‹ Du rhumatisme viscéralChapitre 24 sur 49 · OBSERVATION V · texte numérisé non relu

OBSERVATION V

Cancer du foie et de l'estomac. Arthrites sèches, et traces d'endocardite ancienne.

B***, actuellement âgée de quatre-vingt-quatre ans, est entrée à la Salpêtrière, comme infirme et faible d'esprit, à l'âge de dixneuf ans. — Elle a passé dix-sept jours à l'infirmerie, du 23 juillet au 12 août 1865.

Celte femme, à peu près idiote, est incapable de donner aucun renseignement. Elle présente un aspect cachectique, un teint jaunâtre et terreux. Dans ces dernières années, elle a eu des vomissents noirâtres, et des selles mélaniques à plusieurs reprises.

La malade ayant succombé le 12 août, à l'autopsie, on trouva un cancer de l'estomac et du foie. — Il existait des arthrites sèches des épaules, des coudes, des genoux ; mais les petites articulations n'étaient point altérées.

Le cœur est volumineux, flasque, surchargé de graisse, ses parois sont minces et friables ; il existe, sur les valvules sigmoïdes de l'aorte, des traces évidentes d'endocardite ancienne; les nodules d'Aranlius sont le siège principal de cette déformation, que nous avons représentée dans la planche II, fig. 2.

Bien que l'état intellectuel de cette femme n'eût pas permis d'obtenir d'elle des renseignements sur ses antécédents, il est cependant probable qu'elle n'avait jamais eu de rhumatisme articulaire aigu ; il est du moins certain que, depuis l'âge de dix-neuf ans, époque de son entrée à la Salpêtrière, rien de semblable n'avait jamais été observé chez elle.

L'observation que nous venons de rapporter est un exem[)ic de péricardite dans le rhumatisme chrouique. Cette lésion n'est pas très-exceptionnelle ; dans le mémoire de M. Cornil, que nous avons cité plus haut, quatre péricardites, dont deux anciennes et deux ré-

centes, sont indiquées sur un total de neuf autopsies; celte proportion est assez considérable.

En résumé, nous croyons pouvoir affirmer que si les complications cardiaques ne se rencontrent pas habituellement dans cette forme du rhumatisme, elles ne sont cependant pas tout à fait exceplionnelles.

B. Lésions artérielles.

On admet généralement que les altérations athéromateuses, si fréquentes chez les vieillards, se rattachent au rhumatisme chronique ; mais rien n'est moins démontre. Chez les femmes âgées de la Salpêtrière, les plaques crétacées des artères ne sont pas d'une fréquence exceptionnelle chez les rhumatisantes, et n'offrent pas une plus grande étendue que chez les autres sujets. Au contraire, M. Charcot a le plus souvent constaté l'absence complète de ces lésions chez des femmes également atteintes de rhumatisme chronique, mais dont l'âge était moins avancé. Il est donc fort probable que, sous ce rapport, comme sous beaucoup d'autres, les droits de la goutte ont été usurpés par le rhumatisme.

§ II. — Affections pulmonaires.

Les affections pulmonaires aiguës sont peu fréquentes chez Icssujetsatleintsde rhumatisme chronique. M. le professeur Trousseau en a cependant vu quelques exemples *.

Mais ici nous devons insister sur un point que nous avons déjà eu l'occasion de signaler : la phthisie se montre souvent dans les cas de rhumatisme chronique, sur-

' op. cil., l. 111, p. 345, et Fullcr, Op. cii., |> 583.

tout chez les malades qui ne peuvent quitter le lit. M. Charcot, qui possède à cet égard un vaste champ d'ohservation à la Salpêtrière, a constaté que la majorité de ces femmes sont frappées de luberculisation, lorsqu'elles ne succombent pas à l'albuminurie *. Il est d'ailleurs facile de s'assurer que beaucoup de sujets atteints de rhumatisme chronique portent au cou des cicatrices de scrofule. D'ailleurs Fuller [loc. cit., p. 334) a constaté que le rhumatisme noueux attaque très-souvent les enfants nés de parents tuberculeux ou dont la famille est affligée de ce vice héréditaire. Cette coïncidence a été notée par l'auteur anglais 23 fois sur 119, c'est-à-dire dans un cinquième des cas. Il est donc évident que si le rhumatisme ne prédispose nullement à la phthisie, il n'existe cependant aucun antagonisme entre les deux affections. C'est ainsi que les idées préconçues tombent devant l'observation rigoureuse des faits.

§ III. — Affections cérébrales.

M. le docteur Vidal rapporte dans sa thèse un fait qui semblerait plaider en faveur de la coïncidence du rhumatisme cérébral avec le rhumatisme chronique. Mac- Leod ^ et Brodie * ont à leur tour signalé des cas analogues. Dans la première édition de son ouvrage, Fuller avait également rapporté plusieurs exemples d'accidents cérébraux liés au rhumatisme chronique. Mais aujourd'hui*, nous le voyons revenir sur ses idées et reconnaître que

* Voyez aussi Trousseau, loc. cil., p. 347, " Op. cit., p. H8.

^ On diseases of the joinls, p. 51, A" édit. 4 Op. cit., ■V' édit., p. Ô7G ; 2" édit. , p. 582.

t;es [)liénonièiios pouvaient se raltachcr soit à la goiUlo, soit au rliuinatisino articulaire subaigu chez les sujets qu'il avait obesrvés.

Nous ne connaissons aucun exemple de lésions spinales dans le cours du rhumatisme chronique.

§ IV. — Tube digestif.

Des phénomènes de dyspepsie et de gastralgie, des vomissements et d'autres troubles digestifs se manifestent parfois dans le rhumatisme chronique, surtout dans les formes les moins intenses de la maladie articulaire*.

« § V. — Appareil uriiiaire.

Nous aurons à signaler: A. les affections des reins, B. les affections de h\ vessie.

A. Affections des reins.

Dans le mémoire de M. Cornil que nous avons rapporté plus haut, nous trouvons d'intéressants renseignements sur ce point ([). 21). MM. Charcot et Cornil ont constaté vingt-huit fois les symptômes d une aifection des reins chez des malades atteints de rhumatisme chronique, et neuf fois ils ont rencontré des lésions des reins à l'autopsie. Depuis cette époque, M. Charcot a observé plusieurs faits de cette espèce. Fuller avait déjà constaté que l'altération granuleuse des reins n'est pas très-rare en pareil cas.

^ Cornil, loc. cit., p. 21. — IMaisnnco, loc. cit., p. iH.

Il est donc évident que des affections rénales peuvent se montrer dans ie rhumatisme chronique; mais cette coïncidence est bien moins fréquente que dans la goutte chronique; car, dans celte dernière affection, l'albuminurie permanente et l'atrophie du rein sont plutôt la règle que l'exception.

B. Affections de la vessie.

M. Cornil {loc. cit.), dans ses neuf autopsies, a rencontré quatre fois des altérations de la vessie : trois fois il s'agissait d'une cystite chronique du col ; une fois seulement, cette affection était généralisée '.

§ VI. — Organes génitaux.

Todd, Fuller * et la plupart des auteurs anglais ont noté la fréquence des troubles fonctionnels de l'utérus dans l'étiologie du rhumatisme progressif; mais c'est plutôt alors l'utérus qui tient les articulations sous sa dépendance. Aussi voyons-nous ces lésions se développer très-fréquemment à l'époque de la ménopause.

Dans les innombrables observations de cancer utérin qu'il a pu recueillir à la Salpêtrière, M. Charcot a noté deux ou trois fois la coïncidence de cette affection avec le rhumatisme chronique. 11 est difficile en pareil cas de savoir laquelle de ces deux maladies s'était développée la première; mais il est certain, du moins, qu'il n'existe aucun antagonisme entre ces deux états pathologiques.

• Voyez, à cet éyard, Choniel et l{ef|iiin, op. eil,, p. 409. - Op. cil., [). 5ôi.

i^ VII. — migraine

Nous sortons un instant des limites de notre sujet, pour signaler un fait qui n'avait pas encore été noté : c'est la coïncidence de la nrigraine avec le rhumatisme articulaire chronique, et cela dans des cas d'une grande intensité, et qui ne laissaient aucun doute sur le type de la maladie. Sur trente femmes interrogées à ce sujet par M. Charcot, douze ont répondu affirmativement, et de manière à ne laisser subsister aucune incertitude sur ce point. Chez plusieurs de ces malades, des accès périodiques et bien caractérisés de migraine se sont produits sous les yeux de cet observateur; quelques-unes d'entre elles ont signalé la disparition de la migraine à l'époque où se sont montrées les douleurs articulaires.

C'est là un rapprochement avec la goutte, qu'il nous a paru intéressant de signaler.

Dans le rhumatisme partiel (arthrite sèche, inorbus coxœ senilis) les affections viscérales paraissent être encore plus rares que dans la forme que nous venons d'étudier. Cependant, nous avons vu (obs. V) que l'endocardite peut aussi se montrer chez les sujets atteints de celte maladie. .M. Charcot a trouvé une dégénérescence granuleuse des reins, avec albuminurie, chez une femme atteinte de nodosités digitales, et d'une arthrite sèche de l'épaule.

Ce sont d'ailleurs les formes vagues et mal déterminées de celte arthropathie qui paraissent se prêter le

mieux aux affections internes. C'est surtout dans des cas de ce genre qu'on a constaté l'asthme et les autres névroses chroniques, que plusieurs auteurs s'efforcent de rattacher à la diathèse rhumatismale. Nous en rapportons ici deux observations recueillies dans le service de M. Gharcot.

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