CHAPITRE II
« on le rencontre pourtant assez souvent en Egypte d’après « Pruner-Bey, aux Indes Orientales d’après Webb (dans ee « dernier pays il se complique souvent d’endopéricardite). » (Charcot.)
. Pour ce qui est du rhumatisme chronique, M.. Charcot signale sa fréquence eii Italie (Naples) ; Maleolmson aux Indes chez les Cypayes ; F. Rebatel et G. Tiraut (Lyon médi-
cal, 1874, n“ 13) en Tunisie ; enfin Peters (1) de Berlin, qui a étudié l'influence des climats sur la production des rhumatismes, arrive à ia conclusion, que les aggravations dans le rhumatisme articulaire chronique, coïncideraient avec les chutes considérables de la température moyenne d’un jour à l’autre, avec une atmosphère très humide, avec le règne des vents d’ouest et la forte proportion d’azote atmosphérique.
En somme, le rhumatisme chronique déformant abonde dans les pays tempérés, en Angleterre (2) principalement, en Irlande, en France, en Allemagne et dans toute l’Europe centrale.
M. Mathieu, qui a consacré sa thèse inaugurale à l’étude du rhumatisme noueux chez les jeunes sujets de 15 à 30 ans, a recueilli une partie de ses observations à la campagne, chez des meuniers, qui habitent dans le fond des vallées encaissées au milieu du brouillard, dans des maisons où l’on est toujours exposé à l’humidité. L’auteur pense que cette cause prolongée a une action évidente sur l’apparition précoce du rhumatisme.
Quant aux enfants, voici la répartition de nos cas suivant 'origine climatérique:
Etats-Unis (New-York). 1 cas
Canada (aux bords du lac Ontario). 1 —
Brésil (Rio-de-Janeiro). 1 —
Russie (cas consulté à Berlin). i —
Allemagne (Berlin, Munich). 2 —
M. Pelissié rapporte dans sa thèse (3) une communication orale de M. Brassac, médecin en chef de la marine, qui dit
(1) Peters. Ueber den Einflüss der hâuptsachlichsten Kliinatisehen Faktoren auf chronische Hheumatismen. (Berliner klinische wochen-'
(2) Nous ne possédons aucune observation d’Angleterre et de la Hollande, bien que ces pays soient, de i’avis de tous les auteurs les plus riches en rhumatisme noueux.
une statistique de H. Laneereaux portant sur i ie 208 cas observés par lui-même, publiée ai er dernier (2).
Le petit nombre de cas nous fait faire des réservés au point de vue des conclusions que nous devrions formuler. Néanmoins, si incomplète qu’elle soit, cette statistique montre que le rhumatisme noueux a une fréquence uniforme à toutes les étapes de l’enfance, depuis le sevrage et la première dentition jusqu’à la puberté.
Les diverses phases physiologiques par lesquelles passe l’enfant paraissent se partager d’une façon égale, le rôle étiôiogique dans la production, ou le réveil de cette manifestation diathésique.
Sexe. — Le tableau de nos cas indique sur 38 malades, 24 filles, il garçons et 3 dont le sexe n’èst pas indiqué dans
.d’hygiène.
Cetteprédominance dépendincontestablementdes influences répétées, auxquelles se trouve exposé l’être féminin depuis l’âge le plus tendre jusqu’à la vieillesse, par les congestions si fréquentes de l’appareil utérin.
« L’arthrite déformante, dit Laneereaux (3), est presque « toujours en rapport avec un acte physiologique, la puberté, « la suppression de la menstruation, les excès vénériens, la
logue procédant des mêmes causes prédisposantes : vive con-
Entre ces deux points polaires de la vie génitale, la femme est exposée à chaque époque menstruelle, à chaque époque gravidique (1), après chaque parturition (2) et à l'occasion des excès de coït, etc., à voir son utérus s’enflammer par repullulation et propagation des microorganismes, qui se trouvent normalement dans la cavité vaginale (streptocoque, staphylocoque, gonocoque et même bacille de Koch),
Ce réveil de la vie microbienne est presque toujours favorisé par un refroidissement, une mauvaise hygiène, de la fatigue exagérée et souvent par un traumatisme quelconque direct ou indirect. La métrite ainsi constituée, ou même simplement la congestion physiologique de l’utérus, tant soit peu exagérée, est une cause fréquente de rhumatisme articulaire soit aigu, soit chronique.
W. Ord (3), qui insiste spécialement sur ce rôle étiologique des congestions utérines, menstruelles ou pathologiques, dans le rhumatisme, conclut « que l’utérus inflammé agit sur « les articulations par l’intermédiaire du système nerveux et « celapar voie reflexe. »—M. le professeur Verneuil, professe une théorie absolument identique sur l’influence des traumatismes. La présence d’un agent infectieux dans le rhumatisme aigu, joue le même rôle sur les tissus, qu’il atteint par effraction ou par une porte d’entrée quelconque, en réveillant la diathèse.
Hérédité. — Le rôle prédisposant de l’hérédité dans le’ rhumatisme, ressort d’une façon très évidente de toutes les recherches cliniques et statistiques faites jusqu’à ce. jour, au moins pour les formes chroniques et surtout pour la polyarthrite déformante.
Sur 45 cas de rhumatisme noueux, Trastour a retrouvé le rhumatisme, 10 fois chez les ascendants et 3 fois chez les descendants.
(1) Thèse de Mercier 1888. Arthrite de la grossesse.
(SjMéin. sur les coïncidences path. duRh. chronique par Corail, mém. Société de Biologie, obs. II, p. 6.
Charcot parle d’une femmeatteinte de rhumatisme noueux, dont la fille et la petite fille éprouvaient déjà des douleurs dans les petites jointures. Cet auteur considère du reste, hors de doute, la transmission héréditaire du rhumatisme noueux et déclare, pareillement à Garrôd, que ses observations personnelles lui permettent d’établir aussi l’hérédité du rhumatisme d’Keberden. Pour le rhumatisme chronique partiel, il ne se prononce pas, faute de documents. (Charcot, Leçons de Vieillards, p. 222.)
M. Crèvecœur qui passe en revue les diverses observations de Charcot, Vergely, Vidal et Colombel, en voulant se rendre compte de la valeur de ces documents au point de vue de l’influence héréditaire, s’attache à démontrer que les indi-
Tuberculose puln
Toutes ces circonstances morbides, que nous retrouvons chez les ascendants et qui sont également signalées par Charcot, Besnier, Lancereaux, Crèvecœur, etc., prouvent que le rhumatisme noueux se développe le plus souvent sur un terrain prédisposé; mais c’est chez l’enfant surtout que ' -'^taire se manifeste plus clairement et s les plus importants dans l’étiologie de ieupe. Contrairement aux assertions de i refuse à cette époque de la vie, l’aptiolution diathésique, nous croyons que t se développer d’autant plus facilement
de parents
chez les jeunes sujets et chez les enfants issus rhumatisants, goutteux, diabétiques, nerveux, etc.
Les chiffres que nous trouvons à cet egard dans une statistique de M. Syers du Westminster Hospital à Londres (1), démontrent que l’hérédité du rhumatisme est plus marquée chez les sujets âgés de moins de 20 ans. Dans cette statistique qui fournit l’analyse de cinq cents cas de rhumatisme dans leur rapport avec l’hérédité, deux cent vingt-cinq cas se rapportent à des enfants ; et comme la proportion moyenne des cas héréditaires pour tous les âges est de 38,6 0/0, celle des enfants, qui est plus grande, surpasserait de beaucoup ce chiffre.
La statistique de nos cas nous fournit au point de vue héréditaire un taux à peu près égal.
Pour mieux fixer les idées sur ce point, nous allons donner ici une de nos observations se rapportant- à un cas type de transmission héréditaire :
Observation XX (Personnelle).
La nommée V... Marie, âgée de 22 ans, sans profession, entre à l’hôpital de Rothschild, dans le service de M. le D'A. Weill, le 19 mai 1890, pour un ensemble de symptômes que voici :
Goitre très accusé et uniformément développé sur les. deux lobes de la glande thyroïde datant depuis un mois; tachycardie
espace à 10 centimètres du bord sternal, hypertrophie gauche) ; le pouls varie entre 110 et 140. Elle a fréquemment des tremblements généralisés, durant cinq, dix et même quinze minutes, cauchemars épouvantables pendant la nuit, susceptibilité très grande, caractère excessivement variable; accès de rire, de pleurs et de tristesse. Diarrhée profuse durant six à huit heures et suivie de constipation pendant plusieurs jours. A côté de tous ces symptômes, qui dessinent bien le tableau de la maladie
douleurs dans les deux genoux, dans l’épaule droite èt surtout '
dans l’articulation des doigts. Les deux petits doigts (auriculaires), l’annulaire gauche et l’indicateur droit présentent à des degrés différents le second type de déformation décrit par M. le
phalango-phalangiennes des deux auriculaires il y a manifes tement des craquements. Dans le genou gauche un peu de liquide.
Un mois auparavant la malade avait déjà fait un séjour à l’hôpital (salle des femmes, lit n f ' 15} pour un hygroma développé spontanément et guéri au bout de trois semaines. Quelques semaines avant, elle dit avoir eu encore une forte douleur dans la nuque avec torticolis droit, durant quelques jours. Elle fait remonter ses diverses douleurs articulaires et surtout celle des doigts vers l’âgé de 17 ans, époque à laquelle elle fut réglée pour la première fois. En tout cas c’est par les articulations des doigts qué l’affection avait débuté.
Cette première menstruation s’accompagna du reste d’une chlorose qui dura près d’un an.
A côté de tous ces symptômes, la malade atteinte l’hiver dernier de l’épidémie régnante (grippe) eut consécutivement durant plusieurs semaines, dès douleurs et des bourdonnements dans les oreilles, sans aucune espèce d’écoulement. Ce dernier symptôme revenant depuis, presque régulièrement aux époques menstruelles, ne cède à aucun traitement soit local, soit général et paraît dépendre d’une congestion de la membrane du tympan, d’origine également rhumatismale (1),
Les antécédents héréditaires de cette malade sont particulièrement intéressants et forment un tableau excessivement riche, où l’on voit tour à tour alterner et se croiser, le rhumatisme sous toutes les formes ; l’hystérie, le goitre exophthalmique, les dermatoses les plus variées, etc.
Mère, a eu plusieurs fois du rhumatisme articulaire aigu et
Père, se porte bien.
Frère aîné, bronchitique et a souvent la voix couverte (laryngite).
Sœur aînée. Très nerveuse, a en à différentes reprises des
(U Le Dr Cornélius Williams de St-Pauls (Etats-Unis) nous a relaté personnellement plusieurs faits semblables, qu’ü attribue généralement au « Rheumatic Poison » et nous annonce un travail qu’il pour-
de température avec sueurs profuses, tremblements des membres, vertiges, étourdissements et syncopes même. Tuméfaction notable et quelquefois passagère du corps, thyroïde. Hémoptysies fréquentes, survenues pour la première fois il y a cinq ans, à la suite de la mort de son père (émotion). Aucune trace de lésion pulmonaire. Épistaxis et ménorrhagies fréquentes. En outre la malade présente des plaques d’anesthésie complète sur les membres du côté gauche. Elle n’a jamais eu de crise franche d’hystérie, mais son caractère est très variable et capricieux; elle a souvent des accès de rires et des pleurs, des cauchemars, une susceptibilité exagérée, une loquacité extraordinaire, etc.
profession, sont excessivement nerveuses et Tune d’elles a un léger degré d’exophthalmie et des palpitations fréquentes.
A côté de l’influence héréditaire et indépendamment d'elle, se placent comme agents étiologiques une série de phénomènes morbides dépendants de ce qu'on est convenu d'appeler constitution et tempérament individuels.
Nous ne ferons que les signaler ici, nous réservant pour le chapitre symptomatologique d’énumérer et de discuter les coïncidences pathologiques.
Entériné général, la scrofule, le lymphatisme et tous les états débilitants, précèdent chez nos petits malades l’éclosion du rhumatisme noueux. Mais ces indications étant trop vagues, voici la liste détaillée de cos manifestations :
L’influence de la chlorose sur le développement du rhumatisme noueux, ne peut pas entrer en ligne de compte ehez nos malades, vu que cette affection est rare chez les enfants
avant la puberté, malgré les affirmations contraires de Sauvage (1), Hufelaud, Marshall-Hally, Jolly, Cabaret, Gèzin (de Gand), et plus particulièrement de Nonat,
L’arthritis chlorosi de Musgrave ne se retrouve pas dans
Deux de nos malades (cas de Daily et cas de Séné), ont eu quelques mois avant l'apparition du rhumatisme, le premier, le croup, le second, Vangine diphtéritique, Enfin Xallaitement irrégulier ou vicieux, est signalé six fois dans nos obser-
de cas, l’indication de cette
i nombre
‘ Moncorvo rappelle qu’à Rio-de-Janeiro, comme d’ailleurs dans beaucoup d’autres villes, « les terrains bas n’ayant pas « la pente nécessaire à l'écoulement des eaux pluviales, les h rues, les maisons privées d’air, constituent une source péril manente d'humidité et une calamité qui afflige presque « sans exception la classe indigente ». De là, les cas nombreux de rhumatisme, que l'auleur constate dans les statistiques de la capitale du Brésil. Guéneau de Mussy insiste (t) sur l’insalubrité des murs due au développement cryplogamique, que Moïse avait déjà caractérisé dans un chapitre du Lévitique, sous le nom de lèpres des maisons. 11 croit même que ces productions cryptogamiques exercent une influence directe sur le développement du rhumatisme.
Quoi qu'il en soit, le froid et l’humidité ne constituent en somme que des causes adjuvantes d'une importance assez grande mais pas indispensables à la production de l’arthrite noueuse. Mais à côté de la question des habilalions froides et humides se placent les professions qui exposentà l'humidité. Il est vrai que la plupart de nos malades n’ont point encore de profession ; ce qui n’empêche pas de prendre en considération ce point étiologique, quand il s’agit d’enfants pauvres, qu’on fait travailler de bonne heure.
Il nous reste à ce propos, à dire quelques mots de l’influence étiologique du traumatisme et de l’abus fonctionnel désarticulations. Dans le cas communiqué par M. Séné, l’origine de l’affection remonterait à une chute sur le genou, chose qui, du reste, n’est pas sans précédent, car M. Charcot cite l’histoire d’une femme atteinte de rhumatisme noueux, ayant débuté par l’épaule droite, qui avait été fortement contusionnée à une époque antérieure. 11 cite également le fait d’une femme de la Salpêtrière, chez laquelle un panaris développé sur l’un des doigts de la main, marqua le début d’un rhumatisme noueux, qui commença par les jointures les plus voisines du point malade. Des faits semblables ont été signalés par le Professeur Potain (2), faits qui méritent d’être reproduits.
(G Clinique médicale, 1874, t. I, p. 305.
(2) Gazette des Hôpitaux, i878, n«26, p. 201.
1” Jeune fille qui fut prise à la suite de tavulsion d’une dent, d'une douleur presque subite dans le muscle sternocléido-mastoïdien, du côté correspondant à celui de la dent arrachée, douleur qui passa quelque temps après dam le sterno-cléido-mastoïdien de l'autre côté, puis de là, à l’épaule.
2° Jeune garçon qui, ayant une plaie à la jambe, fut pris, à la suite cCun refroidissement, dun accès de chorée qui se manifesta plus tard mec tous les caractères de la chorée
Enfin signalons encore le fait rapporté par M. Mollière (de Lyon) d’une femme de 29 ans qui, à l’âge de 12 ans, ayant fait une chute sur le genou, vit se développer une arthrite chronique qui récidiva depuis très souvent; et celui du D'W. Ord (cité par Dyce Duekworth) (1), relatif à une polyarthrite survenue, à la suite d’un traumatisme d’une articulation métacarpo-phalangienne. L’auteur explique le ' fait, par un réflexe allant exciter le centre commun des articulations. Dans l’observation due à M. Potâin (où le rhumatisme noueux avait débuté à l’âge de 10 ans), le malade exerçait la profession de peintre sur verre, et se servait, paraît-il, de petits