malheureux jeune liomme qui avait eu une si triste fin , de nouvdies démarches qu’il avait faites après sa mort afin de lui trouver un autre mari , confirmaient les bruits qui drculaient à ce sujet , en montrant qu’il cherchait à s’affrandiir de la dangereuse nécessité d’anéantir par le meurtre, les témoignages de ses débordements, et en laissant entrevoir qu’il avait souvent eu recours à cet horrible expédient. Mais telle était la terreur qu’il inspirait par son caractère, que, loin de chercher à s’assurer si sa maison avait réellement été le théâtre de quelque infanticide, .cliacun s’éloignait de lui , et personne n’osait faire connaître à l'autorité les soupçons qu’on avait conçus.

Cependant > vers le mois de mars dernier , Marie Boise ayant paru être récemment accouchée sans qu’il eût été possible de savoir ce que son enfant était devenu , on fit parvenir au procureur du Roi une note dans laquelle on appelait sur elle et sur son père les investigations de la justice , et ils furent l’un et l'autre immédiatement arrêtés. Boise soutint avec assurance que sa fille n’avait point été enceinte , et celle-ci affirma que jamais elle ne s’était trouvée dans cet état; mais une sage-femme ayant été chargée de la visiter, et ayant reconnu chez elle les traces d’un enfantement qni ne remontait qu’à quelques jours , elle avoua qu'elle avait eu deux enfiints,

l’uu vers le mois de février f837, et l’autre vers le 28 février dernier. A l’époque du premier accouchement , Boise demeurait avec sa famille au lien de la Colonie, commune de Lajemaye. Depuis , il était venu résider au lieu de Leyraudie , commune de Saint-Andréde-Doub!e , sur un domaine dont il était propriétaire. Le magistrat instructeur se transporta dans cette commune pour y recevoir les dépositions des personnes de sa maison et pour interroger sa femme. Celle-ci, après avoir elle-même long-temps soutenu que jamais elle , n’avait vu sa fille dans un état de grossesse , finit par convenir qu’elle était réellement accouchée aux deux époques déjà indiquées. Il résultait de l’interrogatoire de*^ fille et du sien, que l’un des deux enfants avait été enfoui dans un fournil dépendant de la maison de la Colonie , et l’autre dans le jardin de celle que la famille habitait depuis peu de temps à Leyraudie. Des fouilles furent faites dans le fournil de la Colonie , et on y trouva enfoui à deux pieds de profondeur, dans de la terre glaise, et parfaitement conservé, le cadavre d’un enfant nouveau-né du sexe masculin, dont la naissance remontait à un an. Des fouilles furent également opérées dans le jardin de Leyraudie ; mais il fut impossible d’y découvrir les restes de celui dont Marie Boise s’était nouvellement délivrée. Marie Boise et sa mère cachèrent d’abord pendant quelque temps quel était le père de ces deux enfants et les circonstances qui avaient environné leur naissance ; mais, cédant au cri de leur conscience et à l’ascendant de la vérité , elles se déterminèrent enfin , dans des interrogatoires successifs, à donner à cet égard les détails les plus significatifs, et qui par cela même ne doivent pas trouver place ici.

11 en résulte qu’après plusieurs viols successifs , un épouvantable commerce finit par s’établir entre le père et la fille, commerce qui, après quelques années, amène deux grossesses et deux enfantements. Quant à Jean Boise, abandonnant le système de dénégation absolue qu’il avait adopté dès les premiers moments , il a changé à son tour de langage. Il a déclaré qu’un dimanche de l’année 4836, où il avait bu outre mesure et où les vapeurs du vin avaient troublé scs esprits, ayant trouvé sa fille coucliée sur un tas de paille . il s’était jeté sur elle et l’avait rendue mère sans qu'elle opposât aucune résistance , et que depuis , honteux de sa conduite , il n’avait jamais cherché à obtenir d’elle ce qu’il en avait obtenu ce jour-là ; que l’enfant dont elle était accouchée n’ayant pas vécu, il avait cru pouvoir l’enterrer

dans le fournil de sa maison , et qne c’était ce qu’il avait fait. Il a ajouté avec les serments les plus affreux que tout ce qu’avaient dit sa fille et sa femme d’un second accouchement était de la plus insigne fausseté , et qne jamais Marie Boise n’avait eu un antre enfant.

Telle était l’affoire soumise à MM. tes jurés ^telles étaient les circonstances déplorables qu’ils avaient à examiner , à rapprocher , à éclaircir par la vérité.

Après une heure de délibération, le jury a résolu affirmativement les questions de culpabilité contre Jean Boise et Marie Boise, sa fille ; mais , pour cette dernière seulement , avec des circonstances atténuantes. Marie Cuisinean a été déclarée non coupable.

La cour a prononcé la peine de mort contre Jean Boise et celle de dix ans de réclusion contre Marie Boise. Marie Cuisineau a été immédiatement mise en liberté.

Jean Boise s’attendait à la mort, et témoignait, quelques minutes avant son arrêt , à son défenseur , combien il regrettait de l’avoir dérangé de ses occupations si inutilement , puis s’enquérait froidement près de lui , dans l’inlérét de sa femme et de sa fille , des moyens de faire rentrer une créance de 12 fr. Pendant qne la cour délibérait sur l’application de la peine , qui n’était pins douteuse pour lui , il s’entretenait avec les personnes qui étaient autour de lui, affirmant qu’il redoutait plus de rentrer le soir en prison qne de mourir. Il aurait voulu que l’échafaud eût été dressé à l’instant même. La mort n’est rien , disait-il ; quand le blé est milr, il faut qu’on le coupe. Il a entendu son arrêt sans faire aucune observation. Il avait visiblement pâli , mais il paraissait fortement résigné. La fille était attérée et comme incrustée sur son banc, ün quart d’heure après, lorsqu’à peine les coupables étaient rentrés dans la prison, la mère mendiait dans nos rues , et se parait du titre de la femme du condamné?

( Journal des Débats du 51 juillet 1838.)

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