TRAITEMENT
Si dans l’histoire du rhumatisme noueux des adultes et des, vieillards, on ne. rencontre que des contradictions et, en général, des avis complètement défavorables sur l’efficacité de tous les moyens thérapeutiques mis en usage, il n’en est pas de même pour les enfants, qui ne demandent qu’à s’améliorer-et subissent facilement une modification heureuse sous l’influence de moyens vainement essayés dans l’âge adulte.
Mais avant d’étudier la valeur spéciale de chacun d'eux, il convient de rappeler que l’enfant atteint de rhumatisme noueux, n’a pas seulement des lésions articulaires, des déformations et des déviations qu’il faut réparer, des atrophiés .musculaires et osseuses, dont il faut arrêter la marche progressive, mais encore, et surtout, un état général-mauvais, tenant à la plupart des influences étiologiques que nous connaissons.
’ Cette façon d’envisager le malade et non pas la maladie, doit nécessairement nous conduire à une thérapeutique complexe, générale et locale, qui demande à être appliquée avec 'méthode et suivant les indications spéciales des sujets.
- Les bons effets signalés sous l’influence de la médication iodée ne tiennent certainement qu’à l’action indirecte de ce
Daily rapporte 1
« Dans le rhumatisme noueux, l’électricité peut rendre de grands services et même amener la guérison.
- « Des trois modes d’électrisation,statique, faradiqueet galvanique, le dernier est celui, auquel on doit recourir de préférence, les deux premiers n’agissant guère que sur les muscles et la circulation des petits vaisseaux.
« La galvanisation a pour résultat :
« 1» De faire cesser très rapidement les douleurs ;
« 2" De faire disparaître les contractures ;
« 3 0 D’aider à la disparition des nodosités;
« Prolongée quelque temps, elle fait égalemenÇdisparaître l’atrophie des muscles et les paralysies.
« Le mode d’application est le suivant :
« Appliquer le pôle positif, représenté par une large plaque mouillée, sur la région cervico-dorsale (pour le rhumatisme des membres supérieurs), ou sur la région dorso-lombaire (pour le rhumatisme des extrémités inférieures). Plonger les extrémités malades dans un bassin de porcelaine plein d’eau légèrement salée, et à la température du corps.
« Enfin, mettre cette eau en communication avec le pôle négatif dë la pile au moyen d’une plaque métallique et d'un fil conducteur.
« Le courant doit avoir pour les enfants, une intensité de 8-12 unités environ (huit à douze milliampères).
« Les séances doivent être faites tous les jours au moins pendant le premier mois, et chacune d’elles doit avoir une durée de 10 à 15 minutes».
Nous avons ajouté à l’application des courants continus au niveau des articulations même, les courants intermittents le long des muscles contracturés et atrophiés.
Nous n’avons aucune expérience sur l’application de l’électricité statique. Ce qui ressort Clairement de cette étude et de l’observation détaillée des cas traités par cette méthode, c’est l’efficacité essentielle des courants continus à intensité plus ou moins grande, sur laquelle le professeur Lefort avait déjà insisté dans un mémoire présenté en 1871 à la Société de chirurgie, à propos du traitement des arthrites.
Il nous reste à mentionner le massage, comme moyen complémentaire, de l’application électrique, pour produire
la résorptioi
Ceux qui ont des perturbations dans les fonctions digestives se trouveront bien à Plombières et Royat.
Enfin les sources de Luxeuil (Haute-Saône) sont indiquées chez les jeunes filles rhumatisantes, atteintes de chlorose, franche et chez lesquelles l’approche' des règles pourrait faire éclore des états névropathiques divers : dans cette station, on dispose d’eau thermale saline excellente contre les manifestations rhumatismales, et on y trouve aussi une eau ferrugineuse puissante contré la chlorose.
Quant aux eaux de Vichy qu’on conseille souvent pour l’adulte: M. Jules Simon s’exprime ainsi :
« N’envoyez jamais les jeunes sujets à Vichy, même si leur affection porte sur les voies digestives, même si elle se complique de. congestion hépatique, de polycholie. Là où Vichy triomphe chez l’adulte d’une façon incontestable, il ne produit plus chez l’enfant, toujours plus ou moins anémique, qu’une action dépressive. »
Ajoutons à ce chapitre si intéressant de balnéothérapie française les quelques stations étrangères, dont l’efficacité ' contre le rhumatisme noueux est plus ou moins vantée par les auteurs : Toeplitz en Bohême, Herculesbad en Hongrie, R.agalz en Suisse, Nâuheim en Allemagne, Baden en Suisse et Baden en Autriche, Franzensbad en Bohême, Archendo en Espagne, Civita-Vecehia en . Italie. A défaut de stations balnéaires, les simples, bains sulfureux donnés à domicile ou à l’hôpital, comme nous l’avons fait pour nos malades, suffiront pour remplir l’indication purement topique dans le traitement du rhumatisme noueux.
N’oublions pas encore un moyen thérapeutique qui rend souvent de véritables services par l’action topique spéciale sur les jointures hyperplasiées et douloureuses ; ce sont les bains de sable chaud appliqués localement tous les jours pendant 10 à 15 minutes. Nous en avons retiré de grands bénéfices pour la malade qui forme l’objet de la XXV e observation. .
il îr
fille étaient déformées, ce dont elle ne s’était même pas aperçu.
Par contre, au moment critique (date à peu près exacte de la menstruation) nous assistons tous les mois à une -poussée pres¬
que aiguë (temp. 39", 38,6) de rhumatisme polyarticulaire durant 2, 3, quelquefois même 5 jours. Elle est alors prise presque d’une façon subite de fièvre, manque d’appétit, vomissement même, abattement, insomnie, douleur et immobilité des grandes . jointures (épaules, coudes, genoux), rarement des petites, qui sont le siège des déformations.
Cette observation est intéressante à plus d’un titre.
1“ Début du rhumatisme déformant à 10 ans, à la suite de troubles oculaires, probablement de nature rhumatismale ;
2° Etablissement insidieux et sans douleurs des déformations digitales;
3° Poussées subaiguês et aiguës de rhumatisme articulaire dans les grandes jointures à l’oecasion de chaque époque menstruelle remplaçant même complètement cette fonction congestive.
4° Déformations si caractéristique des articulations digitales et absence totale d’atrophie musculaire.
5“ Spasmes et tremblements fonctionnels dans les jointures déformées;
6° Asymétrie de là face et surtout atrophie osseuse du maxillaire inférieur.
Cette atrophie du maxillaire inférieur, qu’on a déjà signalée chez les tabétiques (Vallin, Luys, Lereboullet, Soc. méd- juillet 1879) et que nous avons retrouvée chez une seconde malade atteinte de rhumatisme articulaire chronique déformant,paraît tenir à un trouble trophique d’origine centrale.
7“ Richesse d’antécédents héréditaires d’ordre nerveux et arthritique : Rhumatisme aigu , acné, nervosisme (père) ; migraines, dyspepsie, nodosités (THelerden, goitre (mère); maladie de Basedow (tante maternelle) ; goitre (une autre tante) ; goutte et glycosurie (oncle paternel) ; rhumatisme polyarticulaire aigu avec èndo-péricardite (cousin); arthrite chronique, hystérie, zona (sœur ainée) ; migraines, nervosisme (sœur aînée également).
pothénar et surtout du thénar; les interosseux dorsaux sont atrophiés.
Les téguments de la face dorsale de la main paraissent avoir subi un léger degré de troubles trophiques : peau luisante sèche, légèrement pityriasique, sillonnée de veines nombreuses.
A la face palmaire au contraire, la peau est rosée, elle est ordinairement moite et froide ; l’enfant a d’ailleurs dés sueurs faciles au moindre exercice.
Les articulations métacarpo-phalangiennes forment des saillies très accentuées; épaississement notable dans tous les diamètres, non seulement par gonflement osseux, mais par hydar-
nièreS. Ôn reconnaît la présence du liquide à une dépressibilité spéciale dé l’interligne articulaire.
Les articulations phalango-phalanginiennes présentent dès saillies arrondies, sortes dé ganglions réductibles.
Lés extrémités ossèusès des phalanges sont gonflées.
mais il est manifeste que l’omoplate suit les mouvements du bras dès que ceux-ci dépassent une certaine amplitude.
Colon ne vertébrale. —. Elle ne paraît atteinte que dans sa portion cervicale: il n’y a aucune déformation, mais tandis que la flexion est facile au point de permettre au menton de toucher le sternum, l’extension de là tête est àu contraire extrêmement limitée.
Les mouvements dé rotation sont très petits, l’enfant les transforme en mouvements de flexion latérale peu prononcée elle-
Dans la région dorsale et lombaire, tout est normal.
Tête. — Rien dans l’articulation tèmporoùnàxÜMre.
s. — La voûte plantaire est ün peu affaissée,
Elles paraissent toutes plus ou moins enflées, mais c’est surtout les extrémités osseuses qui sont épaissies. Il n’y a pas d’hydarthrose et on ne perçoit pas non plus de craquements.
Dans toutes, les mouvements sont gênés, l’enfant tient ses genoux un peu fléchis ; on arrive facilement à l’extension complète, et encore ce n’est qu’au prix de vives douleurs qui sont prononcées lorsque la malade veut marcher.
Les articulations des doigts sont grosses par suite de l’épaississement des phalanges, les articulations métacarpo-phalangiennes des pouces sont dans le même état, ajoutons que sur tous les points malades, la peau a gardé son aspect ordinaire.
Les articulations des coudes et des genoux sont très gonflées, ce qui donne aux membres un aspect fusiforme.
Le traitement va consister en bains, sudation, électrisation et massage ; à l’intérieur, on donnera de l’arsenic.
15 janvier 1884. Les mouvements des bras et des mains sont beaucoup plus amples qu'au début ; à part cela, les articulations sont restées dans le même état; dans quelques-unes, on perçoit dès craquements.
Les muscles des jambes sont très atrophiés ; leur excitabilité est normale et lés réflexes tendineux sont conservés.
. Depuis quelques jours, et pour la première fois, est apparue
. laires.
La colonne vertébrale est partout complètement libre.
L’état général de l’enfant est du reste excellent.
. 21 avril. Amélioration très notable du genou droit et de quelques petites articulations ; les mouvements sont beaucoup plus faciles, ils ne réveillent pas de douleurs, mais le gonflement des extrémités osseuses est resté stationnaire.
10 septembre. L’enfant est partie pour Kostritz afin d’êtré soumise à un traitement par les bains de sable, nous ne connais-
Obsbkvation XXX (M. Daily).
Journal de Thérapeutique n " 14, 26 'juillet 1877.
rhumatisme articulaire qui,d’après les renseignements recueillis, pourrait appartenir à la même catégorie que celui que nous allons décrire. L’enfance de Frédéric fut extrêmement chétive
les mouvements communiqués, la gymnastique, les courants continus. Etat voisin de la guérison pour les grandes jointures, amélioration sensibles des petites ; résultats obtenus en deux mois de traitement.
Observation- XXXI (Prof. Vulpian). '
Clinique médicale de VMpital delà Charité, 1879, p. 57. Ohs. XVI.
. H. Henriette, 16 ans, giletière, entre le 1“ février 1877, salle Ste-Madeleine, lit n“ 2. Réglée depuis l’âge de 13 ans et demi et toujours d’une façon régulière.
n gonflement trè
laires et pour cette raison adressa le malade à M. le professeur Observation XXXlI (Thèse de M. Lacaze-Doré, 1882).
Les pieds qui, au début, auraient été contracturés, sont actuellement indemnes. Les autres articulations sont également normales : les poignets et les mains sont seuls .lésés. L’affeetion est absolument symétrique.
L’enfant souffre beaucoup de ses mains, aussi appréhende-telle le moindre contact; elle pousse des cris, dès qu’on veut la
une position telle que les mains ne reposent jamais sur le lit.
les extrémités phalangiennes semblent légèrement élargies, ce
qui tient à l’existence d’un œdème, avec rougeur très prononcé, ' ; à ceniveau. La pression est très douleureuse au niveau des points culminants des nodosités articulaires.
15 juillet. — L’enfant prend depuis une Huitaine dé jours,; deux puis trois grammes de salicylate de soude ; le médicament diminué très notablement la douleur; l’œdème a diminué aussi; les muscles paraissent moins rigides, mais les déforma -
ment enveloppées dans' de l’ouate et enduites de baume tranquille.
Le cœur ne présente aucune altération dans son rythme : lés bruits du cœur sont normaux.
Aucune altération des autres fonctions. "
Observation XXXIII (Lacaze-Doré).
Recueillie dans le service de M. le Z)' Jules Simon.
Marie Ritter, âgée de 13 ans èt demi, est entrée le 25 mai 1881,
à la salle Sainte-Geneviève, n° 28, service de M. Archambault.
Depuis le mois d’avril, elle se plaignait de douleurs vagues dans
lès jointures, surtout dans les mains, douleurs passagères mais
de plus en plus fréquentes, et d’une fatigue générale. La marche était quelquefois pénible, èt il lui arrivait parfois de ne pouvoir écrire ni coudre. Elle était déjà depuis trois ans dans un orphe-. linat à Neuilly, et là, n’avait cessé dé coucher dans un dortoir, hu mi de au point que l’hiver on voyait la vapeur d’eau condensée ruisseler le long des murs. De plus, elle portait souvent des fardeaux lourds, pour son âge, et avait parfois à tordre du lingè humide. Dans les premiers jours dé mai, les douleurs se sont localisées dans le poignet gauche qui est devenu le siège d’un gonflement assez notable, sans changement de coloration de la peau, sans mouvement fébrile intense. Un médecin appelé croit à une. entorse et prescrit des frictions avec du baume opodeldoch, puis quelques jours plus tard, des bains sulfureux. Le poignet droit se prend à son tour, puis, les articulations du cou-de-pièd se tuméfient et deviennent douloureuses; la malade est obligée de garder le lit. Dans cet état, elle est transportée aux Enfants
M. Archambault examine la malade, et dit à ses élèves : voilà un rhumatisme qui durera longtemps. Il prescrit des badigeonnages de teinture d’iode sur les poignets et sur les pieds, et à
libres. Lorsqu'on cherche à produire l’extension de la seconde phalange sur là première, on sent à la face palmaire le tendon fléchisseur qui se tend et devient saillant. Ces déformations des mains sont analogues à celles du second type décrit par M. le professeur Charcot.
articulation
produit depuis !
Ajoutons que
cavité postérieure; les articulations métacarpo-phalangiennes, celles des phalanges avec les phalangihes, et de celles-ci avec les phalangettes étaient tuméfiées, tes phalanges unguéales en flexion sur les secondes phalanges. Les parties molles des deux mains amaigries.
3‘ointares atteintes, soit le long des cuisses et des bras. — : parents l’emmènent chez eux dans le même état qu’à son i
M. Lacaze-Doré a complété dans sa thèse cette observât: dont voici les notes complémentaires :
« L’enfant, dont M. Stoïcesco rapporte l’observation, pas quitté à ce moment l’hôpital des Enfanls-malades ; elle passée de la salie Sainte-Catherine à la salie Sainte-Marie, elle a occupé le lit n° 33.
Là, elle a été observée jusqu’à la fin de 1874, par M, D'Arehambàult, et depuis le commencement de 1875, par M D'Jules Simon, qui a suivi l'évolution de la maladie jusqu mois d’avril 1877, époque à laquelle l’enfant a pu être envo; à l’hôpital de Forges.
Nous avons pu retrouver la feuille d’inscription sur laqui M. le D r Simon lui-même a consigné quelques notes sur
MrS
Aux membres inférieurs on observe des déviations aussi manifestes, quoique moins prononcées sur les divers segments intermédiaires aux articulations du pied, du cou-de-pied et du genou; le gros orteil a perdu sa forme et sa direction..
Mais l’aspect.physique des régions malades n’est pas seulement modifié.par ces déviations, elles sont aussi le siège de déformations des extrémités osseuses contiguës. Ces bosselures; dures et résistantes à la pression, ne s’accompagnent pas derongeur de la peau. Ce sont des nouüres multiarticulaires, apparentes surtout a la main et au pied, c’est-à-dire sur les petites articulations bilatérales d’ailleurs et nettement symétriques sur chaque segment homologue des membres supérieurs ou inférieurs. Il existe de la rétraction des tissus fibreux périarticu-' laires et des aponévroses, lésions qui, avec les déformations osseuses, contribuent à produire les déviations et les troubles de la motilité. De là ces craquements qui accompagnent tons
Les articulations des épaules, des coudes, des poignets, de tous les doigts, de même que celles des orteils, des cous-de-pied, des genoux et des hanches, sont augmentées dé volume, ankylosées dans la demi-flexion, douloureuses et le siège de craquements.
Par la palpation on perçoit à leur niveau une sorte de crépitement neigeux, dû à l’infiltration hyperplasique des tissuspériarticulaires.
Les articulations chondro-costales, vertébrales et stemo-claviculaires, sont en partie atteintes, et cette dernière est particulièrement tuméfiée du côté droit.
Les mouvements sont très limités et augmentent les douleurs,. qui sont, d’ailleurs, persistantes et plus accusées le soir.
atrophiée et les gonflements articulaires forment ainsi un con- La sensibilité générale parait intacte.
Les urines contiennent des traces d’acide Urique.
Le faciès de la malade dénote un état de souffrance et dé troublés profonds de la nutrition générale.
Antécédents héréditaires huis.
Antécédents personnels, quelques manifestations strumeuses.
(sans détails!.
Amélioration progressive.
Observation XXXVIir(Profésseur Sergiu de Bükarest).
« Spitalul» 1884, n° 12.