OBSERVATION V
Due à l’obligeance de M. Rendu.
Inefficacité du salicylate de soude. Gonococcisme latent,
Adolphe M..., 48 ans, peintre en bâtiments, entre le 17 février 1896, salle Bouley, n° 14 (service de M. Rendu à Necker).
Aniécédents. — En 1870, dyssentérie.
En décembre 1894. — Première attaque de rhumatisme. Les orteils sont pris, les pieds sont enflés, ainsi que la main gauche. Le malade garde le lit pendant trois semaines, il est traité par le salicylate de soude.
La malade dit n'avoir jamais eu de blennorrhagie.
Repris, le 17 septembre 1895, de douleurs dans les articulations des deux pieds. Il garde la chambre jusqu’au 1* janvier 1896. À cette époque, il est obligé de se coucher.
Il est trailé par le salicylale de soude qui ne produit pas d’amélioration.
Dans les premiers jours de janvier, le malade a éprouvé pendant deux jours dans le canal de l’urèlhre une sensation de brûlure qu'il altribue au trailemeni.
Pendant les derniers jours de janvier et les premiers jours de
février, il ne souffre plus de sa main droite.
LE Ro .Le 9 février. — Le malade est pris de douleurs au niveau de la main gauche. ; :
Le 17 février. — Il entre à Necker, dans le service de M. Rendu, salle Bouley.
État au moment de l'entrée à l'hôpital. — Le 17 février. — On constate un gonflement douloureux de la face dorsale de la main gauche du poignet et de l’avant-bras.
L'articulation du coude est particulièrement douloureuse, les culs de sac de la synoviale sont très distendus. L'avant-bras est fléchi légèrement sur le bras. Les mouvements de l'articulation du coude sont très douloureux. | Les parties molles péri-articulaires sont très œdématiées mais pâles,. on ne constate pas la moindre rougeur. | Lorsqu'on examine l’urèthre, on arrive à voir au fond du méat une petite quantité d’un liquide jaunâtre, dans lequel l’examen microscopique a révélé la présence de gonocoques peu nombreux. Trailement. — On exerce une compression légère au niveau
de la main, de l’avant-bras et du coude avec la bande de caout-
chouc. | Le 20 février. — Premier lavage au permanganate de potasse à 1/4000.
Le 21 février. — Second lavage. Le soir, le malade se trouve
déjà mieux, les douleurs articulaires sont moins vives.
Le 22 février. — Troisième lavage, le malade commence à remuer les doigts et le poignet. L’articulation du coude est encore douloureuse.
On continue à faire un lavage tous les jours, en employant la solution un peu plus concentrée.
Le 24 février. — L'enflure et les douieurs sont très diminuées,
Le 25 février. — La douleur ne persiste plus qu’au niveau du coude. La tuméfaction a presque complètement disparu au niveau
du poignet et de l’avant-bras.
LE SR Le 27 février. — La douleur dans le coude gauche a complètement disparu. Le malade commence à faire quelques mouvements.
Le 28 février. — Le malade se plaint de légères douleurs dans l’épaule gauche.
Les jours suivants, le malade continue le traitement par les lavages, les douleurs de l'épaule disparaissent très rapidement, les mouvements redeviennent faciles dans le poignet et dans le
coude. , Le malade reste quelques jours à l'hôpital pour se reposer. Le 14 mars. — [l sort complètement guéri
Cette observation nous semble intéressante à deux points de vue sur lesquels nous demanderons la permission d’insister.
Nous voyons d’abord que nous avons affaire à un cas où l’inefficacité du salicylate de soude est évidente.
En effet, le malade a absorbé du 17 décembre au 17 février, environ 160 grammes de salicylate de soude, sans obtenir la moindre amélioration.
Ensvite, nous constations que nous avons affaire dans ce cas, à cette forme curieuse de l'infection blennorrhagique qu’on a appelé /e gonococcisme latent: notre malade, homme intelligent et très sincère, croyons-nous, a été interrogé soigneusement, et à diverses reprises, 1l dit n’avoir jamais eu de blennorrhagie, jamais d’écoulement ni de douleur en urinant, mais seulement cette sensation de cuisson dans le canal qui n’a duré que deux jours au
commencement de janvier et qu’il attribue au salicylate
de soude.
LE Te