‹ Du Rhin au Nil: souvenirs de voyage, Volume 3Chapitre 13 sur 16 · DV KUI^ AU NIL · texte numérisé non relu

DV KUI^ AU NIL

« Des vaisseaux d*uu aulre pays chargés d*une liqueur qui rael le feu dans les yeux» le feu sur les lèvres, et fait lire les Francs.

c Le 6dèle musulman n'en peul boire, mais il a pour lui Tunique amour des belles filles.

t Quand je suis parli, la jolie Nadeli, la maligoe Nadeli, m*a dit sous le palmier :

< Tu me rapporteras de ton voyage à la grande ville, un flacon d*eau de rose du Fayoum, un omller de soie, un collier de diamants.

f L'eau de rose de Fayoum , ô Nadeli la belle! est moins parfumée que le souffle de tes lèvres.

« La soie de Brousse moins douce que ton corps, les diamants moins brillants que tes yeux.

c Je te rapporterai un voile de lin pour cacher ta figure, que nul autre que moi ne verra.

« Je te rapporterai, pour orner tes cheveux , les gazis d'or que j'aurai gagnés, mon cœur pour oreillei*, et mes bras pour collier.

« Ramez, enfants, le fleuve saint nous porte, le fleuve saint nous sourit. Ramez, enfants, ramez. »

Quelquefois, en m*éveillant au milieu de la ouii, j'entendais murmurer à mon oreille la lente et suave mélodie de ces chants du Mil. J'ouvrais la porte de ma cabine, je m'avançais sur le pont; je voyais le reis assis au gouvernail, les bateliers courbés sur leurs avirons, mêlant ainsi le charme de leur naïve musique à leur rude labeur. Tout reposait autour de nous, et nul autre bruit ne se mêlait à leurs chants, que le son cadencé de leurs rames, les soupirs de l'eau et le murmure des joncs. Devant moi se déroulait le fleuve argenté par les rayons de la lune; ses rives noyées

dans robscarilé avaient disparu. On ne cKstingnait que les flots lumineux du Nil ; Tétoile luisant sur son onde, rétoile luisant au ciel, et de dislance en distance senlement quelques groupes de palmiers dont les tiges élancées et les cimes arrondies se dessinaient comme les piliers et le dôme d'nn lemple solitaire dans Tespace silencieux. C'était une de ces scènes poétiques qu'on ne se lasse pas de contempler, une de ces divines harmonies de la nature qui émeuvent toutes les fibres de Pâme, et font prier et pleurer.

CependanI, malgré le zèle de notre équipage et un rolMisIe travail, nous n'avancions que très-lenlemenl. Le vent revenait sans cesse au nord et nous obligeait à recommencer nos longues et fatigantes bordées. Au lieu d'atteindre, comme nous l'avions d'abord espéré, en quarante-huit heures le terme de notre voyage, nous nous trouvions le quatrième jour en face de Fouah, qui était autrefois une ville assez importante, l'entrepôt du commerce entre le Caire et la Méditerranée. Le canal de Mahmoudieh Ta ruinée, et le viceroi, pour lui rendre un peu de vie, y a établi une fabrique de tarbouches ' et une filature de coton.

Je désirais arriver assez tôt à Alexandrie pour pouvoir y passer quelques jours et ra'embarquer sur le bateau à vapeur qui partait prochainement pour Marseille. Il nous restait vingt-cinq lieues à faire, et ce trajet pouvait nous prendre encore beaucoup de temps

I Le larbouche csl la même calotte rouge qui, eu Turquie, porte le nom de fez et qui remplace le turban. La fabrique de Fouah en produit trois cent mille par au. Elle tire ses laines d*Europe et donne encore au pacha cinquante pour cent de bénéfice.

précieux. Nous résolûmes d'abandonner i\ Hatfeh notre équipage el noire kange, el de louer une de <:es légères barques de la compagnie anglaise que Ton haie avec des chevaux de poste. Elles coûtent assez cher, mais elles vont vite. On paye pour le louage de la barque jusqu'à Alexandrie trente francs, et soixante et dix francs pour deux chevaux.

En moins d*une heure, pendant que nous regardions les maisons bâties d'une façon très-pittoresque sur les collines qui bordent le canal, nos bagages avaient été transportés dans une jolie embarcation légère comme une calque el confortable comme toul ce qui serl aux Anglais; nos deux chevaux étaient attelés, les postillons en selle, le pilote au gouvernail. Nous reçûmes les bénédictions du patron de la kange, qui, au lieu de se traîner péniblement jusqu'à Alexandrie, allait s'en retourner lentement à Boulaq, el un instant après notre bateau glissait avec rapidité sur l'eau paisible du canal.

11 suflSl de jeter un coup d'œil sur l'Egypte pour comprendre la valeur qu'elle doit attacher à ses canaux. Pour elle, ce ne sont pas seulement des voies de communication , ce sont les veines de son sol, les veines par lesquelles le Nil se répand à une longue distance de ses bords, circule de côté el d'autre, donne une salutaire boisson aux hommes el aux animaux, et féconde les champs. Dans ce pays, où il ne tombe chaque année que quelques rapides ondées de pluie, le canal n'est pas comme ailleurs un moyen seulement de faciliter les relations et le commerce, c'est pour certains districts une œuvre nécessaire, une question de vie ou de mort. Plus on parviendra à retenir cette

onde précieuse qui va se perdre dans la mer, plus on creusera de canaux, et plus on fertilisera de provinces. De là ridée des barrages du Nil, idée magnifique que Napoléon avait déjà conçue ' , que M. de Linant poursuit, et que Méhémet-Ali aura peut-être la gloire de réaliser. L'Egypte lui doit déjà la plupart de ses plus beaux travaux de creusement et de canalisation', parmi lesquels le Mahmoudieh occupe une place importante.

Il existait dans les temps anciens un canal établi dans la même direction que celui-ci, et destiné à relier, par le Nil, Alexandrie au centre de TÉgypte. On rappelait le Kalidji. Mais Tincurie et Timpéritie du gouvernement turc l'avaient laissé d:ms un déplorable état d abandon. Peu à peu il s'était ensablé, et dès le xvir siècle il ne servait plus qu'à remplir, à l'époque de l'inondation, les citernes d'Alexandrie, qui, sans celte ressource, périssait faute d'eau. La commission d'Egypte avait pensé à nettoyer, à élargir cet ancien canal, à le rendre de nouveau navigable. Méhémet-Ali en a creusé un autre qui commence à un kilomètre deFouah et aboutit au vieux port d'Alexan-

' Le Nil n'a aujourd'hui que deux branches : celle de Rosette et de Damielle. Si Ton fermait ces deux branches de manière qu'il coulât le moins dVau possible dans la mer, Pinondaliou serait plus grande et plus étendue, et le pays habitable plus considérable.

" M. Clot-Bey établit ainsi le chifiFre des travaux faits sous le règne de Méhémel-Ali :

Travaux de canalisation . . . 104,356,667 mètres cubes.

Travaux de creusement . . . 40,379,339 id.

Ouvrages de maçonnerie, ponts, chaussées, barrages, etc. . . 2,814,140 id.

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