CHAPITRE HI
Trois méthodes ont été préconisées pour le traitement
- de la morphinomanie
1° La méthode rapide, c’est-à-dire que la suppression du toxique se fera en six à huit jours ;
2° La méthode lente, en plusieurs mois ;
3° La méthode mi-lente, du professeur Joffroy. Elle tient le milieu entre les deux extrêmes.
Aucune d’elles n’est efficace, selon nous. La plupart des cures rapportées n’ont pas été faites chez des morphinomanes, car il faut bien distinguer le morphinisé du morphinomane. De même qu’on n’est pas dipsomane parce qu’on s’est saoûlé quelquefois, de même quelques piqûres ne créent pas la morphinomanie.
‘Nous avons connu des gens de nos amis, qui se piquaient par dilettantisme, à l’occasion d’un chagrin, d’une douleur, du désœuvrement, voire même d’une joie. Ils n’étaient pas morphinomanes ; nous sommes niême convaincu qu'ils ne le seront jamais. C’était imprudent, dan-
gereux, au plus haut point. À leurs risques et périls, ils jouaient avec le feu. Le véritable morphinomane, tout
oÛte comme l’alcoolique, présentera des accidents graves si on le prive de son poison, qui lui est plus nécessaire que son pain de chaque jour.
En admettant qu'un traitement pût être efficace (et nous eroyons que dans ce cas la méthode mi-lente serait toute désignée), le médecin ne possèderait pas les moyens de l’appliquer intégralement. Prenons comme type le sujet le moins incommode, qui vient lui-même avouer sa manie et supplier qu’on l'en guérisse. S'il est vraiment intox qué, il est certain qu’il ne pourra supporter l’abstinence. Nous eroyons la méthode psychotérapique aussi ingénieuse qu'impraticable. Un de nos maîtres nous citait. l’exemple de ce colonial de bonne volonté, qui voulait guérir. On commença par lui dire qu’il était nécessaire de le préparer longuement avant de commencer le traitement. Aïnsi qu'il avait été convenu, pour une période de 20 jours, on lui procura, pendant trois jours seulement, la dose de 20 grammes, à laquelle il avait été habitué. Le quatrième jour, on la diminua de deux centigrammes ; le malade s’en apereut'et dit le chiffre exact de la quantité soustraite. N'ayant plus confiance en son médecin, il se fâcha et quitta la clinique. C'était son droit ; la loi permet la contention des seuls aliénés. Nous sommes d’avis qu'il serait souhaitable de pouvoir, malgré lui, retenir le morphinomane en traitement. Ce serait une atteinte à la liberté individuelle, soit, mais elle aurait sa raison d’être. Reste à savoir si le collapsus cardiaque, les symptômes cholériformes, la diarrhée profuse, le delirium tremens, le refroidissement et la eyanose des extrémités, ne risqueraient pas, trop souvent, de nous faire regretter ce vœu imprudemment for. mulé, |
Combien souvent des morphinomanes privés de leur poison, soit par la misère, soit par les circonstances, se sont
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livrés à des actes délictueux et criminels. Comment peuton comprendre qu’il soit possible de les traiter quand ils sont dans des dispositions d’esprit telles que les machinations les plus honteuses et les plus viles leur sont possibles. L’honnête homme vole, la femme vertueuse se prostitue. Sur ceux-là encore, la médication psychothérapique préconisée par Joffroy et défendue par notre maître, le professeur Grasset, la seule acceptable d’ailleurs, a toutes les chances d’échouer.
Nous empruntons au docteur Paul Rodet les deux exemples sxvants. le premier est celui d’une honnête femme, qui se vend pour de la morphine. Le second est présenté sous forme de lettre. C’est un médecin morphinomane, persécuté-persécuteur et interprétateur, qui annonce au directeur du Gi Blas la détermination qu’il a prise de punir sa femme, qu'il croit coupable.
Il suivit point pour point le programme qu'il s'était tracé. Son crime accompli, il se tua.