D APRES PETTENKOFER ET VOIT
Albumine sèche 137 gr. Albumine et caséine.. 215 gr. 16
Graisse 117 Beurre 172 20
Hydrates de carbone 352 Sucre de lait 161 48
Au premier abord, on est frappé de la quantité relativement considérable de g^raisse contenue dans le lait, et l'on est étonné qu'un pareil aliment puisse faire maigrir; mais il est nécessaire de faire remarquer nue toute la graisse de nos tissus ne provient pas exclusivement de la graisse même. Boussing-ault et Persoz sont arrivés à des résultats qui le démontrent.
En nourrissant, d'une certaine façon, des porcs et en dosant la quantité de matières g-rasses ingérées, la quantité de matières gérasses rejetées par les selles, M. Boussingault (2) a trouvé que le poids de la g-raisse de l'animal
(1) Worlhinglon. De l'obésité. In-S». Paris, 1878, p. 250.
(2) lioussingault. Recherches expérimentales sur le développement de la graisse pendant l'alimentation des animaux. Annales de chimie et de physique, 3« série, t. XIV, p. 461, 1845.
excédait souvent de 40 kilog rammes le poids de la graisse préexistant dans l'org-anisme ou introduite par l'alimentation. M. Persoz (1) arrive à des résultats analogues en comparant la quantité de graisse contenue dans le maïs dont il se servait pour engraisser des oies et la quantité de g-raisse renfermée dans le corps de l'animal à la fin de l'opération.
Parmi les substances qui peuvent amener la formation de graisse, il faut citer les hydrates de carbone. Ainsi Hoppe(2) a montré qu'en associant du sucre à la viande, on détermine chez les chiens une diminution dans la quantité d'urée excrétée et une augmentation plus rapide du poids du corps que dans le cas où la ration se compose de viande seule.
De ces diverses expériences, on peut donc conclure que la g-raisse de l'économie ne vient pas exclusivement des matières gérasses ing'érées, qu'elle peut résulter des transformations des hydrates de carbone. L'application de ces données physiolog-iques au sujet qui nous occupe est facile à faire, si on se reporte au tableau précédent. La proportion de g-raisse est, il est vrai, considérable; mais il y a une quantité relativement petite d'hydrates de carbone dans le lait, et, au point de vue de l'engraissement, il est probable que l'excès de l'un ne compense pas le défaut de l'autre.
(1) Persoz. Expériences sur l'engraissement des oies. Comptes-rendus, t. XVIII, p. "Ho, 1844. — la. Note sur la formation de la graisse dans les oies. Comptes-rendus, t. XXI, p. 20. 1845.
(2) Hoppe. Ueber den Einfluss der Rohrzucker auf die Verdauungund Enahrung. Arcli. f. path. Anat. undPhysiol,, t. X,p. 144, -1856.
Le lait peut donc produire deux effets diamétralement opposés : prescrit en raison de sa facile dig-estibiiité, à des sujets affaiblis, convalescents, il pourra amener chez eux une aug-mentation de volume du corps; chez les sujets obèses, il pourra amener au contraire une diminution de volume. « Il serait peut-être assez exact de dire qu'au moyen de la cure du lait méthodiquement administrée, la nutrition se trouve réglée (1). »
Aménorrhée. — L'aménorrhée est souvent l'effet de
l'obésité; en remédiant à celle-ci, on g-uérira celle-là. La première partie de cette proposition est admise par la
plupart desg-ynécologistes, et Hippocrate l'adit d'une façon explicite en s'appuyanlà la fois sur la clinique et sur des observations de physiolog'ie comparée.
û Chez les femmes qui, ayant un embonpoint ext raordinaire, ne conçoivent pas, l'épiploon presse l'orifice de l'utéçus, et elles ne conçoivent pas avant d'avoir maig-ri (2). » Et plus loin : « Parmi les infirmités qu'occasionne très-souvent le ti'op g'rand embonpoint, il faut rang-er la stérilité. C'est un fait constaté non-seulement dans l'espèce humaine, mais encore chez les femelles de tous les autres animaux. »
M. Tarnier (3) a lenlé de traiter par la diète lactée les jeunes femmes polysarciques qui sont devenues aménorrhéiques. Il fut conduit à ce mode de traitement par ses recherches sur l'influence du rég-ime lacté sur les
(1) Karell. Loc. cit., p. 515.
(2) Apliorisme XLVl, 5^ section, trad. Littré.
(3) Journal de médecine et de chirurgie pratiques, p. 542, 1876.
femmes albuminuriques. Chez l'une de ces dernières dont le ventre était si développé qu'on avait cru à une gTossesse (et cela d'autant plus facilement que les règles avaient cessé de paraître), le rég-ime lacté fut institué pour combattre l'albuminurie; or, sous son influence, non-seulement les urines redevinrent normales, mais la polysarcie disparut et la menstruation se rétablit. Kncourag-é par cette observation, M. Tarnier appliqua le même traitement à une jeune dame obèse, dysménorrhéique, non albuminurique ; le succès fut aussi net que dans la première observation.
Hypertrophie du cœur. — M. Pécholier, dans son remarquable mémoire, rapporte trois faits d'hypertrophie active du cœur guéris par la diète lactée. iMalheureusement, si les effets heureux de la diète lactée ne laissent aucun doute dans l'esprit du lecteur, nous ne pourrons en dire autant de l'existence d'une hypertrophie active comme le démontre ce passag-e de la première observation : « Je diag-nostiquai une hypertrophie du cœur, sans beaucoup me préoccuper du point de savoir si la lésion était bornée au ventricule g-auche ou envahissait tout le cœur, car je suis convaincu que celte distinction ne repose que sur des conjectures théoriques faillibles et sans utilité au point de vue du traitement. » (1)
Dans la seconde observation de M. Pécholier, les lésions étaient complexes, il y avait tout à la fois hypertrophie du cœur et rétrécissement de rorilice aortique. Même com-
(1) Pécholier. Loc. cit., p. 30(5.
plexité dans le traitement, car la dig'itale fut associée au rég"ime lacté, il se produisit une amélioration au bout de trois semaines, mais elle ne tint point, la malade ayant refusé de continuer plus long"temps l'emploi du lait.
La troisième observation a trait à un malade observé à l'hôpital d'Alg'er. Il était atteint d'une hypertrophie considérable du cœur acoompag'née d'une lég-ère insuffisance aortique; il fut soumis à la diète lactée et à la dig'italine; plusieurs fois il vint à l'hôpital, fut amélioré par son traitement, puis il sortit, essaya de reprendre ses travaux et fut oblig*éde les suspendre.
Nous ig'norons si, dans la première observation, il y avait une lésion valvulaire ; elle existait manifestement dans les deux autres, les effets sédatifs ont été tout à fait analog'ues à ceux observés dans les affections valvulaires quel que soit leur siég-e, lorsque, par suite de lésions de la substance musculaire cardiaque, les contractions deviennent insuffisantes, quand cesse cet équilibre dû à l'hypertrophie et que les auteurs allemands ont désig-né sous le nom de compensation.
M. Pécholier lire de ses observations la conclusion sui- A^ante ; « Dans l'hypertrophie active, la diète lactée aidée par ladig-itale, et quelquefois sans l'aide de cette dernière, peut, si elle est suffisamment continuée, amener d'abord un amendement dans les symptômes et même à la long'ue une résorption du tissu musculaire surabondant et par conséquent la guérison. »
Après avoir lu avec la plus grande attention les observations que nous venons deciter, nous ne croyons pas que l'auteur puisse légitimement tirer cette conclusion que le
tissu musculaire surabondant puisse être résorbé par le fait de la médication lactée.
M. Pécholier suppose que, dans certains cas, l'hypertrophie est plus que compensatrice, « que le développement des fibres musculaires l'emporte sur la g-êne de la circulation occasionnée parla dilatation des cavités. » ('ela est absolument théorique et nous ne saurions admettre comme une preuve: « que la tension du sang* est g-rande dans les artères, » car nous n'avons aucun moyen d'apprécier la tension artérielle chez l'homme.
Il faut disting'uer soig*n eusement dans les hypertrophies du cœur, celles qui sont liées aux affections valvulaires d'avec les hypertrophies indépendantes de ces lésions. Dans le premier cas, l'hypertrophie est une sorte de bienfait de la nature, et si une médication nous permettait de l'empêcher, cette médication devrait être immédiatement rejelée. Tel est l'avis de M. le professeur Parrot.
« S'opposer au développement de l'hypertrophie ou chercher à combattre seseffets, serait, écrit-il, d'une mauvaise pratique. Loin de là, il faut maintenir la nutrition du muscle cardiaque, au niveau de sa mission, soit par le rég'ime, soit par une médication appropriée. Ce but, qui est le vrai, le seul que l'on doive poursuivre, est, on le voit, absolument opposé à celui que se proposèrent d'abord Valsalva et Albertini,puis Laënnec » (1).
Le rég*ime lacté donne néanmoins d'utiles résultats en
pareille circonstance, mais ce n'est pas en combattant
l'hypertrophie; nous étudierons son mode d'action dans le