‹ Du régime lacté dans les maladiesChapitre 3 sur 7 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

EMPLOI BU LAIT DANS LES MALADIES OU IL PARAIT PRINCIPA- LEMENT INDIQUÉ PAR SA FACILE DIGESTIBILITB.

Nous croyons utile de rapporter, au début même de ce chapitre, les principales expériences qui démontrent la facile djg'cstibililé du lait. Aliment liquide, destiné à l'alimentation du nouveau-né qui n'a pas encore de; dents, il n'exig'e pour être digéré aucune mastication préalable. Arrivé dans l'estomac, la caséine se coag'ule en g'rumeaux irrég-uliers. Nous ne discuterons pas la cause de [cette coag-ulation, objet de nombreuses controverses. Rappelons seulement qu'elle a été attribuée par les uns à l'action de l'acide gastrique, par le plus grand nombre à l'action de la pepsine. Aussitôt coagulée , la caséine commence à se transformer en peptone, c'est-àdire en une substance facilement dialysable, facilement absorbable.

Toutes les caséines ne se comportent pas d'une façon identique, au [contact de tous les sucs gastriques. C'est là un point fort important, encore incomplètement étudié; nous allons cependant signaler les principaux travaux qui nous autorisent à croire que les propriétés chimiques

physiologiques de la caséine varient d'un animal à l'autre.

Simon (1) s'occupa un des premiers de cette question et soutint que la caséine du lait de femme n'est pas précipitée en totalité par les acides.

Rees (2) dit que la caséine du lait de femme ne précipite pas aussi facilement par les acides que la caséine du lait de vache. Selon cet auteur, ni l'acide chlorhydrique, ni l'acide sulfurique ne précipiteraient le lait de femme, le suc g-astrique y détermine la formation de coag-ula plus déliés que ceux obtenus avec du lait de vache.

Gumming" (3) confirme ces faits et propose de rendre le lait de vache aussi dig^eslible en y ajoutant 15 à 20 gouttes de liqueur de pepsine.

D'autres travaux plus récents établissent aussi la différence du lait de vache et du lait de femme. Ainsi, dans un travail ayant pour but la révision des méthodes employées pour l'analyse chimique du lait, Nencki (4) montre que la précipitation de la caséine par l'acide acétique est totale pour le lait de vache, incomplète pour le lait de femme.

Biedert (5) a constaté que le lait de vache se dig*érait moins facilement que le lait de femme. Dans un cas, la caséine du lait humain a été digérée en dix heures^ tandis qu'au bout de quatorze heures, dans les mêmes conditions, la caséine du lait de vache n'était pas complètement di-

(1) Simon. De lact. muliebr. ratione chim. et physlol. Berlin, 1838.

(2) Article Milk de l'Encj clopédie de Todd et Howmann.

(3) Gumming. On the use of pepsine wine in the artiGcial feeding of infants. Dublin Journ. of the médical science, 1872, p. 184.

(4) Nencki. Bulletin de la Société chimique de Berlin, t. VIII, p. 1046.

(5) Biedert. Neue Untersuchungen und klinische Beobachtungen ueber Menschen und Kuhmilch als Kinder Nahrungsmittel. Archivf. path. Anat t. LX, p. 352, 1874.

g-érée. Dans une autre expérience, la durée de la dig*estion a été de dix heures pour Je lait de femme, alors que la dig'eslion du lait de vache avait à peine commencé.

Langg-aard (1) a confirmé les recherches précédentes, et il y a ajouté ce fait intéressant que le lait de jument se comporte vis-à-vis des acides et vis-à-vis du suc g'astrique comme le lait de femme, ou du moins d'une manière très-analog*ue.

Toute la caséine ne pourrait, d'après Lubavin (2), être dig*érée par le suc gastrique, elle laisserait un résidu fort analog^ue à la nucléine et qui serait vraisemblablement digéré par le suc pancréatique ? Est-ce la dyspeptone de Meissner ? Si l'existence de ce produit était démontrée, il serait nécessaire de fixer dans quelles proportions il se présente dans les différentes espèces de lait.

De ces recherches diverses résulte ce fait intéressant que toutes les caséines ne sont pas identiques, que celle du lait de vache se digère plus difficilement et se coagule par masses plus volumineuses, englobant probablement des matières grasses.

Si les expériences sont faites avec un même lait, les résultats différeront un peu selon le suc gastrique employé.

La digestion est plus rapide avec le suc gastrique de jeunes animaux qu'avec le suc gastrique d'animaux adultes, cela se voit bien avec le suc gastrique du veau, comparé à celui du bœuf; plus l'animal est jeune, plus le

{i) Langgaard. Vergleichende Untersuchungen ueber Frauen, Kuh und Stutenmilch. Archiv f. palh. Anat. und Phys., t. LXV, p. 1, 4875. (2) Cité par Hoppe-Seyler. Pliysiol. Chemie, p. 225.

SUC g-astrique est actif pour coaguler la caséine et dig'érer le lait.

Dans les dig-eslions artificielles du lait faites avec le suc g-astrique de l'homme, du chien, du veau, des poissons, on constate des différences dans l'aspect physique du liquide dig-éré : la caséine est plus ou moins visqueuse, g'rumeleuse, friable. Il est vraisemblable que les phénomènes chimiques intimes ne sont pas sensiblement modifiés (Ch. Richet, communication orale).

L'albumine dissoute et la caséine soluble, c'est-à-dire une portion de caséine qui, d'après certains auteurs, ne se coagulerait pas dans l'estomac, subissent ég-alement la transformation en peptone. Malg-ré la présence de l'acide, cette albumine ne se coag*ule pas. « L'acide du suc gastrique naturel n'est jamais assez énerg-ique pour opérer la coag-ulation de l'albumine liquide, et l'opinion qui admet cette coag-ulation ne repose pas même sur des observations faites dans des circonstances exceptionnelles (1). »

On remarquera que l'état de dissolution de l'albumine est une condition éminemment favorable, elle permet pour ainsi dire le contact de toutes ses parties avec les sucs dig'estifs. Si nous soumettions, au contraire, un cube d'albumine solide à l'action du suc gastrique, cette action, toujours lente, se ferait sentir peu à peu, d'abord sur les ang-les qui deviendraient mousses et se dissoudraient les premiers.

Quant à la lactose, elle se transforme pour une petite part en acide lactique, et d'après les travaux de M. Ch.

(1) Schiff. Physiologie de la digestion, t. II, p. 150.

Richet, auquel nous empruntons ces détails, cette fermentation acide pourrait jouer un rôle important dans les phénomènes dig'estifs.

Si on mélang-e une très-g-rande quantité de suc g-astrique et très-peu de lait, la fermentation lactique sera peu prononcée, elle le sera bien davantag-e si on mélange une g'rande quantité de lait et très-peu de suc gastrique; l'expérience donne les mêmes résultats dans l'estomac et in vitro. On dirait que le mélang-e des deux liquides tend à un éiat acide, qui, d'une part, ne peut être dépassé, et d'autre part, est rapidement atteint. Cette acidification spontanée du lait semblerait destinée à épargner à l'org-anisme des jeunes animaux les frais d'une sécrétion gas-

^ trique abondante, l'acide lactique étant presque aussi actif que l'acide chlorhydrique, autant du moins qu'on en peut jug-er par les expériences de dig*estion artificielle (1). (Ch. Richet.)

La cause de la fermentation lactique du lait au contact du suc g-astrique est fort obscure, car, « en faisant digérer pendant long-temps, dit M. Ch. Richet, des solutions de g'lycose et de lactose avec du suc g'astrique, je n'ai pas obtenu celte fermentation lactique dont parle Maly, ou du moins elle a été très-faible. »

La durée du séjour du lait dans l'estomac est relativement courte, et si ce temps exprimait sa dig-estibilité, le

lait, à ce point de vue, serait encore le plus facilement

(l) Ch. Richet. Thèse pour le doctorat ès sciences. Paris, 1878. Nous devons remercier l'auteur qui a bien voulu nous communiquer les épreuves de son remarquable travail encore inédit, au moment où nous écrivons ces lignes.

digéré de tous les aliments. De nombreuses expériences ont été faites à cet ég-ard ; nous ne rappellerons que celles qui ont été faites sur l'homme.

. Gosse (1) avait la facultéde vomir à volonté, il lui fut ainsi possible d'étudier les modifications des alimentsdans l'estomac et le temps de leur séjour, il évaluait la durée de ce séjour à une heure, à une heure et demie pour le lait.

W. Beaumont (2) dans la série d'expériences qu'il fît sur son Canadien estime ce temps à deux heures. Ce dernier chiffre serait beaucoup trop élevé selon M. Ch. Richet.

Le sujet qui servit aux recherches de ce dernier observateur avait eu des brûlures étendues de l'œsophage causées par l'ingestion accidentelle de substances caustiques; un rétrécissement consécutif survint, il fut bientôt infranchissable et, pour prévenir l'inanition, M.leprofesseurVerneuil dut pratiquer une fistule stomacale. C'est dans ces conditions éminemment favorables que M. Ch. Richet put étudier la digestibilité de divers aliments et notamment celle du lait.

« La durée maximum du séjour des aliments dans l'estomac, dit cet auteur, paraît être de quatre heures el demie à cinq heures, pour les graisses et certains aliments indigestes. La durée minimum est de une heure et demie à deux heures ; en particulier, le lait paraît être de tous les aliments le plus facilement digéré; après une heure, c'est à peine s'il en reste quelques traces (3). »

(1) Jn Spallanzani. Opuscules de physiologie animale et végétale. Trad. J.Senebier, t. II, p. 879.

(2) W. Beaumont. Experiments and observ. on the gasiric juice. Plattsburg, 1S33.

(3) Ch. Richet. Loc. cit.

La dig'estion commencée dans l'estomac finit dans l'intestin. La caséine n'a pas été entièrement dissoute, comme le montre l'observation de Buscli et Kûhne (1). Il s'ag-it d'une femme qui portait une fistule duodénale; parmi les matières qui s'écoulaient de la fistule^, on constatait la présence de g"rumeaux de caséine, non encore dig'érée, toutes les fois que la malade avait ing-éré une certaine quantité de lait. Le suc pancréatique achève vraisemblablement cette digestion ainsi que celle de l'albumine.

L'eau, les sels, le sucre de lait (?) sont directement absorbés.

G est dans l'intestin seulement que peut se faire la dig'estion du beurre, le suc g^astrique n'exerçant aucune action sur les graisses.

Un des faits les plus importants à mettre en relief, c'est que toutes ces matières sont absorbées, qu'elles ne laissent point de résidu; c'est la cause principale de la constipation qu'entraîne le rég*ime lacté, c'est aussi, nous le verrons, la cause vraisemblable de son action bienfaisante dans les inflammations de l'intestin.

Le régime fait varier lacomposition des g'az de l'intestin. Voici, d'après Rug-e (2), en quoi consisteraient ces variations : par le rég^ime lacté on verrait prédominer l'hydrog'ène; par le rég*ime animal, l'azote; parlerég-ime vég-étal, l'hydrog-ène protocarboné. Quoique ces recherches n'aient pas reçu d'applications directes au sujet qui nous occupe,

(1) Busch.Beitragzur Physiologie derVerdauungsorgane.Virchow's Archiv,

4858, t. XIV, p. 140.

(2) Ruge.Zur Kenntniss der Darmgase. Acad. des se. de Vienne, 1862,

elles nous ont paru néanmoins mériter d'être sig-nalées.

Les principales maladies dans lesquelles le lait semble ag'ir par sa facile dig'estibilité sont : le rétrécissement de rœsophag*e, la g-astrite toxique, l'ulcère simple et le cancer de l'estomac, les dyspepsies, la dilatation de l'estomac, les diarrhées chroniques, la dysentérie et les maladies fébriles.

Rétrécissement de V œsophage. — Lorsque ce rétrécissement, quelle que soit sa cause, a acquis un certain deg-ré, l'alimentation devient difficile, impossible même par les aliments solides. Le lait rend alors d'utiles services; il forme la base du rég'ime. En écrivant ces lignies, nous avons présent à l'esprit un malade que nous suivions dans le service du professeur Béhier, alors que nous étions son chef de clinique, malade atteint de rétrécissement cancéreux de l'œsophag-e qui, pendant des mois, se nourrit exclusivement de lait, et qui, g-râce à ce rég'ime, avait un aspect si florissant, que nous doutions parfois de la réalité de notre diag^nostic; Tautopsie vint nous donner cruellement raison : cet homme mourut subitement d hémorrhag'ie consécutive à l'ulcération de g'ros vaisseaux, par extension de son épithélioma.

Gastrite toxique, — A la suite de l'ing-estion d'un poison caustique, il survient des vomissenents incessants pendant ving-t-quatre ou quarante-huit heures, puis ils s'arrêtent; mais il subsiste des douleurs vives et une intolérance telle de Forg-ane, que les aliments soUdes, même les liquides, sont presque immédiatement rejetés. Le lait est ordinaire-

ment mieux supporté, il est souvent nécessaire de commencer par des doses très-petites, fractionnées, qu'on élève ensuite progressivement. On reviendra lentement au rég'irae ordinaire, à mesure que la réparation des tissus permettra i'ing-estion de substances moins faciles à dig-érer. L'observation suivante, empruntée à M. le professeur Jaccoud, est la meilleure preuve de l'influence heureuseque peut avoir une pareille thérapeutique.

Observation I (Jaccoud, loc. cit., p. 796).

Femme de 30 ans qui, dans le but de s'empoisonner, avait gratté l'enduit phosphore d'une cinquantaine d'allumettes chimiques ; elle avait ensuite mêlé le produit ainsi obtenu à de l'eau de Javel, et elle avait avalé le tout. Grâce aux vomissements presque instantanés qui ont suivi l'ingestion, cette femme n'a éprouvé aucun des accidents que détermine l'absorption du phosphore, mais elle a été affectée d'une gastrite d'une effroyable violence, avec deux hématémèses pendant les premiers jours. Après la cessation des vomissements du débat, le lait a été lui-même rejeté à plusieurs reprises ; enfin il a été toléré, et cette femme a ûni par guérir complètement. Chaque fois qu'on essayait d'introduire un changement de régime, les vomissements reprenaient.

Ulcèi^e simple. — C'est au professeur Gruveilhier (1) que revient l'honneur d'avoir tracé d'une façon magistrale, non-seulement l'anatomie patholog-ique et les symptômes de cette affection, mais encore son traitement; il conseille le rég-ime lacté exclusif pendant des semaines, et quelquefois pendant des mois ; il croit nécessaire de ne revenir que prog-ressivement au régime ordinaire. On emploie successivement le régime lacté, puis le régime mitig'é, le

(1) Archives de médecine, 1853, t. I, p. 430.

rég-ime mixte, puis les viandes blanches et de facile digestion. C'est là peut-être la seule médication active dont puisse disposer le médecin en pareille circonstance. Les idées de Cruveilhier ont été adoptées par tous les patholog"istes qui se sont occupés du même sujet, Ch. Schutzemberg-er (1), Brinton (2), Wade (3), Leube (4), etc.

Le lait met pour ainsi dire l'estomac au repos par le peu de temps qu'il y séjourne, il ne contient point de parties solides susceptibles d'irriter la surface de l'ulcère.

On a dit aussi que le lait légèrement alcalin neutralisait l'acide gastrique, mais ceci est une erreur dans la grande majorité des cas; si le lait de traite est alcalin, il n'en est plus de même du lait extrait depuis plusieurs heures, c'est-à-dire du lait qui entre dans notre consommation journalière, et prend peu à peu une réaction acide, qui va en augmentant progressivement. Aussi peut-il être utile, en pareille circonstance, d'incorporer à ce liquide divers médicaments susceptibles de neutraliser le suc gastrique ou du moins d'en atténuer l'acidité, tels que le bicarbonate de soude, ou bien, comme le conseille M, le professeur Gubler (5), de l'additionner d'eau de Yichy ou d'eau de chaux.

De très-nombreuses observations démontrent l'effet

(1) Ch. Scluilzemberger. Heureux effets de la diète lactée et du nitrate d'argent à l'intérieur dans l'ulcère chronique de l'estomac. Gaz. méd. de Strasbourg,1856.

(2) Brinton. Traité des mal. de l'estomac. Trad. Riant, p. 245. Paris,

(3) Wade. Traitement de l'ulcère simple de l'estomac. British med. Journ. 22 oct. 1859. Analyse dans la Gazette hebdomadaire, 1859.

(4) Leube. In Ziemssen's Handbuch.

(o) Loc. cit.

merveilleux du rég-ime lacté dans le traitement de l'ulcère simple de l'estomac, nous empruntons les suivantes au professeur Cruveilhier.

Observation II (Loc. cit., p. 453).

« Il y a à peine trois mois que j'ai été consulté par une femme de 47 ans, que j'avais traitée, huit ans auparavant, d'un ulcère simple de l'estomac avec hématémèse, et qui avait parfaitement guéri. Depuis quelques mois, les mêmes symptômes s'étant reproduits, elle fut soumise, par son médecin ordinaire, à l'usage des amers, des viandes rôties, du vin de Bordeaux. Au bout de six semaines de l'emploi de ce traitement, son état s'aggravant toujours, elle vint me consulter. Je reconnus tous les signes de l'ulcère simple de l'estomac, Huit jours de régime lacté avec suppression de tout stimulant, de tout médicament proprement dit, ont suffi pour faire cesser tous les accidents gastriques, et la malade ne se lassait pas de me dire comme quoi, dès les premiers repas de lait (j'avais prescrit une tasse de lait toutes les quatre heures), au sentiment de douleur briilante, de feu sur une plaie (c'était son expression) s qui résultait immédiatement de l'ingestion soit de viandes rôties, soit de vin de Bordeaux, avait succédé un sentiment de douce chaleur et de bien-être qui lui présageait une guérison prochaine. »

Observation III (Loc. cit., p. 4o3).

« J'ai donné des soins à une dame de 68 ans, chez laquelle on avait diagnostiqué un cancer de l'estomac parvenu à sa dernière période; et, en effet, depuis quatre ou cinq mois, la malade éprouvait des vomissements noirs presque continuels; douleur épigastrique extrêmement vive, horreur pour toute espèce d'aliments et de boissons, amai grissement rapide, teinte jaune-paille de la face. Tout portait donc à penser qu'il y avait cancer de l'estomac; c'était l'avis unanime des praticiens qui avaient été appelés. Fondé sur l'absence des signes positifs du cancer, mon diagnostic fut celui-ci : « Cancer de l'estomac, si toutefois il n'y a pas ulcère simple. » L'estomac ne pouvait supporter ni aliments, ni boissons. Je demandai par hasard à la malade si elle aimait les huîtres; c'était son mets favori dans l'état de santé. L'eau d'huître est avalée avec plaisir; au bout de quinze jours la ma- Debove. 3

lade s'enhardit à manger l'huître elle-même. Elle a pu passer ensuite à la diète lactée, puis à une alimentation plus substantielle. Elle a guéri parfaitement pour succomber, cinq ans plus tard, à une recrudescence de l'ulcère, qui se termina par une perforation de restoraac.»

Ces deux observations mettent en évidence les heureux effets du rég'ime lacté dans l'ulcère simple de l'estomac. Bien plus, la dernière observation nous montre que, dans les cas douteux, les effets du régime lacté peuvent contribuer à éclairer le diagnostic.

Cancer de l'estomac. — Ici Tusag-e du lait ne peut être que purement palliatif, il ne doit cependant pas être dédaig-né; le cancer de l'estomac s'accompag-ne de lésions de la muqueuse qui rendent fort difficile ou même impossible l'assimilation des aliments ing'érés. Si le cancer siég-e au pylore, le lait ag*it encore ici, comme dans les cas précédemment cités de rétrécissement de Fœsophag^e, à cause de son état physique, il passe facilement, là où passeraient difficilement des substances alimentaires plus consistantes.

Dyspepsies. — Les dyspepsies comprennent un g-roupe fort nombreux d'affections d'origine diverse, les unes primitives, les autres secondaires comme les dyspepsies de la g-outte, de l'albuminurie, de l'alcoohsme, des affections du cœur, etc. Souvent, en semblable occurrence, l'emploi du lait rendra des services considérables, quelle que soit la cause première des accidents, mais il nous paraît impossible de tracer à cet ég-ard des règ'les fixes. Les susceptibilités particulières de chaque estomac sont déjà g-randes à

l'élat physiolog-ique, elles s'exag'èrent encore à l'état patholog-ique : « La digestibiiité n'est pas un fait absolu, elle dépend autant de l'org'anisme que de l'aliment luimême (1). » La plupart des dyspepsies sont cependant améliorées, sinon guéries, par le rég-ime lacté, et le médecin ne devra pas renoncera ce puissant mode de traitement, sur la simple affirmation du malade qu'il ne dig-ère pas le lait. Dans ses cliniques, encore inédites, faites sur ce sujet, M. le professeur G. Sée insiste avec beaucoup de force sur l'utilité d'un pareil régime qui a pour lui, du reste, les autorités les plus incontestables. « C'est parfois dit M. le professeur Gubler, dans ses Commentaires du Codex, la seule nourriture acceptée par les estomacs irritables, phlogosés, des sujets goutteux, des herpétiques, ou de ceux qui ont abusé des épices, des salaisons et des boissons alcooliques. Il est de certaines gastralgies et dyspepsies qui ne guérissent que par le régime lacté. » Cependant il serait , d'après M. Gubler, peu favorable aux personnes atteintes de dyspepsie torpide ou disposées à la diarrhée catarrhale ou séreuse (2).

Certaines dyspepsies sont dues à une mastication défectueuse, à ce que les aliments n'étant pas suffisamment broyés, chez les vieillards édentés par exemple, ils arrivent dans l'estomac sous forme de masses volumineuses qui ne se sont pas suffisamment divisées pour subir utile-

(1) Longet. Traité de physiologie, 3« édit., 1. 1, p. ^>69. Paris, 1868.

(2) M. le professeur Guyon, dans un travail récent, conseille aussi le régime lacté pour combattre les dyspepsies chez les urinaires. (Guyon. Étude clinique sur les troubles digestifs chez les urinaires. Revue mensuelle de médecine et de chirurgie, 1878, p. 42.)

ment l'action des sucs dig-estifs. On conçoit parfaitement les services que pourrait rendre en pareil cas le lait, aliment liquide, n'exig-eant aucune mastication.

Leube croit qu'un certain nombre de dyspepsies tiennent à une acidification incomplète du suc g-astrique : de là l'indication de faire prendre au malade quelques g-outtes d'acide chlorhydrique, 6 à 8 g-outtes dans un verre d'eau quelques heures après le repas (1). Si la réalité de cette classe de dyspepsies était démontrée, l'action curative du lait pourrait s'expliquer par les expériences de M. Ch. Richet sur la fermentation du lait dans l'eslomac.

Il n'entre pas dans notre cadre d'étudier les dyspepsies, leur classification et leur physiologie. Nous devons néanmoins rappeler que les dyspepsies par insuffisance de l'acide g-astrique ont trouvé de nombreux contradicteurs, parmi lesquels M. le professeur Sée, qui les nie, en s'appuyant sur de nombreux arg-uments empruntés à la physiolog-ie et surtout à la clinique. ^

Les observations qui démontrent l'heureuse modifica-^ tion des dyspepsies par le rég-ime lacté sont fort nombreuses, nous nous contenterons de citer la suivante qui nous est communiquée par notre ami le D"" Terrier.

Observation IV.

M-"* D..., 53 ans, avait toujours eu une excellente santé, lorsque survinrent des troubles gastriques : pesanteur, douleurs à Tépigastre, etc., irradiant jusque dans le dos; pas de vomissements, jamais d'ictère, ni de coliques hépatiques.

U) Leube. Die Krankheiten des Magens. Ziemssen's Handbuch. — Id. Ueber dieTIierapie der Magenkrankheilen. In Volkmann's Sammlun?.

Ces accidents, qui suivirent de près la disparition absolue et brusque des règles, débutèrent en septembre 1876; M"" D... eut d'abord recours à diverses médications sans obtenir d'amélioration dans son état. Elle vint me consulter, en octobre 1876, et après un examen trèscomplet, ne trouvant aucune autre lésion qu'une sensibilité anormale du creux épigastrique, je crus devoir lui prescrire le régime lacté, réservant mon diagndstic et ne sachant au juste s'il s'agissait d'une gastralgie ou d'une affection organique au début.

La malade, qui, d'ailleurs, aimait beaucoup le lait, se soumit volontiers à ma prescription, et dès les premiers jours elle se sentit notablement améliorée. Toutefois, les douleurs à. l'épigastre nécessitèrent l'application d'un petit vésicatoire morphiné.

Le régime lacté seul fut suivi pendant près de six mois, M™* D... prenait du lait froid, quelquefois môme glacé, et elle put en absorber jusqu'à 5 et 6 litres par jour.

Au printemps de l'année 1878, M"® D..., se sentant très-bien et n'ayant plus de peine à digérer, quitta son régime exclusif et joignit à son lait des aliments végétaux, en particulier des potages aulaitetàla semoule, des pommes de terre au lait, etc. La consommation journalière de lait était de 3 litres. La malade se trouva très-bien de cette modification de régime et son poids augmenta de 8 livres environ sous cette influence. Jusqu'alors, en effet, M"° D.,., qui était notablement maigre dès les premiers jours de sa maladie, n'avait pas sensiblement augmenté de poids ; ses forces seules s'étaient améliorées et son faciès était redevenu normal.

Au commencement de 1878, M"^^ D... put manger des œufs, de la viande saignante et quelques soupes maigres; les digestions étaient très-bonnes; elle suivait donc encore un régime lacté relatif.

Enfin, depuis février dernier. M"" D... mange à peu près comme tout le monde, mais ne boit exclusivement que du lait. Or, depuis le mois de janvier dernier, c'est-à-dire en trois mois et demi, M™* D... a augmenté de 16 livres.

J'ai vu M""" D... hier (14 avril 1878), sa santé est parfaite, elle ne présente plus de troubles digestifs, toutefois je lui ai conseillé de continuer à boire du lait au lieu de vin coupé à ses repas.

Dilatation de testomac. — Pétrequin (1) a recommandé

(t) Pétrequin. De l'emploi de la glace et du lait dans les dilatations de ['estomac. Bulletin de thérapeutique, t. X, p. 239, 1836.

remploi de la g^lace et du lait dans la dilatation de l'estomac, et a publié deux observations de g-uérison dues à ce mode de traitement. La première laisse bien des doutes dans l'esprit et peut-être ne s'ag-issait-il que d'une simple dyspepsie. Dans le second fait, l'existence d'une dilatation stomacale paraît évidente, le diag-nostic fut posé par Rayer; au bout de six semaines, le malade sortit de l'hôpital amélioré.

Dans deux cas de dilatation de l'estomac, Winternitz (1) a obtenu une amélioration considérable des symptômes.

Nous ne possédons pas d'autres exemples de dilatation traitée par le régime lacté, il est difficile de formuler une opinion sur un mode de traitement qui a été aussi rarement mis à contribution.

Diarrhées chroniques. — L'effet habituel du Jait étant la^ constipation, il était naturel de le prescrire chez les sujets atteints de diarrhée et plus particulièrement chez les sujets atteints de diarrhée chronique. Tous les auteurs qui ont employé ce traitement vantent ses effets et disent en avoir obtenu de véritables résurrections. Karell (2) rapporte l'histoire d'une jeune dame cachectique par le fait d'une diarrhée invétérée, datant de son enfance, elle fut guérie par le régime lacté; mais les accidents revenaient dès qu'elle suspendait le traitement : aussi a-t-elle pris le parti de ne plus le discontinuer, et depuis plusieurs an-

(1) Winternilz. Ueber methodishe, Milch und Diaetenkuren. Wiener, med. Wochen. 1870.

(2) Loc. cit., p. 530.

nées jouit-elle, grâce à sa persévérance, d'une excellente santé. « Nous avons vu, pour notre part, dit M. Gombault dans un article récemmentpublié (l),quelquesobservations de g'uérison de diarrhées rebelles datant de plusieurs années, ayant résisté à tous les traitements et ayant cédé à l'emploi de la diète lactée. » Il nous serait facile d'en citer de nombreuses observations; mais il nous paraît inutile de discuter plus long'uement un sujet qui ne soulève aucune controverse, sur lequel l'accord est unanime.

Dysenterie chronique, — Aujourd'hui, g*râce aux nombreux travaux dus principalement aux médecins de notre marine, personne n'oserait mettre en doute les mag-nifiques résultats obtenus par le régime lacté dans le traitement de la dysentérie, et cependant il a été pendant fort longtemps accusé d'aggraver la maladie, de produire des accidents redoutables; nous n'en voulons d'autre preuve que cette citation d'un des plus illustres médecins du siècle dernier, dont le traité de la dysentérie fait autorité aujourd'hui encore : « Nos paysans prirent aussi quelquefois du lait chaud. Ce remède, innocent en apparence, devint trèspréjudiciable dans quelques attaques violentes de dysentérie. Les selles diminuaient, il est vrai, et cessaient même entièrement; mais les malades étaient pris de douleurs articulaires des plus vives et devenaient inaptes à tout travail, tant ils devenaient faibles... M. Keller n'a obtenu aucun bon effet du lait dans la dysentérie. M. Dummelin,

(t) Gombault. Art. Diarrhée, in Dict. de méd. et de chir. prat., t. XI, p. 398.

du district de Thurgaii, a encore observé ceci à l'ég-ard de deux enfants, l'un de 10 ans, l'autre de 13, à qui on avait fait prendre beaucoup de lait chaud, qui venait d'être trait, au commencement de la dysenterie. Ces enfants sentirent d'abord une oppression extrême à l'estomac; ensuite ils vomirent le lait, qui était caillé, aussi dur que de la présure de chèvre et modelé comme de vraies crottes de chien. Ils moururent dans des convulsions peu de jours après. M. Dummelin avait déjà remarqué ces mauvais effets du lait dans les dysentéries épidémiques de 1738 et 1739 (1). » On conçoit que des affirmations aussi catég-oriques, émanant d'une pareille autorité^ n'étaient pas faites pour encourager les médecins; aussi pendant long*temps le lait fut-il reg-ardé comme dang-ereux dans la dysentérie. Un des premiers qui en fît usag-e fut Renaud (de Loches) (2), en 1832. A la suite d'une épidémie qui rég'na à Loches, pour combattre les diarrhées chroniques qui succèdent souvent à la dysentérie aig'uë, il prescrivit l'eau de chaux coupée avec moitié lait et administrée d'heure en heure par demi-verres. Au bout de quelques jours, le nombre des selles diminuait de moitié et les malades ne tardaient pas à guérir. Dans l'esprit de ce médecin, Teau de chaux paraissait avoir une action thérapeutique au moins égale à celle du lait.

Aujourd'hui, les travaux publiés en France sur les effets du régime lacté dans la dysentérie deviennent si nombreux

(1) Zimmerman, Traité [de la dysenterie. Trad. Lefebvre de Villebrune p. 352. '

(2) Renaud fils (de Loches). Du lait coupé avec l'eau de chaux dans la diarrhée chronique. Bulletin de thérapeutique, t. V, p. 192, -1833.

qu'il faudra bientôt renoncer à les citer \ ils sont dus pour la plupart à nos chirurg^iens de marine, et les observations ont été recueillies sur les malades des hôpitaux maritimes ayant contracté leurs maladies dans les colonies, où elle est, on le sait, une des causes de mort les plus fréquentes et l'un des plus g-rands obstacles à l'acclimatement de l'Européen dans les zones intertropicales (1).

Les bons effets du rég'ime sont faciles à comprendre ; il est nécessaire de nourrir le malade et de ne pas irriter l'intestin. Si on supprime toute alimentation, on s'expose à tous les dangers de l'inanition; donnet-on, au contraire, des aliments, même en quantité modérée, ils irritent l'intestin, entretiennent son inflammation, et le mal ne peut ainsi avoir aucune tendance à la g'uérison. Avec le rég'ime lacté, ces difficultés peuvent être tournées; le lait nourrit les malades, il n'est pour le

(1) Thèses de Paris :

Clavel. — De la dysenlérie chronique des pays chauds et de son traitement par la diète lactée, 1873.

BiziEN. — Contribution à l'étude du traitement de la dysentérie chronique coloniale par la diète lactée, 1873.

HoDOUL. — De la médication lactée dans la dysentérie et la diarrhée chronique, 4873.

Thèses de Montpellier :

Durand (E.)- Essai sur la dysentérie chronique, 1872.

Talairach. — Quelques considérations sur l'éliologie et le traitement de la

dysentérie endémique de Cochinchine, 1874. Bestion. — Du traitement de la dysentérie chronique par le régime lacté

mixte, 1874.

Durand (A.). — Considérations sur l'usage du lait en thérapeutique, 1874. Archives de médecine navale :

Fleury. — Du traitement de la d) sentérie chronique, t. XVI, p. 311, 1871. E. Barret. — De l'emploi du lait dans le traitement de la dysentérie. chronique, t. XX, p. 570, 1873.

tube dig-estif l'occasion d'aucune fatig-ue, et ne laisse pas de résidu qui vienne irriter les surfaces ulcérées.

En pareille circonstance, le rég"ime lacté doit être donné pur, et cela jusqu'à ce qu'on obtienne des selles solides; si, avec le rég-ime habituel, il survenait des rechutes, on prescrirait de nouveau le rég'ime lacté. Un des premiers effets qui se manifestent est souvent une plus gTande abondance et une plus grande liquidité des selles ; cette période est courte, et le médecin ne doit pas s'en laisser effrayer. La difficulté la plus g-rande est souvent l'indocilité des malades; malgré les dang-ers qui les menacent, puisque la mort est trop souvent le résultat de leur affection, tourmentés par la faim, dég*oûtés par un rég'ime uniforme, ils se livrent à des écarts de rég'ime qui peuvent amener ou hâter une terminaison funeste. Il ne faut pas croire que les sujets dont l'éducation et l'instruction ont été plus soig'nées soient les plus dociles ; les médecins de marine nous apprennent qu'à ce point de vue, les officiers nele cè'Jent en rien aux soldats. A l'hôpital de Brest, on a ouvert une salle spécialement affectée aux dysentériques, et où la surveillance la plus sévère permet d'affirmer l'exactitude du rég'ime suivi. Si on se heurte dans les hôpitaux militaires à de pareilles résistances, quelle difficulté ne rencontre-t-on pas dans la pratique de la ville.

Nous manquons de documents statistiques qui nous permettent d'apprécier d'une façon un peu exacte la proportion des g'uérisons, proportion que nous pouvons néanmoins affirmer considérable; la citation suivante du

mémoire de M. Barret (1), quoique portant sur un petit nombre de cas, nous a paru intéressante à rapporter ; elle montre que les efîets du rég-ime se font rapidement sentir.

« Depuis l'ouverture de la salle n° 6 , dirig-ée par M. Gestin , exclusivement consacrée aux dysentériques, on a déjà pu, bien qu'elle ne remonte qu'à trois semaines environ, jug-er des bons effets de la médication par le lait.

46 malades y ont été traités; mais sur ce nombre quelques-uns ne sont en traitement que depuis quelques jours. Tous avaient à leur entrée à l'hôpital des selles complètement liquides. Aujourd'hui, l""" août, les résultats sont les suivants :

4 malades ont des selles moulées, dures et normales; 6 ont des selles moulées, mais encore un peu molles ;

2 ont des selles pâteuses;

5 ont des selles liquides encore, ils sont depuis peu de temps à l'hôpital.

La balance donne des résultats non moins satisfaisants. Ainsi :

8 malades ont aug-menté d'un poids qui varie entre 2 et 7 kilog'rammes ;

3 n'ont g-agné ni perdu de poids;

4 ont perdu chacun 1 kilog'rarame.

Enfin le dernier d'entre eux n'avait que ving't-quatre heures de séjour à la salle au moment de la pesée.

La diminution de poids s'observe exclusivement chez les malades qui ont des selles liquides et dont l'habitation à

(1) Loc. cit.

l'hôpital a encore été trop peu prolong'ée pour que la médication ait pu être suivie d'aucun résultat appréciable (1). »

La diarrhée chronique de Cochinchine qui est si voisine de la dysentérie, est ég-alement traitée avec succès par la même médication. Dans ces dernières années on a voulu en faire une affection parasitaire (2), due à la présence dans l'intestin de l'anguillule stercorale. Les auteurs qui soutiennent cette façon de voir, reg-ardent le lait comme un parasiticide ; aucun essai de conservation du ver ne réussit, d'après Normand, dans les selles de malades soumis au régime lacté; si, de plus, on mélangée du lait avec des matières contenant des ang*uillules, celles-ci perdent plus tôt leurs mouvements et la vie que dans les préparations on l'eau jouait le rôle de corps diluant. C'est là une vue trèsing^énieuse, mais qui soulève de nombreuses discussions dans le détail desquelles nous ne pouvons entrer. Qu'il nous suffise de rappeler, qu'ici, comme dans la dysentérie, le régime lacté constitue une médication qu'on ne peut certes qualifier d'infaillible, mais qui, dans l'immense majorité des cas, amène la guérison du malade.

Dans le traitement de la dysentérie, de même que dans celui de toutes les affections que nous passons en revue, il faut toujours se servir de lait aussi frais que possible; cependant à son défaut on pourrait employer le lait conservé; et ceci a une importance spéciale pour le traitement de la dysentérie. Cette maladie est, en effet, peu fréquente dans

(1) Barret, loc. cit., p. 378.

(2) Normand. Mémoire sur la diarrhée dite de Cochinchine. Archives de médecine navale, t. XXVII, p. 35, 1877.

notre pays, le plus grand nombre des faits observés l'a été sur des sujets venant des pays chauds et rapatriés sur un transport-hôpital. Dans de pareilles circonstances, on ne pouvait avoir de bon lait, la sécrétion lactée des vaches nourries à bord ne tardant pas à diminuer et même à se tarir; il serait d'ailleurs difficile d'entretenir à bord un nombre suffisant de vaches laitières pour fournir du lait à un certain nombre de malades. C'est dans ces circonstances que le lait conservé devait être essayé, il l'a été avec succès.

On lira avec intérêt les observations publiées par le Gazes (d), embarqué sur le transport-hôpital, la Gorrèze, destinéà rapatrier de nombreux malades de Gochinchine en France. Le rég-ime lacté artificiel a été institué dès le départ de Saigon jusqu'à l'arrivée à Toulon ; il a donné des résultats remarquables : plusieurs dysentériques sont arrivés presque guéris, d'aulressensiblement améliorés.

Fièvres. — A uneépoque encore peu éloignée de nous, on soumettait les fiévreux à un rég*ime sévère, on défendait rig'oureusement toute alimentation; puis est venue une réaction. Graves en Ang'leterre, Trousseau (2) en France, ont soutenu qu'il fallait nourrir les fiévreux. L'enseig-nement de ces maîtres a entraîné la conviction dans la majorité des esprits et aujourd'hui l'opinion contraire est presque considérée conmie une hérésie. Cependant rien ne nous montre que les fiévreux soient en état d'assi-

(1) Gazes. Du lait concentré en thérapeutique navale. Thèse de Paris, 1877, n°524.

(2) Trousseau. Clinique de l'Hôlel-Dieu, 2« édit., t. I, p. 160.

miler les aliments qu'on leur ingère de force; nous disons de force, car à ce moment l'appétit est perdu, et il est difficile de faire prendre au malade la nourriture la moins substantielle. Tous les enseig-nements fournis par la physiologie sont contraires à cette façon de procéder. W. Beaumont (1) rapporte dans son livre, si remarquable à tantdepointsdevue, quesurson Canadien lorsquesurvenait de la fièvre, l'excitation de l'estomac ne produisait que peu ou pas de suc g-astrique. Hoppe-Seyler (^) fait remarquer qu'à l'autopsie des fiévreux on ne trouve point d'autodigestiondela muqueuse, etque s'il existedes lésions, elles doivent être rapportées à la putréfaction du cadavre ou à une fermentation acide.

Le même auteur eut l'occasion d'examiner à diverses reprises les matières renfermées dans l'estomac d'un sujet atteint de dilatation de cet org-ane, elles contenaient une notable proportion de peptones; ce même sujet fut prisde fièvre typhoïde, les matières analysées ne présentaient plus traces de dig-estion peptique (3).

Manassein (4), sur des chiens, a provoqué la fièvre par des injectionsde matières putrides. Leursucg'astriqueavait alors un pouvoir dig-estif très-faible. La putréfaction survenait rapideQient dans les expériences de dig-estion artificielle. Aucune investig-ation n'a été faite, à notre connaissance, sur les propriétés des sucs intestinaux des fébrici-

(1) Loc. cit.

(2) Hoppe-Seyler. Physiologische Ghcmie, p. 2H. Berlin, 1878.

(3) Hoppe-Spyler. Loc. cit., p. 242.

(4) Arch. f. palh. Anat., Bd. LY, 1872.

tants ; il est vraisemblable qu'ils se comportent comme le suc g-astrique. Avant donc de discuter la nécessité de nourrir les fièvres, pour employer l'expression de Graves, il serait nécessaire de démontrer que, chez eux, la dig-estion est possible. « Nourrir les malades dans ces circonstances, et les oblig-er à dig-érer, serait aussi imprudent que de vouloir faire marcher un homme dont la jambe est cassée (1). »

La question est bien différente, lorsqu'il s'ag'it de convalescents, les sécrétions tendent à devenir normales. Ce retour à l'état physiolog-ique est lent et progTcssif, et les indig-estions sont à craindre par un rég-ime trop substantiel. Le lait est indiqué dans ces conditions; on peut le donner, on doit même le donner à doses très-fractionnées, de façon à ne point fatig'uer des org-anes encore débiles. Nous croyons aussi, qu'en pareille circonstance, lorsqu'il s'ag'it de fièvre typhoïde, on devrait accorder la préférence au lait écrémé. La crème, c'est la g^raisse ; elle n'est absorbable que dans l'intestin et par les lymphatiques; elle doit donc traverser les g-ang-lions mésentériques; or, pour quiconque a examiné les lésions de ces g'ang'lions à la période d'état de la maladie, ou même à la période de convalescence , ce passag-e doit être impossible. Il y aurait donc avantagée à retirer du lait une portion qui ne saurait être assimilée ou ne le serait que très-difficilement. Cette manière de voir ne s'applique, bien entendu, qu'à la première période de la convalescence typhique. Le lait pourrait

{{) Dupré. Déterminer le rôle que joue le régime alimentaire dans le traitement des maladies. Thèse de concours pour le professorat. Montpellier, 18S2.

encore, à celte période, produire une constipation qu'il faudrait combattre par les laxatifs doux, sans quoi on

s'exposerait à déterminer une rupture des ulcérations intestinales encore incomplètement cicatrisées.

Nous croyons donc que le lait est un aliment précieux chez les convalescents, mais il est bon de rappeler que maints auteurs ont vu dans le lait, donné à la période d'étatde la maladie, un véritable médicament qui en abrég^erait la durée, et pourrait même en assurer l'heureuse terminaison (1).

(1) Yule. Twenty cases of typhoiJ fever treated successfully by newmilk. Médical Times and Gazette, vol. II, p. 33, 1870. — Gairdner. Clinical observations on the course of typhus fever. The Lancet, vol. I, p. 56, 1865.

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