FOLIE
Nous avons déjà parlé de la folie rhumatismale ; nous nous proposons seulement ici de rappeler les rapports qui unissent, au point de vue de l'hérédité, le rhumatisme articulaire aigu à l'aliénation mentale.
' Rilliel clliarliiez, op. cit., t. Il, p. 5ri9.
^ West, op. cit., Ir;ul. allemanihMlc \Vof,'iier, p. \[\\).
NKVRALGIES VISCÉRALES.
Nous inarquons ici la place des viscéralgies , que plusieurs auteurs attribuent au rhumatisme : telles seraient, par exemple, l'hépatalgie, l'entéralgie et la gastralgie rhumatismale; celte dernière sera étudiée plus loin '.
§ IV. — Appareil digestif.
Nous étudierons dans ce paragraphe : A. les affections de l'inleslin ; B. du péritoine; C. du foie; — quiserattacheni au rhumatisme articulaire aigu. Nous parlerons dans un autre endroit delà c/î/spepsie rhumatismale.
A. Affecliuns de V intestin ; entérite, dysenterie rhumatismale.
La constipation, symptôme habituel du rhumatisme articulaire aigu, est quelquefois remplacée par une diarrhée plus ou moins intense et opiniâtre. Il n'est pas très-rare de voir des accidents intestinaux plus graves encore se déclarer, dans les mêmes circonstances, sans qu'aucune influence extérieure puisse être incriminée ; ils prennent alors décidément les caractères de l'entérite aiguë. Ces accidents paraissent pouvoir être légitimement l'attachés à la même cause que les douleurs articulaires, c'est-à-dire qu'ils dériveraient directement, comme celles-ci, de l'influence rhumatismale. Les observations les plus satisfaisantes à cet égard sont ici,
1 Coiisiillcz I.aboulbcne, Des névralgies viscérales, Ihcse de concours pour l'agrégation en médecine. 18G0.
comme partout ailleurs, celles où les symptômes abdominaux et les douleurs articulaires se produisent alternativement dans le cours d'un même accès'. Les deux ordres de symptômes, se remplaçant ainsi mutuellement à diverses reprises, semblent témoigner de leur affinité, et déceler une origine commune. Tout au moins paraîtil peu naturel, en l'absence de toute cause étrangère appréciable, d'attribuer leur association au hasard, à une coïncidence fortuite. La relation intime et l'origine commune des deux ordres d'affections se montre d'une manière moins saisissante, mais paraît cependant encore fort probable, lorsque l'affection intestinale précède immédiatement l'accès de rhumatisme articulaire aigu ^ ou lui succède, ou même lorsque les symptômes arthritiques ou gastro-entériques coexistent et marchent de concert, sans paraître s'intluencer réciproquement'. La maladie, dans tous les cas de ce genre, ne semble jamais avoir une issue funeste; les symptômes sont ceux de l'entérite catarrhale pure, à savoir : dévoiement glaireux, coliques plus ou moins vives, quelquefois accompagnées de ténesme, ballonnement notable du ventre sans tension exagérée des parois abdominales, etc.
L'inflammation ulcéreuse , subhémorragique et tormineuse du colon, en d'autres termes la dysenterie, peut, au même titre que l'entérite catarrhale pure, mais plus rarement que celle-ci, se trouver bée au rhumatisme articulaire aigu*.
• Grifoiilhière, De l'entérUf rhumatismale , et Journal des conn. médico-chiruryicales, 1841, p. 19; obs. 1 et V. « Ibid., obs. VU.
3 Chomcl et Hcfiuin, loc. cit., p. 593 ; obs. XXIV et XVII.
Stoil a été fréquemment témoin de ia coexistence de l'arthrite rhumatismale avec la dysenterie chez un même individu; il avait remarqué expressément que souvent alors les deux affections alternaient, celle-ci disparaissant plus ou moins brusquement pour faire place à cellelà, et réciproquement '. Mais, à l'époque où ces observations ont été faites, la dysenterie sévissait d'une manière épidémique et frappait un grand nombre d'individus non atteints de rhumatisme. Il est, par conséquent, fort difficile de décider si, dans les cas de rhumatisme articulaire avec dysenterie observés par Stoll, l'affection du colon était bien réellement subordonnée au rhumatisme, ou si, au contraire, créée de toutes pièces par la cause épidémique, elle ne constituait pas tout simplement une complication pour ainsi dire accidentelle. Le terme dysenterie ne correspond pas à une unité morbide : il embrasse plusieurs affections distinctes, qui, en l'éahté n'ont en commun que l'inûammation ulcéreuse du colon, avec les symptômes particuliers qu'elle provoque. De ces affections, les unes peuvent se montrer épidémiquement, et paraissent produites, tantôt par certaines intempéries des saisons, tantôt par une intoxication miasmatique; les antres, toujours sporadiques, se développent spontanément en apparence, à titre d'affections secondaires, dans le cours de maladies bien déterminées, telles que la diathèse purulente, la fièvre puerpérale, la maladie de Bright, le typhus, etc. C'est à la dernière catégorie de faits qu'il convient de rattacher la dysenterie rhumatismale proprement dite.
* Ratio medendi, part. III, cap. iv, § 4.
li. l'érilonile.
Nous ne nous proposons point d'étudier ici les péritonites occasionnées directement par le froid, qui, comme on le sait, est l'une des causes les plus fréquentes de celte phlegmasie séreuse ^ Nous rappellerons seulement que depuis StoU on a souvent signalé des cas de péritonite survenue dans le cours d'un rhumatisme articulaire aigu. On a même été jusqu'à lui attribuer la production d'une ascite dans certains cas. Mais nous avons surtout pour but de signaler les intéressantes observations que M. le docteur Chauffard^ a consignées dans un rapport extrêmement remarquable sur la constitution médicale de l'année 1862.
11 s'agit de péritonites partielles, franchement aiguës, toutes survenues chez la femme, localisées surtout vers le bassin, de pelvi-péritonites, pour employer l'heureuse expression de M. Bernutz. Le nombre de ces maladies, dans le courant de l'année, s'est élevé à onze ou douze. Aucune de ces observations ne portait sur des filles livrées aux excès sexuels, affectées de lésions spécifiquesou phlegmasiques des organes génitaux; aucune n'était récemment accouchée. Toutes ces pelvi-péritonites se montrèrent chez des femmes adonnées ù des travaux pénibles, subissant souvent des fatigues excessives, exposées aux intempéries saisonnières.
L'invasion était le plus souvcul brusque et succédait
' Consiillez à cet égard Sloll, A'a^ vied. et C.ollsohalk, Uarstellunij der liheumatischcn h'rankheiten. Koln, 1845.
" Arch. ijcn. de mi-decine, 18G3,l. I, p. 6C5.
immédiatement à l'impression extérieure du froid. Survenaient ensuite de vives douleurs dans le bas-ventre, accompagnées de vomissements, et rendant impossible la station verticale.
A l'examen local, tension abdominale, tympanite plus ou moins prononcée et plus marquée vers la région sous-ombilicale ; la pression la plus légère vers ces points réveille d'excessives douleurs. Cette pression laisse percevoir, au centre même de la région douloureuse, une tumeur nettement circonscrite, d'une douleur excessive au toucber, et par conséquent cai'actéristique de la pelvi-périlonite, comme l'a si bien démontré M. Bernutz. Ces symptômes locaux s'accompagnaient de fièvre vive, avec chaleur à la peau. Les phénomènes généraux étaient peu accusés.
Cette affection, grave en a[)parence, a toujours cédé à untraitementémollient et à l'emploi d'une révulsion puissante (larges vésicatoircs sur le bas-ventre). La tumeur péritonéale s'etfaçait dans tous les cas si complètement, qu'il devenait bientôt impossible d'en retrouver la trace.
Il n'a donc jamais été donné à M. Chauffard de constater à l'autopsie la nature des lésions. Cependant, aux symptômes de cette affection, on reconnaîtrait, d'après lui, l'existence d'une pelvi-péritonite. Cette maladie, évidemment développée sous l'influence du froid humide, est-elle de nature rhumatismale? Le fait suivant, qui est malheureusement resté seul, tendrait à le prouver. Chez une de ces malades, vers le quatrième jour de la maladie, en même temps que s'apaisaient les douleurs abdominales, se manifestèrent des douleurs articulaires dans les genoux et les articulations tibio-tarsiennes:
deux jours plus tard, ces douleurs s'apaisaient, et la pelvi-péritonite reprenait son cours.
Sans partager entièrement les convictions de l'auteur, nous croyons bien faire en renvoyant le lecteur à cette description si vive et si colorée, et que nous affaiblissons en l'analysant.