CAUSES LOCALES
Alvarez a mis en avant le traumatisme sous toutes ses formes. Il signale certains ateliers remplis de poussières délétères, de même les fabriques d’indigo, le rouissage, le séchage de la plante en particulier qui s’accompagnent de la formation et de la diffusion dans l’air d’une grande quantité de microbes.
Les contusions du nez ont été relatées par plusieurs auteurs : Pellizzari, Kœbner, Mibelli. Il est certain que ce fait, bien qu’il n’ait pas une grande valeur étiologique, ne doit pas être négligé. Le processus étant commencé, une forte percussion sur le nez, avec épistaxis consécutive (Mibelli}, contribue nécessairement à rendre plus rapide le développement de la maladie.
Le coryza chronique qui s’observe dans tous les cas et la bronchite chronique que l’on trouve souvent, sont regardés comme des causes prédisposantes. La question est difficile à résoudre. Les deux affections sont-elles jes causes du rhinosclérome, ou bien le rhinosclérome par son développement ne les a-t-il pas plutôt provoquées? Dans tous les cas, ces affections ont une fâcheuse influence les
(1) E. Vian, Bulletin de la Société de dermatologie, juillet 1891. QUIGNARD 3
ATOS
unes sur les autres. En effet, le malade est obligé, à un moment donné de sa maladie, de respirer par la bouche, les narines étant obstruées par les tumeurs. Le malade fournit alors à ses poumons un air bien plus chargé de poussières et plus froid, surtout en hiver ; de là un air plus irritant.
Büacille. — La découverte d’un bacille par Frisch, en 1882, a fait avancer l'étude étiologique du rhinosclérome. Mais plus tard, la ressemblance de ce bacille avec le preumo-bacille de Friedlander, mise en avant par Cornil et Alvarez, de plus la réunion dans quelques cas du bacille de Frisch et du streptocoque pyogène (Pellizzari, Babès, Jacquet, Secretan et Stilling), laissent des doutes sur le rôle du micro-organisme de Frisch dans le développement du rhinoselérome. Nous reprendrons cette question au chapitre de la pathogénie.
Contagion. — La clinique n’enregistre aucun fait bien apparent de rhinosclérome communiqué par un individu à un autre. Chiari, cependant, rapporte le cas intéressant de plusieurs membres de la même famille dont l’un était affecté depuis vingt ans d’oblitération du nez, un autre de gêne de la respiration; le troisième atteint d’ozène mourut suffoqué, le quatrième et dernier avait une trachéite chronique, pour laquélle la trachéotomie fut jugée nécessaire. I déduit de ce cas qu'il s'agissait réellement d’une infection rhinoscléromateuse. Cependant, sans discuter cette conclusion, il nous paraît difficile d'admeltre la contagion du rhinosclérome, alors même qu'il n'y à aucune certitude que ces malades soient atteints de rhinosclérome.
Un autre fait, plus concluant que le précédent, nous a
été raconté par M. E. Vidal qui a donné ses soins au frère de la malade dont nous publions l'observation. Le frère présentait une affection du nez tout à fait au début. M. le D° Jacquet, qui a fait l'examen bactériologique sur des fragments obtenus par le raclage, a trouvé les bacilles de Frisch et des streptocoques. L'examen n’a pas été poursuivi plus avant.
Secretan raconte, dans son observation sur le rhinosclérome, qu'il avait soigné, pendant un laps de temps très court, le frère de son malade pour une chordite hypertrophique inférieure. Ce même diagnostic avait été fait d’abord pour le malade dont il publie l'observation; il n'avait changé de diagnostic qu'après les recherches bactériologiques et microscopiques. Peut-être son premier malade avait-il un rhinosclérome, comme il paraît le penser maintenant.
Ces deux derniers faits me paraissent plus concluants que l'observation de Chiari, mais ne suffisent pas encore pour prouver que la contagiosité existe réellement.