DÉBUT
Le début du rhinosclérome est insidieux et mal connu: les malades, peu incommodés par les premiers accidents, ne viennent se montrer au médecin que lorsque les lésions, arrivées à un développement plus ou moins complet, produisent des déformations nasales ou les menacent d’asphyxie. On ne peut donc suivre cette affection dès le début ; pour connaître les symptômes de cette période, on doit s’en rapporter au seul dire du malade.
Ainsi qu'on l’observe dans beaucoup d’affections des premières voies respiratoires au début, les symptômes du rhinosclérome commençant ne sont autres que ceux du corvza chronique : enchifrènement, augmentation de la sécrétion nasale, diminution de l’odorat, éternuements fréquents, et, la nuit, sécheresse de la gorge avec sensation de cuisson plus ou moins marquée.
La sécrélion nasale est parfois striée de sang et plus épaisse que d'ordinaire ; il se forme dans le nez des croûtes
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jaunâtres, dures et épaisses. Cette sécrétion répand autour du malade une odeur fade, caractéristique, très semblable à celle de l’ozène.
Dans cette forme, les troubles respiratoires sont presque nuls, puisque le malade, s’il ne peut respirer par le nez, a la faculté de le faire par la bouche.
Etant donnée la lenteur du processus, ces seuls symptômes peuvent rester stalionnaires pendant plusieurs années, sans incommoder autrement le malade. Mais à une époque donnée, se produirontles lésions apparentes du rhinoselérome. |
Elles partent dela cloison nasale et des ailes du nez pour Kaposi; pour d’autres auteurs, du point où la muqueuse nasale se continue avec la peau du revêtement extérieur du nez; enfin quelques-uns avancent que les lésions commencent au pharynx ou au voile du palais et dans ce cas à l’union de la partie molle avec la portion osseuse. En général, les lésions évoluent parallèlement sur ces différents organes.
Il se produit tout d’abord une tuméfaction, une induration et un épaississement des régions atteintes, sous forme de plaques dures siégeant dans le derme. Ces plaques ont une coloration rose, ou rose-grisâtre, quelquefois cuivrée ; elles sont luisantes, indolores, même à la pression. Elles ressemblent aux chéloïdes par leur aspect et leur consistance. Bientôt au nez ces lésions vont augmenter et se diffuser du côté du revêtement cutané nasal, traversant toute l’épaisseur de cetorgane pourarriveràl’extérieur. En même lemps qu'au nez, elles peuvent évoluer dans les régions voisines, ou bien elles ne s’y développeront que plus tard.
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On ne relève pas de phénomènes généraux, le malade conserve son élat général bon et satisfaisant.
C'est à ce moment, c'est-à-dire à la période des lésions visibles et des déformations que, le malade se présente au médecin. La maladie est arrivée à sa période d’état et revêt les caractères suivants :
[. — PÉRIODE D'ÉTAT. — Signes physiques.
1° Nez. — Le nez est plus volumineux que normalement, épaté et élargi, il présente un aspect ædémateux, surtout dans ses deux tiers inférieurs. Cependant il peut être augmenté de volume même à sa racine, au point que les globes oculaires paraissent plus éloignés l’un de l’autre qu’ils ne le sont à l’état normal. Les ailes du nez sont également élargies, au point de diminuer d’une façon très notable la lumière des cavités nasales comme dans le cas de Sidney-Davies (1). Cela est produit par un épaississement de la paroi dans sa totalité ; la preuve, c’est que l’on constate assez souvent l’oblitération graduelle des ouvertures narinaires, sans tumeurs rhinoscléromateuses, soit existant dans les cavités nasales, soit faisant hernie à travers les orifices externes du nez.
La peau du nez paraît un peu plus sombre de couleur que la peau du visage.
Le nez est immobile, comme congelé; les ailes restent fixes dans les mouvements physiologiques. Si on presse cet organe entre les doigts, il résiste et il est impossible de
(1) Sixevy-Davies, The British Med. Journal, 29 mai 1886.
rapprocher les parois l’une de l’autre, comme si les cavités avaient été comblées par une masse dure. A la palpation, on percoit une dureté ligneuse, plutôt éburnée et c’est là un des caractères principaux du rhinosclérome.
Le tégument nasal peut, dans quelques cas, ne présenter aucune nodosité, aucune saillie, aucune tumeur ; c’est l’exception. En général {nous le trouvons dans notre observation), des nodosités et des tumeurs se présentent à la peau du nezet à la lèvre supérieure, sous forme de plaques saillantes, dures, parfaitement limitées. Ces plaques siègent surtout vers le bord libre des ailes du nez et vers la partie voisine de la lèvre supérieure.
Les nodosités ont une couleur rouge foncé ou rouge cuivré comme dans le cas de Laquer. Lisses etluisantes, elles sont parcourues à leur périphérie par des vaisseaux plus ou moins nombreux, leur centre en est complètement dépourvu. De place en place, on voit quelques follets, quelques follicules et les orifices des glandes pilo-sébacées un peu dilatés et remplis de croûtes noirâtres. Dans d’autres cas, on ne trouve ni poils, ni follicules.
Les nodosités plus ou moins nombreuses arrivent d’ordinaire par leur réunion à former une seule tumeur à surface plus ou moins lobulée. On l’a vu dans notre observation, où on constate plusieurs tumeurs réunies les unes aux autres, sauf une seule qui siège sur la partie inférieure et antérieure de l’aile droite du nez. Lorsqu’elles restent isolées, les nodosités sont séparées par des intervalles de peau saine en apparence, mais infiltrée par les mêmes éléments que les nodosités. Cependant elles se détachent des parties voisines par leur coloration et par leur léger relief.
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Au toucher, on perçoit qu’elles sont infiltrées dans la peau et qu’elles ne peuvent être déplacées sans elle. Elles offrent une dureté cartilagineuse, ou mieux éburnée. La pression ne provoque aucune douleur autre que la douleur qui se produit normalement dans les tissus sains lorsqu'ils sont comprimés. Jamais de douleur spontanée : le malade ne ressent qu'une simple tension des téguments altérés.
Recouvertes par une couche épidermique lisse, ou finement rugueuse, les nodosités ne présenteront, pendant des mois et même des années, aucune ulcération, aucune manifestation de la tendance régressive de la néoformation. Mais dans la suite, par suite du développement des lésions et de la confluence des nodosités, l'aspect se modifiera et le rhinosclérome se rapprochera davantage des néoplasmes ulcérés.
Il apparaît alors des rhagades plus ou moins profondes, des excoriations d’abord superficielles, plus ou moins creuses dans la suite et formant de véritables ulcérations. Celles-ci sont granuleuses, de bon aspect et laissent échapper un liquide visqueux sortant spontanément et ressemblant à une solution d’albumine un peu trouble, quelquefois ce liquide a une couleur plus foncée et paraît jaunâtre, un peu sale. Cette sécrétion a la même odeur fade qu’exhale le nez.
Les bords libres des ailes du nez sont déchiquetés, irréguliers, comme on peut le voir sur la reproduction que nous donnons de notre malade. On y trouve des saillies plus ou moins ulcérées el des fissures qui laissent écouler un liquide semblable à celui des tumeurs.
Si on laisse les parties ulcérées exposées à l'air, sans aucun pansement, elles se recouvriront de croûtes noirä-