III
Nous sammes descendus par les flancs sablonneux de la montagne de Sion près de la source de Siloé. Les pauvres femmes y vbnl laver leur linge, mais plus d'un voyageur y puise de Teau pour se laver les yeux en mémoire du miracle de Taveugle. De la nous avons remonté vers l'église de la Vierge, en suivant dans toute sa longueur la vallée de Josaphat , sombre et douloureuse vallée creusée comme un ravin entre le monlMoriah, le mont du Scandale, tnons Offensionis^, et le mont des Oliviers; de chaque côté des falaises nues et arides, parsemées seulement çà et là de tiges d'olivier et de plantes sauvages; au milieu le torrent desséché de Cédron, dont le nom signifie tristesse; les tombeaux d'Absalon, de Josaphat et de Zacharie, taillés dans les flancs de la montagne, les caveaux souterrains consacrés aux sépultures; à l'une de ses extrémités le cimetière des Juifs, dont les pierres se confondent avec les misérables masures du village de Siloas; à l'autre la place maudite où Judas trahit son maître, et la grotte de l'Agonie, toutes les scènes de deuil, et les images d'une sombre et austère nature, et les plus lamentables souvenirs réunis dans ce même espace. C'est là que Jérémie exhalait ses plaintes désolantes ; c'est là que David, courbé sous le poids de ses remords et de ses infortunes, élevait vers le ciel ses mains suppliantes et l'appelait à son secours dans les rigueurs de sa pénitence, avec les larmes du repentir. Au-dessus de ces champs de destruction on contemple d'un œil morne, dans leur austère silence et dans leur
' Ainsi nommé à cause du cuUe idolâtre que Salomon y célébra.
leinte sépulcrale, les murailles grises de Jérusaleoi. c A la tristesse de celle ville, dit M, de Chateaubriand, doiil il ne s*élève aucune fumée, donl il ne sorl aucun bruil; à la solitude des montagnes, où Ton n*aperçoit pas un être vivant ; au désordre de loules ces tomL>es fracassées, brisées, demi-ouvertes, on dirait que la trompette du jugement s'est déjà fait entendre, et que les morts vont se lever dans la vallée de Josaphat '. >
Nous entrâmes ensuite dans la grotte de Gethsémani; on y descend par quelques marches grossièrement faites, et Ton pénètre dans une enceinte circulaire de quinze pieds environ de diamètre, taillée dans le roc et éclairée par une voûte percée à jour. Sur Tun des côtés est un vieux tableau représentant les apôtres endormis et le Christ prosterné dans sa mortelle agonie, t El il s*éloigna d'une seule distance d'un jet de pierre, el, s'étant misa genoux, il priait.
c Disant : < Père, si vous le voulez, éloignez de moi « ce calice; cependant que voire volonté se fasse et < non la mienne, i
c Alors un ange du ciel lui apparut, qui le fortifiait, el, étant tombé en agonie, il priait encore plus.
c El il eul une sueur, comme de gouttes de sang qui tombaient à terre.
« Et s'élant levé après sa prière, il vint à ses disciples el les trouva dormant, à cause de leur tristesse.
€ El il leur dil : « Pourquoi doi mez-vous? Levez- • vous, priez , aiin de ne point entrer en tentation \ »
Cette grotte est en grande vénération. Peu de pèle-
• funéraire , tome II, p. 200.
> Évangile de saint Luc.
8U BU RBm. AU' NiL.
rins s y arrêtent sans en délacliei' des. parois quel«|4i«s parcelles de la lierre précieuse a^TOséedes suetins du^ Sauveur.
Sur le même empiaeenient. s*élève une église; tfonr sli'uile, di4-on, par la mère de. Conslaiilin, qui renferme qualre vénérables lombeaux« 0»y enire par une porte goihîqniey et Voa descend seos une groUe souterraine par uur large escalier en pierre de quarante^ six mai^clies. A nioiiié de b descenle^ à drotle est le mausolée de satnl Joacltioi et de sainte Anne, à gauche celui de saint Josepli » au fond de la groile une chapelle éclairée nuii et jour par plusieui's latti|)es, et qui entoure le sépulcre de la sainte Vierge. Rieii ne prouve rautlienlicilé de celte tradition, mais la religieuse f>ensée qui a rassendjié dans une même enceiule le souvenir auguste de la Vierge^ de ses parents et de son époux» M*eu est pas moins digne de respect , et chaque jour un grand nombre de chrétiens a^ssisJent pieusement aux messes qite Ton célèbre dans celte église.
A un jet de pierre de la grotte de TAgonie^ comme le dit rÈvangile» est uo espace carré entouréd*un mur ù hauteur d'apfnii et renfermant huit oliviers si gros S si chargés d'écorces rugueuses et de rejets séculaires, qu'en se rappehint de quelle force vitale cet arbre est doué, et comment, lorsque son tronc paraît desséché et épuisé, il enfante encore de nouveaux rameaux, et se couronne de nouvelles feuilles, on peut croire, sans trop s'écarter des lois de l'histoire naturelle , qu'ils remontent jusqu'au temps de la Passion '. « C'est
• Deux d'«iiti'e eux ont vingt-cinq pieds de tour.
' tt L'olivier, dit lU. de Cbaleaubriand, est pour aiosi dire iui-
«lone, dit M. le duc de Raguse, dont j'aime eiicoi-e à ciler ici le nom , c'est sous Tombi-age de ces mêmes art>t*es que Jésus-Clirtsl s'esl reposé, qu'il a conversé avec ses disciples, qu'il fui arrêté, el que ses disciples effrayés l'abandonnèrenl el prirent la fnile; c'est là encore que sainl Pierre liin son sabre pour défendre son divin maître, et coupa l'oreille à Malchus. Tout le premier acte de cette sublline calaslroplie s'est donc passé sur ce théâtre étroit que j'avais sous les yeux. Le jardin sacré qui renfemie ces arbrt^ si pi^ietix appartient au couvent du Saint-Sauveur. Lc>s pères en ont fait l'acquisition de leurs propres deniers. Dépouiller ces arbres de leurs branches serait un crime, et c'est une chose expressément interdite. Les branches mortes sont seules enlevées, et servent, ainsi que les fruits, à fabriquer divers ouvrages de piété '. »
En gravissant de ce jardin la montagne des Oliviers, on arrive successivement à plusieurs lieux mémorables, à la grotte où, dit-on, Notre-Seigneur enseigna à ses apèlres l'universelle prière du chrétien : Pater noHer; à l'église qui marque la place d'où il s'élança au ciel; et au tertre de sable où le Christ, ar-
inorlel, parce qiril renaît de sa souche. On conservait dans la citadelle d^Alhènes un olivier donl Torigine remontail à la fondation de la ville. Les oliviers du jardin de ce nom à Jérusalem sont au moins du temps du Ras-Empire. En voici la preuve : en Turquie, tout olivier trouvé 4eboul par les musulmans lorsqu'ils envahirent TAsie, ne paye qu'un médin au fisc, tandis que Polivier planté depuis la conquête, doit au Grand Seigneur la moitié de ses fruits; or, les huit oliviers donl nous parlons ne sont taxés qu'à huil médins. »
' FoxagCf tome III.
rélanl ses regards sur Jérusalem, prédit les malheurs de celte ville, et la dispersion du peuple juif.
c Lorsque vous verrez Jérusalem investie par une armée, alors sachez que sa désolation approche;
« Alors que ceux qui sont dans la Judée fuient vers les montagnes, et que ceux qui sont au milieu d'elle se retirent, et que ceux qui sont dans les régions voisines n'y entrent point;
t Parceque ces jours seront des jours de vengeance, afin que s'accomplisse tout ce qui est écrit.
c Malheur aux femmes grosses et à celles qui nourrissent en ces jours-là; car la détresse sera grande dans cette terre, et Tire contre ce peuple.
c Ils tomberont sous le glaive et seront conduits chez tous les Gentils, et Jérusalem sera foulée aux pieds par les Gentils, jusqu'à ce que le temps des nations soit accompli '. >
Du point où l'on pense que le Christ était placé lorsqu'il prononça ces paroles, on voit devant soi les deux montagnes de Sion et de Moriah, et la ville de Jérusalem dans toute son étendue. Jérusalem alors, avec ses palais, ses tours, ses murailles, devait pré* senter l'aspect le plus imposant, et ceux qui écoulaient le Christ pouvaient douter de la vérité de sa prophétie, comme ils en doutaient quand il leur prédisait la chute du temple et qu'ils lui répondaient, en lui montrant les énormes blocs dont il était construit : € Maître, voyez quelles pierres. » Cependant l'orgueilleuse cité a été, comme l'avait dit le (ils de Dieu, investie par une armée, et les mères ont senti leur
' Évangile de saint Luc.
cœur se déchirer dans leur augoisse , el les Juifs onl élé conduits chez les Genlils. Dix-huil siècles oui passe, el les eufanls dlsraël , dispersés par le souffle de Dieu, errenl eucore à Iravers le monde; étrangers au sol qui les voil naîlre, au pays où ils viveul, sans racines el sans biens nulle pari, conservant en toul lieu Tinslinct ou la pensée de leur isolenaenl, de leur arrêt d*exil, et, toujours prêts à partir, emportant , comme Rebecca, leurs dieux avec leurs lentes el leur or, qui doit être leur consolation. Ni le temps qui change lout, ni les divers climals du Nord ou du Sud, n*oul pu eflacer leur type dislinclif el les signes de la colère célesle qui les a frappés. A la troisième génération, le descendant d'un nègre allié à une femme de la lace caucasienne ne conserve plus que quelques, tiails de sou origine première; mais fisraélite ne s'allie qu'à la tribu israélile, el le premier enfant venu peut, en les rencontrant, dire : « Voila un Juif, » el quiconque dit Juif, dit par là un homme cruellemenl traité dans une grande parlie de notre orgueilleuse Europe, méprisé s'il esl pauvre, honleusemenl courtisé, s'il peul laisser tomber de ses mains quelques fructueux coupons mis aux enchères à la Bourse.
De retour à Jérusalem, après avoir visité les monuments qui nous intéressaient le plus, nous parcourûmes de iK)uveau cette ville , pour observer son étal matériel el Tétat de sa population. Les rues ne sonl pavées qu'en partie ; là où le roc s'étend à la surface du sol, on le laisse tel qu'il est, aplani comme une dalle, cl glissant de telle sorte qu'on n« peul y chevaucher sans courir risque SjOuvenl de tomber; en plusieurs endroits , elles sont couvertes d'une voùle
84 i>u Rum AD nib.
épaisse, assombrie ei^coie par la slru^lure des Raisons qui les borclenL du côlé el d'aulre; ehaettne de ce&iuaisuiis ressemble à une forteresse: à rextérieur, elles lie présetitenl qu*un mur plein, une porte basse» une fei^éire étroite comme un mâc.hicouiîs. Le bot^ éftuni Fort rare dans celle contrée, elles sont toutes b^ies en pierre, el la plupart sonl surmontées d*un dôme construit en maçonnerie; sur tes rebords de la terrasse qui entoura ce dônoe, on aperçoit rei des amas des pierres destinées à sei*vtr de moyen de défense, dans le cas où la maison serait inopinément envahie ; là des espèces de bsilustrades coBiposées de tuyaux en grès, à travers lesquels les femmes peuvent voir ce qui se passe au dehors sans être vues.
Les bazars, qui en Orient ont ordinairement un c;u'actère pittoresque, sont ici très-pâles et très-»ial approvisionnés. Le commerce de Jérusalem est nui ou à peu près : à part les croix, les chapelets que Von fabrique pour les pèlerins, il n*exporte rien et n*importe que ce qui est rigoureusement nécessaire au besoin des habitants de la cité. Cesl cependant lu partie la plus animée de Jérusalem; hors de là, on ne trouve plus que des places désertes, des rues tristes et sans mouvement, où Ton u*entend aucun bruit , où Ton ne rencontre pas une figure humaine»
Ici, comme dans tontes les villes soumises au gouvernement turc, il est très-difficile d*établir au juste le chiffre de la population. D*après des observations attentives, on peut croire pourtant que ces murs, qui, selon d'anciennes traditions, auraient, à l'époque du siège de Titus, contenu des millions d*àmes ', n'en
' Celle asserlion est évidemment im|K)$sible à admettre. Les
DU RHUI AU MIL» o5
renCeriuenl^pas auîoiiirdliai plus de douze mille, dont environ einq mille Oftusiikuaes, trois mille juifs el trois ù quatre mille chrétiens.
Ces trok classes distkieles d'habitants occufieni tro46 quartiers différents. Les Juifs sont reléguésau bas de lu ville, entre Tancien temple- ei ht |)tartie du mont Sien renfermée dans Tenceinte des remfiarts; leurs demeures oot Tapparenee la plus sale et I» plus mi* sérable; quelques-uns d*enlre e«x. sont cependant rielies el s'etTorceni de cacher leur richiesse scms les dehors de Tindigeniee; maift il en est un grand uom* bre qui n*ont pour I^MUe ressource que le produit des collectes faites en Asie el en Europe, parmi leurs coreligionnaires. Nés» pour la plupart, sur la terre Mntaine et ramenés en Palestine par un sentiment religieux , ils observent avec no soin scrupuleux les règles de leur dogme, et b doeteur protestant Éd. Robinsofi reconnaît lui-même que les missionnaires protestants n'ont obtenu parmi eux que peu de succès '.
Les chrétiens du rite grec sont presque tous Arabes de naissance , el leurs offices, sont célébrés en langue arabe; ils ont» à Jérusalem, plusieurs couvents d'hommes el cinq de femmes, soumis à b juridiction d*un patriarche.
tîmitcs &e cette ville, lorsque Titus eir fil le siège, sont connues. On ne peut être en dissen liment sur retendue de son enceinte, ce ne fut jamais celte d^une grande ville. Sa plus grande longueur n'excédait pas quinze cents toises. ( Voyage de M. le duc de liagusej tome III.)
• « Die Ânstrengungen der englischen Missionarien haben btsher nur sehr geringen Erfolg geliabt. « {Palcestinn, l. H, p. 295.)
Ob DU RHIN AU ML.
Les Arméniens possèdent le plus beau clolti*e et Tune des plus riches églises qui existent en Orient. Nous avons visilé cette église et nous ue nous lassions pas d*admirer ses pavées en mosaïque, ses magnifiques tapis et les portes de ses cl»apelles avec leurs incrustations de bronze et d'écaillé. Après l'avoir parcourue en tout sens, sous la conduite de deux moines qui ne voulaient pas nous en laisser perdre le moindre détail, nous fûmes introduits dans un salon, au fond duquel était le patriarche, assis sur un divan de satin; on nous aspergea d'eau de rose, puis on nous servit des sorbets et du café; trois moines se tenaient debout, dans Tatlitude la plus respectueuse, à l'entrée de l'appartement. Le patriarche, tout en fumanl sa pipe et en savourant sa tasse de café, nous adressait diverses questions qui, pour la plupart, indiquaient un esprit assez borné. Après avoir, en moins d'un quart d'heure, parcouru, dans son singulier interrogatoire, l'Europe entière, il se fit apporter une pelile boîte qu'il nous montra avec un naïf orgueil : c'était un portrait de l'empereur de Russie, entouré de diamants, que l'empereur lui avait envoyé lui-même, je ne sais pour quelle raison. Un de^ religieux transporta successivement devant chacun de nous ce présent impérial, puis le remit entre les mains du bon patriarche, qui alors resta muet, absorbé dans la contemplation de l'image czarienne ou des diamants, et nous le laissâmes là.
Les catholiques sont, pour la plupart, réunis autour du couvent latin; ils ne parlent guère que l'arabe, et on lesdil descendants des anciens Arabes convertis au temps des croisades. Un grand nombre d'entre eux
passent leur vie à ciseler des croix , à façonner des chapelets; d'autres ne vivent que des aumônes du couvent ; ce couvent occupe le premier rang parmr les monastères catholiques de l'Orient ; on y compte quarante à cinquante religieux, les uns'^Espagnols, les au* très Italiens. Leur supérieur, qui est en même temps le chef de toutes les maisons de Tordre établies en Syrie el en Palestine, a le titre de gardien de la montagne de Sion et du saint sépulcre'; il doit être Italien et recevoir son investiture de la cour de Rome. Audessous de lui est un vicaire qui est élu comme lui, pour trois ans, el un procureur nommé à vie, qui doit être d'origine espagnole, et qui est surtout chargé des affaires temporelles. Ces trois dignitaires composent^ avec trois religieux , le couserl suprême de l'administration que l'on appelle le discretorïum , et qui régit les établissements de l'ordre disséminés en Palestine, en Syrie et en Egypte ''; deux cents religieux environ peuplent ces établissements. Une de leurs principales fonctions est, comme nous l'avons dit, de recevoir les voyageurs; mais les voyages en terre sainte ne ressemblent plus guère à ceux dont une tradition séculaire ou de naïfs chroniqueurs nous ont conservé le récit; et si les bons religieux, en accueillant leurs hôtes, se rappellent les coutumes du passé, ils doivent être parfois fort peu édifiés de celles du présent.
' « Guardianus sacri moulis Sion el custos terrae sanctae. o > Il y en a un à Bethléem, à Saint-Jean du Désert ( une lieu€ et demie de Jérusalem)^ Ramleh, Jaffa, Califa, Saint-Jean d*Acre, Nazareth, Seïde, Beirout, Tripoli, Larisse, Alep, Damas, un dans le Liban, un à Alexandrie, Rosette, le Caire, et à Larnaca el Nicosie dans Tîle de Chypre.
88 DU RHtM AU NIL.
Le temps ne&i phis où les hommes, qtii avmeni connu le charme des sa'mts lieux, ne ponvaienl se décider à les quitter et n'y cherchaient qu'une cellule pour Yivre et mourir sur le sot consacré |)ar kikVte eila mort du Christ '. Le iemps n'est plus oa un Yoea pi*ononcé dans un moment de danger, une vision, ou le désir d'expier»une faute, ou la leefure^l'un passagede la Bible, que Ton considérait comme un avertissement du ciel, entraînaient un chrétien a quitter «sa famille, son pays, et à s'en aMer, à travers touç îles hasards d'une longue et périlleuse route, chercher la terre de béiiédiction '. Le plus souvent ces intrépides vopgeurs ne connaissaient pus même la direction quHIs deva'ient suivre et les cités par ou ils.passaient ^; ils allaient de contrée en conirée, affrontant sans crainte tous les dangers, soutenus dans tons les obstacles par la vive ardeur de leur foi, et lorsque enfin ils amvaîent au terme de leur pèlerinage, leur âme sediUitaitxIaBS la
' u Les pèlerinages, dit M. Léon de Lahorde, dans un de ses savants on V rages sur l*0rienl, ont créé la vie monastique. Les anachorètes sont les premiers pèlerins. » {Commentaires géographiques sur l'Exode et les Nombres j introduction, p. xvi.)
^ Lalanne, des Pèlerinages en terre mainte avant les crotsudeSji^.W.)
' « Les croisés, dit M. L. de Laborde, parvinrent à Jérusalem, on sait à quel prix, sans connaître d'avance, sans apprendre même le nom des villes qui les recevaient ou qu'ils prenaient d'assaut. Pleins des souvenirs bibliques, ils cherchaient les noms consacrés par le saint livre, etquand, dans leur ignorance des langues orientales, ils tl^en retrouvaient pas la synonymie, SéHÎlin devenait pour eux Malle9iUe, la ville de malheur, comme elle aurait été Bonneville s'ils y a-vaient trouvé un accueil hospitalier. » {Commentaires sur l'Ewode, introduction,
p. XXI.)
conleœpkilion des murailles de Jérusalem, des grottes de Nazareth ei des rives du Jourdain. A chaque pas ils retrouvaient quelques souvenirs des livres saints; iei c'était l'arbre sur tecfuel Zachée monta pour voir Jésus; là, le figuier où se pendit Judas; plus loin, Fautel où Abraham fut sur le point de sacrifier baac; ailleurs, les f>ierres qui servirent à lapidei* saint Etienne; et enfin, chose plus étonnante, dans Téglise de Sion, la célèbre pjerre angulaire dont il est si souvent question dans la Bible, et qui guérissait toute espèce de maux '.
Les itinéraires des pèlerins atitérieursaux croisades, et la plupart de ceux qui ont été publiés depuis, nous présentent un douloureux tableau de toutes les souffrances , de tous les périls auxquete les Européens s'exposaient en entreprenant cette longue pérégrination. Naguère encore, au temps où M. de Chateaubriand visita la terre sainte, ce voyage était encore sinon aussi dangereux que dans les siècles passés, du moins très-pénible et très-dispendieux. Maintenant les chemins de fer, les bateaux à vapeur ont tellement abrégé toutes les distances, qu'un voyage ù Jérusalem n'est plus qu'une facile excursion de touriste. En passant par l'Allemagne, on peut, en dix jours, se rendre de Vienne à Constantinople, et en cinq à six jours , de Constantinople sur la côte de Syrie; en s'embarquant à Marseille, sur un des paquebots du Levant, on peut être en sept jours à Alexandrie; de là, en deux jours, à Beirout, et de cette ville, en une semaine, dans la cité de Sion ; aussi le nombre des pèle-
> Lalanne, les Pèlerinages en terre sainte, p. 5.
rins s'est-il considérablement accru dans les dernières années; mais ces pèlerins arrivés si rapidement, passent aussi rapidement. A |>eine installés au couvent du Saint-Sépulcre, ils montent à cheval , courent à droite, à gauche, satisfaits de voir à la bâte quelquesuns des lieux les plus mémorables, et d'écrire sur leur carnel ce qu'ils ont vu. C'est une des lois de notre nature, que ce qui nous coûte peu de peine a par là moins de prix à nos yeux, et c*e$t aujourd'hui une entreprise trop aisée d'aller à Jérusalem. La rapidité des moyens de communication a encore enlevé un prestige à cette ville, le prestige de l'éloignement et de l'inconnu. Pour quelques-uns, c'est toujours la sainte et merveilleuse cité de Dieu; pour beaucoup, ce n'est plus qu'une cité curieuse dont on a tant entendu parier, qu'en conscience on peut bien prendre, sur la saison d'été, cinq à six semaines pour la visiter et pouvoir dire qu'on la connaît.