C. Affections du foie; ictère rhumatismal
L'ictère n'a pas été souvent noté parles observateurs, dans les conditions qui nous occupent; car la lièvre rhumatismale bilieuse de StoU n'est autre chose qu'un rhumatisme articulaire aigu, dans lequel le faciès du malade lui fait supposer que la maladie est d'une nature bilieuse, et qu'il traite avec succès par les évacuants. Loin d'être ictériques, les malades en question ont le visage fortement coloré.
On pourrait cependant trouver la première indication de l'ictère rhumatismal dans un passage deBianchi'. Mais c'est surtout à M. le professeur Monneret qu'on doit la connaissance de cette complication, qu'il a eu quinze fois l'occasion d'observer, et qu'il décrit, dans ses cours, sous le nom de rhumatisme du foie. 11 signale dans cette complication un accroissement du volume du foie, facile à constater par la percussion, et qui s'accompagne d'un mouvement fébrile le soir, qui augmente la force du rhumatisme et de sueurs abondantes. Il attribue ces phénomènes à une congestion hépatique.
' Blanchi, Hisloria hcpaiica, 1. I, p. 318. — Slrcnui vinipot* fréquenter ventriculi lau^'uoribus, aut coiiois , aut articularibus affectibus corripiunlur, quos tamcn his omnibus non rarù solutos vidinnis per siibitum salularem icterwn.
M. Baillet*, qui, dans sa thèse, a réuni dix observations de ce genre, a noté trois t'ois l'existence d'une affection de cœur chez ses malades. Il ne lui a pas été donné de constater la congestion du foie.
Dans le travail que nous venons de citer, M. le docteur Chauffard a rapporté un cas d'hyperémie hépatique avec vomissements bilieux, qui, après peu de jours, s'est transformé en un rhumatisme articulaire aigu. Laguérison s'est franchement opérée.
Du reste, tous les observateurs sont d'accord pour regarder cetaccident comme d'un pronostic peu sérieux : il ne motive aucune thérapeutique active.
Les affections organiques du foie peuvent-elles re^ connaître parfois une cause rhumatismale? Sous l'influence d'une maladie cardiaque primitivement développée sous l'influence rhumatismale, le foie peut sans doute subir de profondes altérations, mais rien ne démontre encore que le rhumatisme puisse directement agir sur ce viscère pour le désorganiser.
§ V. — Appareil urînaire.
Nous avons déjà eu l'occasion de nous expliquer sur la néphrite rhumatismale, et nous ne croyons pas avoir à nous occuper ici de la gravelle, qui appartient plus spécialement à l'histoire de la goutte. Nous n'avons pas à parler non plus de la blennorrhée rhumatismale, qui est
' Thèses de Paris, i8G2. bans un travail inséré dans VUnion médicale (le la Gironile (juillet 18G3), M. le docteur Chatard a rapporté deux observations nouvelles d'ictère rhumatismal.
évidemment étrangère à noire sujet. C'est donc la vessie dont il sera exclusivement question dans ce paragraphe.
AFFECTIONS DE LA VESSIE, — CYSTITE RHUMATISMALE, RHUMATISME VÉSICAL, RÉTENTION d'uRINE.
11 n'est point très-rare de voir survenirdurant le cours et surtout à l'époque de la terminaison d'un rhumatisme aigu, des symptômes qui annoncent une irritation plus ou moins prononcée de la vessie. La région puhienne devient alors douloureuse et quelquefois très-sensible à la pression. Tantôt il y a de fréquentes micturilions, et l'excrétion uiiiiaire est très-douloureuse; un sentiment d'ardeur et de cuisson existe en outre quelquefois tout le long du canal de l'urèthre, et il y a en même temps de fausses envies d'uriner. Tantôt, au contraire, il y a lélention d'urine; cependant un cathéter peut être introduit dans la vessie sans rencontrer le moindre obstacle. On observe d'ailleurs quelquefois sur le même individu et dans la même attaque, des alternatives de dysurie et d'ischurie. L'urine rendue dans les vingt-quatre heures est souvent peii abondante et très-concentrée; chez nu malade que nous avons observé à l'hôpital de la Pitié en 1858, elle renfermait des mucosités sanguinolentes et laissait déposer par l'addition de l'acide nitrique un précipité albumincux très-épais.
Les accidents dont il s'agit, et dont on ti'ouve dos exemples relatés par Chomel et Requin S M. N. Gueneau deMussy *, ont été observés dans un cas très-iuléressant
' Loc. cit., p. 408.
" Loc. cit., p. 2G.
par M. le docteur Chauffard *; ils sont habituellement tout à fait passagers, ils se dissipent au bout de quelques jours, ou même de quelques heures, soit spontanément, soit à l'aide des moyens les plus simples. Il est possible, et même très-probable, que, dans certains cas, ces phénomènes reconnaissent pour cause une concentration extrême ou une altération chimique des urines: la membrane muqueuse de la vessie se trouverait alors excitée, et peut-être enflammée par le contact d'un liquide irritant. Dans d'autres cas au contraire, on peut supposer que les accidents dérivent d'une affection primitive, et à proprement parler, rhumatismale, des parois vésicales. Mais c'est là un sujet qui a été jusqu'à présent trop peu étudié, pour qu'on puisse décider s'il en est réellement ainsi.
§ VI. — Organes génitaux..
Nous décrirons dans ce paragraphe le rhumatisme du testicule ; le rhumatisme utérin sera étudié dans notre troisième et dernier chapitre.
Les fluxions rhumatismales du testicule avaient été signalées par SloU". Elles paraissent d'ailleurs assez peu fréquentes.
M. le docteur Notta a rapporté, il y a quelques années^, l'observation très-intéressante d'un homme âgé de trente
' Ttièse de concours, 185G, p. 41.
* Hatio medendi, t. 111, Epliem. anni 1779, september. ^ Gaz. des hôp., août 1851, et Bulletin de thérapeutique t. XLI, p. 251 , 1837.
ans, et chez lequel trois jours après le début d'une attaque de rhumatisme articulaire aigu, on vit survenir une douleur dans le testicule gauche, bientôt suivie d'un gonflement tel, que l'organe paraissait avoir acquis le volume d'un œuf de poule. On s'assura par un examen attentif, que ce gonflement provenait en grande partie, sinon en totalité, de l'existence d'un épanchement rapidement formé dans la tunique vaginale. Le testicule lui-même paraissait, en effet, avoir conservé les dimensions ordinaires. Le rhumatisme articulaire, qui eut d'ailleurs une évolution normale, céda à un traitement approprié, vingt jours environ après le début des premiers symptômes. La tuméfaction scrotale disparut vers la même époque sans qu'on eût dirigé contre elle aucun moyen particulier. Le fait qui vient d'être rapporté et qui paraît établir l'existence d'une affection de l'enveloppe séreuse du testicule liée au rhumatisme articulaire aigu, n'est pas isolé dans la science. Hodgkin,Diesterberg, Eisenmann', M. Fernet ', et quelques autres auteurs ont cité des exemples qui rentrent évidemment dans la même catégorie.
TRAITEMENT PES AFFECTIONS VISCÉRALES QUI PEUVENT SURVENIR DANS LE COURS DU RHUMATISME ARTICULAIRE AIGU.
Parmi les moyens thérapeutiques employés dans le traitement du rhumatisme articulaire aigu, il en est au moins trois qui, par l'intensité de leur action sur l'en-
* Eisenmann, op. cit., t. III, j». 478.
* Thèse citée, p. %.
semble de l'économie, ont été accusés de favoriser le développement des affections internes: nous voulons parler des mercuriaux, des émissions sanguines et du sulfate de quinine. De ces trois moyens, les deux premiers seraient de nature à prédisposer aux maladies du cœur ; le dernier aux troubles encéphaliques.
Les médecins anglais, qui, dans ces derniers temps, ont beaucoup préconisé les alcalins dans le traitement du rhumatisme, ont fortement insisté sur les inconvénients des autres moyens médicamenteux sous le rapport des affections viscérales consécutives. Nous empruntons à Dickinson '■ un tableau comparatif des résultats des diverses méthodes, envisagées à ce point de vue.
Phlé!)otomie 8 cas. 4 affections cardiaques.
Mercuriaux 24 6 2 morts.
Poudre de Dover \ ^ "^ (d'après Dickinson.)
Opium I
Belladone !
Sulfate de quinine / 21 \\ (d'après Sibson, cité
I par Dickinson).
lodure de potassium . . . J
Nitrate de potasse 7 \
Traitement salin (sels alcalins à faible dose : moins de 12 grammes dans les 24 heures) 62 17
Traitement alcalin à faible
dose (12 à IS grammes). 17 (\
Traitement alcalin à haute
dose (15 à 43 grammes). 4X \
Nous laissons complètement la responsabilité de ces résultats à l'auteur anglais; ils sont évidemment fondés sur un trop petit nombre de cas pour être acceptés sans
' Trans. of the Med. and Chir. Soc. London, 2'^ série, 1862.
réserve; d'ailleurs, ils se ressenlent des préoccupations plutôt théoriques que pratiques qui ont l'ait obtenir au traitement alcalin une si grande vogue en Angleterre. M. le docteur Chauffard^ qui a largement expérimenté ce système en France, n'a point obtenu, par cette méthode, des résultats très-avantageux.
Il est cependant admis, d'une manière générale, que les saignées abondantes, en augmentant rapidement la proportion de fibrine, déjà si considérable, dans le sang des rhumatisants, prédisposent au dépôt de concrétions fibrineuses sur les valvules; elles déterminent souvent la formation de ces polypes volumineux, qui sont, d'après M. le professeur Bouillaud, l'une des causes de mort les plus fréquentes chez les rhumatisants.
Quant aux mercuriaux, qui, fort heureusement pour nous, n'ont jamais été préconisés en France dans le traitement du rhumatisme articulaire, nous n'avons pas besoin d'instruire leur procès.
Nous ne voulons point aborder ici la controverse qui s'est élevée au sujet de l'emploi du sulfate de quinine, et de l'inlluence qu'il pourrait avoir sur le développement des affections cérébrales. Comme on devait s'y attendre, ce sont les partisans de la phlcbotomie qui ont élevé la voix le plus haut * ; mais les défenseurs du sulfate de quinine leur ont répondu, non sans quelque apparence de raison, que les malades soumis au régime des saignées généreuses n'échappaient pas davantage aux accidents cérébraux du rhumatisme. La question a été si complètement et si spirituellement discutée par
' Arch. yen. de Méd. ISGIi, l. I, |). 611.
* \[x\)\xx\mt Recherches cliniques sur U' rhumaUsme arL aùjn. 1800.
M. le professeur Trousseau, qu'il nous paraît inutile d'insister davantage sur ce point.
Nous signalerons enfin l'emploi de la vésication largement appliquée sur toutes les articulations malades, comme moyen préservatif des affections du cœur. Un auteur anglais, Herbert Davies \ qui a fait usage de ce traitement, prétend en avoir obtenu d'excellents résultais. Mais une statistique fondée sur treize observations nous paraît bien insuffisante pour résoudre cette queslion.
Mai s Taffection viscérale s'est déclarée : le cœur, les poumons, les centres nerveux sont envahis; que convient-il de faire?
Quand le cœur ouïe péricarde sont afifectés, on aiira recours aux émissions sanguines faites avec prudence, et plus spécialement aux saignées locales (Grisolle, Ful- 1er, Latham); mais on insistera surtout sur les révulsifs. L'opium est vivement recommandé par Fuller^, qui ne manque pas d'ailleurs d'insister ici sur l'utilité du traitement alcalin, comme il a coutume de le faire, chaque fois que l'occasion s'en présente. Tous les auteurs sont d'accord pour signaler la nécessité absolue d'un régime sévère, au moins pendant la période aiguë de l'affection.
Les pleurésies et les pneumonies rhumatismales, en raison de leur nature particulière et de la facilité avec laquelle on les voit se dissiper, auront pour indications principales les saignées locales et surtout les révulsifs cutanés (Fuller, Latham, Todd).
* On the Irealment of rheumatic faver, in its acute slate, exclU' sively bij free blistering. Londres. 1864. 2 Loc. cit., p. 233.
— HG —
Quant à la congestion pulmonaire, cette complication si li l'ave qni se produit quelquefois dans le cours d'un rhumatisme articulaire aigu, elle sera combattue par l'emploi des moyens les plus énergiques. L'application du marteau de Mayor paraît, dans un cas rapporté par M. Houdé (thèse citée), avoir sauvé la vie du malade.
Les accidents cérébraux du rhumatisme sont assurément, au point de vue du traitement, la partie la plus ingrate de notre sujet. Ils suivent en général un cours fatalement tracé d'avance, et ne doivent le plus souvent leurguérison, qu'aux efforts de la nature. Cependant, le médecin ne doit pas rester désarmé en présence de cette compHcation redoutable. Le musc et l'opium, administrés dès le début, ont donné à M. le professeur Trousseau des résultats avantageux*. Fuller insiste sur l'utilité de ce dernier médicament dans les cas de délire ataxique; dans le délire avec excitation, il recommande les saignées locales, employées avec une grande modération ^ Un large vésicatoire appliqué sur le cuir chevelu a pu quelquefois sauver le malade.
Tous les médecins sont d'accord sur l'utilité des moyens révulsifs appliqués aux articulations qui étaient affectées en dernier lieu, avant l'invasion du délire.
Nous croyons enfin qu'on devra s'arrêter dans l'emploi de la médication quinique, lorsque des accidents cérébrauxsedéclarerontpendantlecours du traitement. Nous savons que l'un des malades de Beau s'est rétabli, bien que l'usage du sulfate de quinine n'ait pas été discontinué ; mais nous ne croyons pas qu'on puisse s'autoriser
1 Loc. cit., t. II, |). 729.
- Loc. cil., p. 343.
de cet exemple, pour négliger les conseils de la prudence.
Les accidents spinaux de rhumatisme sont caractérisés en premier lieu par une douleur très-vive, qui préoccupe tout spécialement le malade. On en pourra souvent triompher par les narcotiques, les injections hypodermiques, et par l'application locale du chloroforme, recommandée dans le lumbago par M. Moreau, de Tours * . Les phénomènes congestifs et paralytiques seront combattus par les saignées locales et les révulsifs, mais avec peu d'espoir de succès ^
Quant aux autres affections viscérales qui peuvent venir compliquer le rhumatisme articulaire aigu, elles ne sauraient fournir aucune indication thérapeutique spéciale ; l'étiologie de TatTection ne doit point inllucr ici sur le traitement. D'ailleurs, la plupart de ces maladies guérissent par l'expectalion.
^ Luquet, thèses de Paris. Du lumbago.
- Consultez, à cet égard, les thèses de MM. Jasscrou, Roussel, Paimentier et Hantraye.