‹ Du Rhumatisme Nerveux Chronique Chez l'EnfantChapitre 13 sur 22 · OBSERVATION II · texte numérisé non relu

OBSERVATION II

(Communiquée par M. Barbier)

Eugène S..., àgé de 1/4 ans, entre le 14 novembre 190», dans le service du Dr Barbier, à Hérold, pour des douleurs affectant les deux genoux, les deux cous-de-pied et la région lombaire.

Examen des articulations malades. — Les articulations sont très peu tuméfiées. À leur niveau la peau n’est ni tendue ni luisante. La pression détermine de la douleur au niveau des insertions ligamenteuses (surtout ligaments internes du coude-pied et région de la patte-d’oie aux genoux). Au niveau de l'interligne articulaire, la pression n'est pas douloureuse. Si on commande au malade de mobiliser ses articulations, ül éprouve une douleur violente, mais si on prend soin de mettre

les muscles périarticulaires dans le relâchement complet, on

GE peut alors soulever le membre et fléchir la jointure sans que le

malade éprouve une douleur sensible.

Au niveau de la région lombaire, la flexion est très doulou-

reuse,

Etat général. — Langue saburrale, amygdales un peu rouges et légèrement hypertrophiées, pas de douleur à la déglutition. Troubles digestifs peu marqués, appétit diminué, pas de vomissements, constipation. .

Température 3808, pouls à 100, bien frappé et régulier,

On ordonne le salicylate de soude associé au bromhydrate de quinine.

27 novembre 1902. — Il n’y a pas d’autres articulations envahies. Cependant le malade se plaint d'une douleur surtout manifeste à la pression etsiégeant dans le triangle de Scarpa. à droite, près du pubis.

28 novembre, — Disparition à peu près complète des douleurs dans toutes les jointures. Le malade peut fléchir les pieds et les genoux sans souffrir.

Onexamine le malade au point de vue respiratoire, et on trouve de la matité au sommet droit et à la base droite; une inspiration un peu rude et une expiration légèrement soufflante au sommet droit; soupçons d’adénopathie, trachéo-bronchite gauche en avant. On supprime le salicylate de soude,

5 décembre. — Eugène S... se plaint de douleurs dans les deux épaules. Il n'y a pas d’élévation thermique, cependant on donne à nouveau du salicylate de soude, Les douleurs disparaissent le 6.

11 décembre. — Douleurs dans le rachis au niveau de la

région dorsale.

LORD 1° décembre. — Douleurs légères dans l'épaule gauche ; dis-

parilion des douleurs dans le rachis.

13 décembre. — Douleurs articulaires dans le poignet gauche, 15 décembre. — Douleurs dans les doigts de la main gau-

che et dans les deux coudes ; le poignet présente une légère

tuméfaction.

16 décembre. — Disparition de l’arthrite du poignet gauche.

Envahissement du poignet droit et des articulations des doigts. Le poignet est douloureux et gonflé.

Les bruits du cœur sont sourds,

23 décembre. — Douleurs dans les deux poignets et dans les deux épaules ; douleurs vagues dans le rachis.

3 janvier. — Apparition d'un torticolis. Eugène S... se plünt d'une douleur vive à la pression localisée au niveau de larticulation de la sixième cervicale avec la septième.

9 janvier, — Léger gonflement du poignet gauche qui est douloureux à la pression. Les doigts de la main gauche sont légèrement déformés. Ces déformations consistent en un-élargissement peu accentué du doigt au niveau des articulations phalangiennes. Les déformations sont surtout appréciables à l’index et au médius. En outre, les dernières phalanges de ces mêmes doigts sont un peu déviées en dedans, de telle sorte que le doigt dans son ensemble décrit une courbe à concavité interne.

La main droite est déviée vers le bord cubital de l’avantbras. L'articulalion métacarpo-phalangienne présente un gonflement assez notable.

Les bruits du cœur sont toujours sourds,

11 janvier, — Disparition de toutes les douleurs et du tor-

colis.

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OBSERVATION TIIT (Delcourt).

(Revue des maladies de l'enfance, 1898).

Emma Van..., {ans et demi.

Père et mère bien portants. Deux frères en bonne santé. Une tante maternelle souffrant de rhumatisme depuis longtemps.

Emma est née à Berchem, dans un endroit humide et marécageux, où elle n'a séjourné que quelques mois.

Nourrie au sein par sa mère, tandis que ses deux frères, bien portants, avaient été élevés au biberon, Emma eut une première enfance exempte de maladie. Tout au plus doit-on signaler un peu de toux coqueluchoïde qui n'aurait duré que quelques jours, suivant les renseignements peu précis qui me sont fournis par la mère. Elle n'a présenté ni convulsions, ni diarrhée, ni vomissements ; elle a commencé à marcher vers l’âge de Q mois, Sa vie paraîl avoir été entourée de bonnes conditions hygiéniques, la maison que ses parents habitaient à Uccle étant spacieuse, sèche, bien éclairée ; de plus, l'enfant courait toujours librement au grand air. Je dois toutefois mentionner que pendant toute cette période, Emma couchait souvent avec sa tante maternelle ; or, cette tante était rhumatisante depuis longtemps et transpirait abondamment.

C'est vers le mois d'avril 1896 que le mal a débuté. L'articulation libio-tarsienne gauche devint le siége d’un gonfle-

ment qui disparut au bout de quelques jours pour reparaître

Er bientôt. Puis les autres articulations se prirent dans l’ordre suivant : pied gauche, genou gauche, pied droit, genou droit, mains, nuque.

Pendant les trois premiers mois de sa maladie, l'enfant con— tinua à marcher ; vers le sixième mois seulement elle com-— mença à se plaindre de douleurs dans les articles.

Voici, à la date du 3 juillet 1897, dans quel état nous trou-

vons notre petit malade : :

Enfant de stature ordinaire, normalement développée. Intelligence conservée ; caractère facile et calme, pas d'accès de colère ; sommeil régulier. Urines normales, n1 albumine, ni aura : urates en grande quantité.

Appareil digestif. — Appétit conservé, selles régulières, soif modérée. Langue légèrement blanchâtre. Ventre normal : le foie descend à deux travers de doigt en dessous du rebord des fausses-côtes. Rate non palpable,

Appareil locomoteur. — Ge qui frappe d'abord c'est l'amaigrissement considérable des avant-bras, des bras et des mollets, ainsi que les saillies considérables que font les articulations.

Les articulations tibio-tarsiennes sont très augmentées de volume ; les mouvements sont conservés dans l'extension ; la

flexion est difficile.

Les articulations métalarso-phalangiennes des gros orteils sont augmentées de volume.

Les genoux forment une saillie considérable qui semble encore plus forte par suite de l'état d’atrophie profonde des muscles environnants.

Le genou gauche est un peu plus gros que le droit. La

jambe est fléchie à demi sur la cuisse et quand on veut la met-

tre en extension, on provoque des douleurs qui font pleurer la petite malade. La raideur est considérable.

Hanches. — Le gonflement des articulations fémoro-iliaques n'est pas très manifeste ; il existe cependant de la gêne dans la flexion : cette gêne est surtout marquée à droite.

Mains. — Il existe du gonflement de toutes les articulations. Les phalangettes ne paraissent pas augmentées de volume ; les doigts finissent en s’effilant.

Les poignets sont également gonflés ; en faisant glisser les surfaces articulaires l’une contre l’autre, on perçoit facilement de légères crépitations.

Les coudes sont également le siége d’un gonflement articulaire ; les mouvements d'extension sont limités ; 1l existe de la raideur.

Les articulations scapulo-humérales présentent des lésions semblables.

Les articulations des vertèbres cervicales sont également atteintes, Il existe de la raideur de la nuque, la tête reste fléchie (le menton touchant presque la poitrine) avec légère inclinaison à droite,

Le crâne est normal ; les sutures sont ossifiées, les dents sont normales, non cariées.

Pas de chapélet rachitique.

Voilà donc l’état dans lequel se trouvait la petite Emma, le jour de son entrée à l'hôpital, Cet état ne fut en rien modifié par le salicylate de soude et l’iodure de potassium ; les bains sulfureux, que je lui fis administrer pendant tout le mois d'août, n’apportèrent aucune amélioration, Du 6 avril au mois de décembre 1897, Emma resta couchée dans son berceau,

incapable de marcher et même de se tenir debout. Vers le com-

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mencement de juin, apparut sur le visage et sur tout le corps une éruption miliaire de sudamina d’ailleurs sans importance.

La petite Emma, après avoir présenté de mai au 11 septem— bre, une température oscillant entre 360 et 38°, et des phénomènes de gastro-entérite, meurt subitement le 11 septembre.

A l’autopsie, on trouve du côté des viscères : congestion pulmonaire. Synéchie péricardique. Infiltration biliaire et graisseuse du foie.

Lésions articulaires : Pied droit, articulation tibio-tarstenne. — Au niveau du pied droit, les téguments sont pâles avec quelques petites taches livides à la malléole externe. Cyanose légère au niveau des orteils.

La peau a conservé son élasticité, Il existe un peu d’œdème localisé à la moitié externe de la région dorsale du pied.

Le pied qui, dans son ensemble, est déformé par une voussure très marquée de la partie tarso-métatarsienne mesure au niveau de la racine des orteils : circonférence, 16 cent. 1/2, La circonférence du cou-de-pied, 19 cent. 1/2. Lorsqu'on incise la peau du dos du pied, on constate que le pannicule adipeux est plus développé qu'à l'état normal, La graisse est fortement œdématiée, et laisse suinter une sérosité citrine très abondante. Il n'existe pas d'altération apparente des tendons extenseurs qui glissent normalement dans leur gaine. |

Les mouvements articulaires tarsiens et métatarsiens sont imparfaits, Les capsules sont épaissies. Il n'y a pas de liquide dans la cavité articulaire. Les cartilages articulaires épaissis par place sont amincis et érodés à leur partie moyenne. Cette lésion est surtout visible à la face inférieure du calcanéum et du scaphoïde, ainsi qu’à la face supérieure du deuxième cunéi-

forme.

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Le tissu osseux spongieux est, dans tous les os du tarse, infiltré de sanie violacée. Il s'en écoule un liquide à odeur de pus, limité au tüssu osseux dont la consistance est fortement dimi-« nuée.

Genou gauche. — Le genou est très volumineux. La circonférence mesure 28 cent. 1/2, au niveau de l'interligne articulaire du fémur avec le tibia. La peau est intacte, le tissu cellulaire sous-cutané n'est pas infiltré de sérosité. Tout le système ligamentaire est épaissi, formant autour des extrémités osseuses un manchon étroit: il en résulte une diminution sensible dans l'étendue des mouvements de l'article. I n'y a aucune adhérence synoviale. La séreuse est lisse ; il n'y a pas d’épanchementintra-articulaire, Pas d'altération du périoste. Les épiphyses, très augmentées de volume, sont revêlues, tant du côté tibial que du côté fémoral, d’un cartilage articulaire portant quelques rares lésions semblables à celles que nous avons indiquées pour le calcanéum et le scaphoïde.

La moelle osseuse est rouge, violacée et laisse écouler une sanie puriforme assez abondante, Le processus de désintégra-

tion a respecté le cartilage épiphysaire du fémur, tandis que le

cartilage épiphysaire du tibia a complétement disparu.

La rotule paraît intacte.

Extrénuté supérieure du tibia droit. — Augmentée de volume, mais moins qu'à gauche. Le cartilage articulaire présente une petite érosion à sa partie tout à fait externe, le carlilage épiphysaire est intact.

La moelle osseuse est congestionnée, nettement rouge, mais ne laisse écouler aucun liquide.

Index et médius droits. — Les deux doigts sont aplatis et

cet aplatissement est surtout apparent au niveau des premières

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phalanges. Les articulations de la première phalange avec la seconde sont très volumineuses. La peau semble intacte. Epaississement des tissus péri-articulaires.

Dans le médius, l’ostéomyélite est limitée à l'extrémité infé— rieure de la première phalange et à l'extrémité supérieure de la deuxième. Les cartilages articulaires sont intacts, et il nya pas d’épanchement dans l'article.

Dans l'index, même localisation avec, en plus, destruction partielle du cartilage de revêtement de l'extrémité supérieure

de la deuxième phalange.

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