Thirard. Thèse de Paris
présenter comme l'unique moyen de sauver l'articulation. Plusieurs chirurgiens la recommandent sans hésiter. Il ne faut pas attendre trop longtemps, car les lésions articulaires s’aggravent plus ou moins rapidement et le malade s’anémie et se cachectise. L'intervention chirurgicale aussi prompte que possible est donc ici parfaitement légitime.
Nous u’insisterons pas sur l'historique de l’arthrotomie et sur le manuel opératoire de cette intervention parfaitement connus et décrits.
Avec la perfection actuelle des procédés opératoires et ‘de l’antisepsie, les résultats immédiats de. l’arthrotomie sont toujours bons ; à ce propos nous rapportons trois observations inédites intéressantes dues à M. Hartmann que nous remercions sincèrement d’avoir bien voulu nous les communiquer.
Nous dirons toutefois que d’après les observations pubhées, les résultats immédiats sont toujours moins satisfaisants dans l’arthrite blennorrhagique que dans les arthrites aiguës d’autre nature.
Il faut d’ailleurs observer qu’elle ne donne parfois que des résultats palliaufs (Tillaux) et incomplets.
Elle empêche l’ankylose, ce qui est le ‘but principal. Mais elle ne dispense pas toujours du traitement ultérieur de l’arthrite. Celle-ci après la cicatrisation .de la plaie sera traitée par le massage, la mobilisation et les moyens que nous avons indiqués.
. Quant aux résultats éloignés de l’arthrotomie dans les cas d’arthrite blennorrhagique, nous croyons qu'ils n’ont
pas été suffisamment observés jusqu’à présent, nous pen-
sons qu'ils sont de nature à conseiller la prudence au point de vue de l'intervention chirurgicale. Balzer (1 )a vu un malade chez lequel l’arthrotomie avait été pratiquée dans l'articulation tarso-métatarsienne avec un plein suc cès opératoire et qui continuait à à éprouver les plus vives souffrances dans la région opérée sur laquelle le rhumapie se fixait obstinément.
Nous n’avons pas pu malheureusement nous procurer l'observation complète de ce malade; mais nous Tapportons l'observation d’un malade atteint d’arthrite blennorrhagique du genou droit, chez lequel l’arthrotomie fut faite à la Pitié, et réussit parfaitement. Au bout de quelque temps, ce malade dut entrer à l'hôpital du Midi, l’arthrite avait récidivé dans le genou droit, et en outre le malade était atteint d’une arthrite du genou gauche.
L’arthrite peut donc se manifester de nouveau sur une arüculation déjà prise même après un succès opératoire complet. ; 1
En résumé, nous dirons avec M. ile : l’intervention chirurgicale n’a qu'un but parer aux dangers que crée la suppuration d’une articulation : ici lindication d'opérer est formelle. Elle est à discuter encore dans certaines arthrites même non suppurées qui, par leur intensité, leur marche envahissante dans les tissus péri-articulaires, menacent gravement l'intégrité et le fonctionne-
ment ultérieur de l'articulation. Mais dans la très grande
1. Balzer. Traité de thérapeutique appliquée de Robin, fascicule V!, page
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majorité des cas la temporisation s’impose ; il ne faut pas oublier : r° que l’arthrite n’est qu’une localisation de l'infection générale blennorrhagique qui peut persister longtemps même après la guérison de l'uréthrite ; 2° qu’une opération ne peut remédier à une infection générale ; 3° qu’en soumettant le malade avec persévérance au traitement général, au traitement de l’uréthrite et au traitement local de l’arthrite,on obtient presque tou-
jours la guérison.
IMPORTANCE DU TRAITEMENT DE LURÉ- THRITE
OBSERVATION I Due à l’obligeance de M. Rendu.
X..., 24 ans, domestique, entre salle Delpech, n° 7, service de M. Rendu, le 3a octobre 1893. | Pas d’antécédents rhumatismaux.
Il y a quatre mois, la malade contracte une blennorrhagie, elle a des pertes blanches très abondantes pendant trois mois.
Après la disparition des pertes la malade commence à ressentir une vive douleur sous les talons surtout sous le talon droit.
De là les douleurs gagnent le cou-de-pied et l’articulation du genou droit; les articulations augmentent de volume et les douleurs devenant plus vives, la malade se voit forcée d'abandonner son travail. Elle consulté un médecin, et à la suite d’un traitement qu'elle ne précise pas se trouve un peu soulagée.
Elle reprend son travail pendant quelques jours, mais presque aussitôt elle s’aperçoit qu’elle ne peut continuer.
Le 30 octobre la malade se présente à l'hôpital marchant péniblement en s'appuyant sur un bâton.
D£zANNEAU 9
Dos
Le 31. — L'état général est assez satisfaisant, Il n'y a pas de
fièvre l'appétit et le sommeil sont conservés. L’articulation tibio-tarsienne et l'articulation du genou droites
sont le siège d’un gonflement assez considérable.
Il n’y a pas de rougeurs des téguments au niveau de ces articulations. Au genou le choc rotulien est facile à percevoir et la fluctuation est évidente. .
Les mouvements et la pression déterminent une douleur très vive.
La malade éprouve des douleurs spontanées qu’elle compare à des élancements dans ses articulations.
Douleurs le long du nerf sciatique et dans la région lombaire, se propageant vers les deux flancs que la malade compare à celles que déterminerait une ceinture trop serrée.
Dans la région du cœur on entend un soufle extra-cardiaque.
Céphalée assez marquée.
Les urines sont troubles.
Traitement : Repos au lit. Injections au permanganate de potasse.
Le 1°" novembre. — Même état et même traitement.
Le 2 novembre. — Injections. Les douleurs sciatiques et celles de la région lombaire ont disparu. Bien qu'éprouvant encore un peu de céphalée la malade se trouve mieux, les pertes ont disparu.
: L’articulation tibio-tarsienne gauche devient douloureuse.
3 novembre. — On commence à constater les bons effets des injections. La malade veut essayer de marcher, mais la douleur et la raideur du genou droit l’en empêchent.
4 novembre. — La malade se plaint de douleur dans le coude gauche, mais on ne constate pas de gonflement. La malade commence à marcher. L'état général est bon.
s novembre. — La douleur du coude a disparu. L’articulation
Hs 1 tibio-tarsienne et l'articulation du genou sont encore raides et un peu enflées mais non douloureuses à la pression.
6 novembre. — Les douleurs dans le coude gauche sont revenues, elles se produisent surtout dans les mouvements d'extension et deflexion. La malade boîte un peu à cause de la gêne des mouvements dans l'articulation tibio-tarsienne.
7 novembre. — La malade marche, les douleurs dans les articulations disparaissent de plus en plus sous l'influence des injections, Les pertes n’ont pas reparu.
Le 8 novembre. — La malade-demande à quitter l’hôpital, elle marche. facilement. Les articulations ne sont plus ni enflées, ni douloureuses. Elle reste quelques jours à l'hôpital pour se reposer.
Du 9 au 12 novembre. — Rien de particulier à noter, la malade quitte l’hôpital guérie.
Examen baclériologique. — Au moyen du fil de platine stérilisé, on prend à diverses reprises et dans différents endroits des traces . des matières purulentes, on les étale sur une lamelle stérilisée et on colore au bleu de méthylène.
je" novembre. —: Vagin. — Bactéries très nombreuses isolées ou en amas. Quelques-unes en chaînettes. Cocci en chaînettes.
. Fibrine. Ni gonocoques, ni cellules vaginales.
Col. — Cellules de la muqueuse. Bactéries moins nombreuses que dans le vagin. Gonocoques nombreux. Leucocytes abondants.
Fond de l’ulérus. — Leucocytes, cellules de la muqueuse. Bactéries et gonocoques. |
9 novembre. — Urèihre. — Cellules de la muqueuse. Fibrine. Bactéries nombreuses. Gonocoques isolés.
Vagin. — Cellules épithéliales abondantes. Pas de leucocytes. Bactéries. Pas de gonocoques .
Col. — Cellules épithéliales. Pas de bactéries nettes.
Fond de l'utérus. — Rien.