OBSERVATION IV
Rhumatisme articulaire chronique, primitif ; péticardite et endocardite anciennes. Ramollissement cérébral.
C**% âgée de soixante-trois ans, concierge, est entrée le 12 novembre 1863, à l'infirmerie de la Salpêtrière, dans le service de M. le docteur Charcot.
Cette femme, dont Tintelligence est assez engourdie, était entrée Tannée précédente à l'infirmerie, à la suite d'une perte de connaissance complète, avec une hémiplégie adroite. A cette occasion elle a fait un séjour de deux mois à l'infirmerie ; l'intelligence était alors beaucoup moins altérée qu'à l'époque actuelle. Elle prétendait n'avoir jamais eu de rhumatisme articulaire aigu, mais elle attribuait la déformation caractéristique qu'elle portait à la main droite à des fraîcheurs, des douleurs contractées dans la loge humide qu'elle avait longtemps habitée.
A la seconde entrée, cette femme présentait des phénomènes cérébraux plus caractérisés que la première fois : l'intelligence et la mémoire étaient fort affaiblies, mais la malade n'était pas aphasique, bien que la parole fût très-embarrassée. Le membre supérieur droit, siège des déformations rhumatismales, continuait à être paralysé.
L'affection cardiaque, qui n'avait pas fixé l'attention à sa première entrée, se révélait cette fois par des accès d'étouffement,
* Charcot, loc. cit., p. 57. — Traslour, /oc. cit., p. 25.
(les palpitations, iino impulsion exagérée du cœur, et des irrégularités du pouls : cependant rauscultation ne révélait aucun bruit anormal.
Après un séjour peu prolongé dans les salles, pendant lequel elle a été soumise au traitement par la digitale, cette femme est rentrée à son dortoir. Depuis cette époque, elle a fait de fréquentes apparitions dans le service, et chaque fois on constatait une aggravation de tous les symptômes, une diminution évidente de forces.
Le 8 mai 1865, elle est entrée pour la dernière fois dans le service : tous les signes de raffeclion cardiaque s'étaient aggravés, et il existait de l'albumine dans les urines. La mort a eu lieu le 15 mai.
A l'autopsie, on trouva un ramollissement cérébral qui avait détruit la plupart des circonvolutions du lobe pariétal, tout on respectant celles du lobe antérieur.
Mais c'est l'alfection cardiaque qui a surtout attiré l'attention. Il existait une adhérence générale du péricarde au cœur, qui avait atteint d'énormes dimensions: on voyait des végétations en guirlandes sur les valvules sigmoïdes de l'aorte, et sur la valvule mitrale, dont la .surface ventriculaire offrait une vascularisation très-remarquable. Celte disposition est représentée dans la planche I, fîg. 2.
11 est à noter que les adhérences péricardiques étaient faciles à détacher, et qu'elles appartenaient évidemment à une péricardite assez récente.
Il nous paraît évident, d'après cette intéressante observation, que l'on peut observer soit la péricardite, soit l'endocardite, dans le cours d'un rhumatisme chronique primitif.
L'observation suivante fournit un nouvel exemple do cette lésion, dans un cas d'arthrite sèche.