‹ Du Rêve Morphinique et de la MorphinomaneChapitre 9 sur 13 · OBSERVATION DE MME X · texte numérisé non relu

OBSERVATION DE MME X

Morphinomanie — Morphinisme (Docteur P. Rodet)

Habituée à prendre depuis longtemps de la morphine, elle s’en injectait, depuis un mois, cinquante centigrammes, en trois fois, dans la journée. À bout de ressources et de morphine, ne pouvant se livrer au moindre travail rémunérateur, elle voyait avec désespoir sa provision s’épuiser et sentait qu’elle allait bientôt se trouver dans l’impossibilité de prendre de la morphine.

Que faire dans une pareille alternative ? Vendre et engager tous les objets de quelque valeur qu’elle possédait ?

Mais il y avait beau temps qu’il ne restait plus rien à véndre chez elle qui pût être vendu, qui pût être échangé contre seulement quelques centigrammes du sel tant désiré,

Il y avait longtemps qu’on avait pris sur la nourriture de chaque jour de quoi subvenir aux frais de l’aliment nouveau qui, quoique artificiel, ne s’était pas moins imposé comme beaucoup plus nécessaire, et malheureusement aussi comme beaucoup plus dispendieux que ce pain de tous les jours. Il y avait longtemps qu’on avait tant et si bien rogné sur la nourriture ordinaire, que les trois quarts de l’argent gagné passaient chez le pharmacien, comme cela se produit chez la majorité des ouvrières morphinomanes de Paris. On avait d’abord supprimé le café, puis le vin, puis la viande. Depuis de longues semaines, l’appétit diminuait proportionnellement, et l'on se contentait de légumes et d’eau.

Puis, enfin, les économies disparaissaient, et, ne voyant plus rien à engager, on avait fait comme sur les navires en détresse : on avait réparti l’argent dont on pouvait disposer. On fit ici, bien entendu, la part dé plus en plus grande pour la morphine, en rognant de plus en plus sur la nourriture. Et cependantÿ<ke jour avançait où, malgré tous ces calculs, on n’aurait plus d'argent pour acheter du pain. Le moment terrible, l’heure tant redoutée, approchait, où l’on n’aurait plus les moyens d'acheter la solution quotidienne chez le pharmacien.

Depuis quelques jours, X.. ne mangeait plus que du pain see. Quant à emprunter quelque argent, il n’y fallait pas songer. Endettée chez tous les petits fournisseurs, sa situation critique était connue de tous. « J'aurais toujours pu avoir du pain, disait-elle, mais c’est de l’ argent qu 1. me fallait, et il m’eût fallu tendre Ja main, »

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