C. Laryngite, Angine
Situé entre le pharynx et les bronches, qui peuvent simultanément ou séparément s'enflammer pendant le cours d'un rhumatisme articulaire aigu, le larynx n'est pas à l'abri des mêmes influences. Chomel ' avait attiré l'attention sur les aphonies qui surviennent parfois dans le cours du rhumatisme, mais sans citer à cet éuard aucun lait positif. Mais dans la majorité des cas, la laryngite ne se présente chez les rhumatisants, que comme une extension de la phlegmasie bronchique ou pharyngée.
L'œdème de la glotte a été quelquefois indiqué comme une conséquence du rhumatisme '.
' Choiiiol cl IUn|iiin, Clin, méd-, p. ÔOl.
^ Sestier, Traiti' de l'angine laryngir cedémotruso, p. 105 ; iSMtî.
L'angine rhumalismale, signalée par StolP pour la première fois, a été décrite par un grand nombre d'observateurs contemporains. Elle précède habituellement les autres phénomènes et signale chez plusieurs rhumatisants le début d'un accès. Après avoir éprouvé pendant vingt-quatre ou quarante-huit heures un mal de gorge violent, une dysphagie extrême, le malade sera pris d'un torticolis, d'une douleur articulaire ou musculaire, tandis que les phénomènes pharyngiens auront disparu. Si Ton examine l'arrière-gorge au moment de l'acuïté des symptômes, on voit une rougeur érylhémateuse occuper l'intérieur du pharynx et le voile du palais; la luette est souvent œdématiée; les amygdales sont quelquefois enflammées.
Nous ne croyons pas utile de nous étendre plus longuement sur ce point, qui est presque étranger à notre sujet.
I). Phthisie pulmonaire.
La phthisie arthritique ou calculeuse , admise par Morton*, Mnsgravc^ Barthez/ et Portai'', a été acceptée par Bayle'^, qui la considère d'ailleurs comme un fait
1 Stoll, Rat. mo.d., t. l. — Bouillaud, Op. cit., p. 2-48. — Raphaëlian, Quelques considérations sur la nature des angines pharyngiennes. Thèses de Paris, -1862, n° 92. —Trousseau, Clin. méd. de VHôtel-Dieu, t. I, p. 322. — Fernet, Thèses de Paris, p. G2 ; 1865.
2 Plithisiologia, cap. vi et xi.
^ Op. cit., cap, XII.
* Op. cit., liv. III, cap. v.
^ Obs. sur la nature et le traitement de la phthisie pulm., 1809.
' Rech. sur la phthisie pulmonaire.
très-exceptionnel, et par Frank ' qui l'atLi'iijuo au dépôt d'iiiie matière tophacce dans les poumons.
On ne peut allachei', selon nous, aucune importance sérieuse à la manière de voir des auteurs que nous venons de citer. Eiïectivement, la plupart des faits qui ont servi de base à leurs opiuions a[)partiennent à la goutte plutôt qu'au rhumatisme. D'ailleurs, les travaux de Bayle lui-même, et surtout ceux de Laënnec, ont tellement moditié nos idées à l'égard de la phthisic pulmonaire, qu'on ne peut accepter que sous Lénétice d'inventaire les observations qui remontent au-delà de cette époque.
Si nous admettons, malgré tout, que les malades de Morton, de Musgrave et de Barthez étaient bien réellement atteints de ces deux affections à la fois, la question n'aura pas fait un seul pas de plus. Qu'un rhumatisant devienne phthisique, qu'un phthisique devienne rhumatisant, est-ce sur de pareilles coïncicidences qu'on aurait le droit d'établir une corrélation entre deux maladies aussi communes? On trouve des dépôts crayeux dans les poumons; mais le tubercule n'est-il pas apte à subir la transformation calcaire? Il faut balayer le terrain de la pathologie de toutes ces notions vagues qui l'encombrent, et qui ne peuvent supporter l'épreuve d'une critique rationnelle.
Une opinion diamétralement opposée et fondée, cette fois, sur des chiffres, a été soutenue par Wunderlich*. Sur 108 malades atteints de rhumatisme articulaire aigu, il n'a observé qu'un seul cas de tuberculisation
' Palhol. inicrnc.
- Op. cil., Uaiid IV, [). G13.
pulmonaire. Il cite d'ailleuFS Hamernjk comme ayant démonli'é que la luberculisation est exceptionnelle dans les familles où le rhumatisme aigu est héréditaire.
Cependant cette manière de voir est peut-être exagérée à son tour. M. Charcot a vu le rhumatisme articulaire chronique lié à la phthisie dans quelques cas'; et M. Danjoy, à la thèse duquel nous empruntons ces détails, a observé deux cas de rhumatisme articulaire aigu compliqué de phthisie '. Tout récemment encore, Kussmaul a publié un cas de luberculisation miliaire compliqué d'un rhumatisme articulaire aigu '.
Nous croyons donc que les faits ne justitient ni l'une ni l'autre de ces deux opinions contradictoires, et que, jusqu'à nouvel ordre, il ne faut admettre ni la corrélation ni l'antagonisme de la phthisie et du rhumatisme articulaire.
§ lïl. — Système nerveux.
Nous aurons à étudier, dans ce pai-agraphe :
A. Les affections cérébrales ;
B. Les affections spinales;
C. Les névroses, qui, de près ou de loin, paraissent se relier au rhumatisme articulaire aigu.
A. Affections cérébrales dans le rhwnalisme articulaire aigu.
Sous le nom de méningite rhumatismale (Requin), de rhumatisme cérébral (Hervez de Chégoin, Gubler), on a
1 Thèses de Paris, 18S3 ; p. 40.
* Thèses de Paris, 1862; p. 43.
' CanstaWs Jahresbericht, 1864; p. 59,
désigne les perturbations fonctionnelles variées et presque toujours redoutables qui peuvent survenir inopinément dans le cours ou au déclin du rhumatisme articulaire aiiïu, et dont le cerveau et ses enveloppes paraissent être le siège principal.
Si, dans les auteurs anciens, on rencontre quelques passages qui semblent se rapporter à ce sujet, on ne saurait accorder à ces indications une valeur scientifique réelle. D'une part, le rhumatisme et la goutte, et presque toutes les affections des jointures ont été longtemps réunis sous le nom d'arthritis ; d'autre part, les accidents cérébraux du rhumatisme ont été confondus, sous le nom d'apoplexie ou de phrénitis, avec d'autres affections encéphaliques.
Il faut donc adopter, comme point de départ, l'époque où le rhumatisme a été nettement séparé de la goutte ; c'est seulement à partir de ce moment qu'on peut tenir sérieusement compte des observations rapportées par les auteurs.
Boerhaave et son illustre commentateur sont les premiers qui aient nettement signalé les troubles encéphaliques du rhumatisme. Stork, Stoll, Hoffmann et plusieurs autres médecins du dix-huitième siècle ont rapporté des faits de ce genre, dont l'authenticité ne peut être révoquée en doute. Cependant, il faut en convenir, les observations positives sont en petit nombre dans les écrits de ces auteurs, et c'est plutôt par la lecture attentive de leurs ouvrages, qu'on peut se convaincre qu'ils connaissaient indubit:d3lement les accidents cérébraux du rhumatisme articulaire. Depuis le commencement du siècle présent, plusieurs écrivains, dont il nous paraît
inutile de dresser ici le catalogue, ont publié, sous divers titres, des observations d'encéphalopathie rhumatismale. Mais c'est seulement depuis l'apparition du mémoire de M. Hervez de Ghégoin (1845), que cette question a été étudiée d'une manière spéciale \
L'histoire de ces accidents, malgré l'importance des travaux dont ils ont été l'objet, est encore très-incomplète et ne saurait être tracée d'une façon dogmatique. L'esquisse que nous allons en présenter est fondée sur l'analyse de soixante-neuf observations , empruntées pour la plupart aux auteurs modernes, et dont trois sont encore inédites. Nous devons la communication de ces documents importants à M. Charcot, qui en a rigoureusement écarté les observations incomplètes ou peu probantes, pour n'admettre dans son travail que des faits bien établis. Nous avons puisé, en outre, d'utiles renseignements dans un intéressant Mémoire de MM. Ollivier et Ranvier, qui a récemment été couronné par l'Académie de médecine, mais qui n'a pas encore vu le jour. Nous avons enfin consulté les publications plus récentes de MM. Griesinger, Lebert et Gintrac. Sans doute, il aurait mieux valu résumer tous ces documents et les fondre dans une masse commune ; mais le temps nous a
' Il nous suffira de citer les noms de MM. Burrows (1846), Watson, Latham, Stanley, Todd (1850),Stokes, Seymour, Fife (18G0) et Fuller, en Angleterre; de MM. Griesinger (1860), I.et)ert (1860) et Oppoizer, en Allemagne; de MM. Gosset, Valleix, Bourdon (t8;i2), Vigla ('18o3), Mesnet (1855), Marrolte, Aran, Gul)ler (1857), Sée, Trousseau et Gintrac, en France, |)Our montrer les progrès rapides que la science a réalisés à cet égard depuis vingt ans. Pour de plus amples détails, nous renvoyons à la tlièse de M. Girard (Paris, 1862, n° 19j, dans laquelle la partie' historique de la question est traitée avec un luxe de renseignements qui ne laisse rien à désirer.
manqué pour le faire. Contentons-nous donc de les comparer entre eux et de les contrôler les uns par les autres.