OBSERVATION VII
Asthme avec emphysème. — Arthropat/iies multiples.
L , âgée de soixante-six ans, salle Saint-Alexandre, n°2,
hospice do la Salpêtrièro, service de M. le docteur Charcot.
A l'âge do dix ans, cotte femme a habité pendant plusieurs années un logement très-humide ; ses parents, son frère et ellemême enfin ont été pris pendant eo séjour do douleurs articulaires. Chezellel'alïeclionparaitavoirrovêtula forme durhumalisme articulaire aigu, ou subaigu ; car la malade se rappelle qu'elle est rcsléo au lit pondant six semaines, et (jue doux mois après
s'être levée elle ne pouvait marcher sans béquilles. Depuis cette époque, il y a eu de temps à autre du lumbago et des douleurs articulaires vagues et fugaces, siégeant tantôt en un point, tantôt en un autre. A l'âge de quarante ans, le coude gauche est resté rouge, tuméfié pendant douze ou quinze jours environ, et un nouvel accès du même genre s'est reproduit il y a quatre ans environ. — La ménopause a ou lieu à l'âge de cinquante-cinq ans ; c'est peu de temps après cette époque que l'oppression a commencé à paraître. L est une femme grasse, vigoureuse, assez
bien conservée.
Au début de l'affection pulmonaire, elle est restée deux mois environ sans pouvoir se coucher dans son lit. Les accès, toujours très-longs, ont été d'abord assez éloignés les uns des autres, puis ils se sont rapprochés tellement, qu'aujourd'hui, depuis trois ans environ, l'oppression est à peu près permanente. La malade passe une partie de la nuit et toute la journée assise sur son lit, faisant par moments des efforts inouïs pour respirer. L'oppression augmente quand la malade marche. Expectoration à peu près nulle. Depuis que l'affection thoraciqae est aussi intense et aussi continue, les douleurs articulaires sont beaucoup plus vagues, plus fugaces ; il n'en est pas de même du lumbago, qui se montre encore très fréquent et irès-intense ; jamais les douleurs articulaires ne s'accompagnent de gonflement. Il n'existe pas de déformation des jointures, pas de gonflement des phalangettes; toutefois, en faisant mouvoir rapidement les surfaces articulaires des genoux, il se produit des craquements très-appréciables.
On remarque en outre à la partie antérieure du genou droit, immédiatement au dessous de la rotule, une plaque arrondie, à rebords inégaux, de consistance osseuse, et qui paraît logée dans l'épaisseur du tendon rotulien.
Les urines ne contiennent ni sucre ni albumine ; elles sont claires et transparentes, et très-souvent il y a des accès de dysurie où tout à coup les urines sont rendues avec abondance. Jamais il n'a été rendu de graviers, et jamais le pouce de l'un ou de l'autre pied n'a été le siège de douleurs arthritiques.
Il n'y a jamais eu d'affections de la peau, mais il y a eu fréquemment des coliques hépatiques, suivies d'ictère. La poitrine est globuleuse, le cou enfoncé dans les épaules, les yeux très-saillants, la face légèrement plombée. Le murmure respiratoire, se
perçoit partout très-difficilement à l'auscultation. Il y a des râles ronllants et sibilants qui semblent profonds. Les battements du cœur sont sourds, éloignés, à peine sensibles à l'oreille.
Nous croyons avoir suffisamment démontré que le rhumatisme ailiculaire chronique peut exercer sur les affections viscérales une influence moins intense, il est vrai, que celle du rhumatisme aigu, mais qui n'en est pas moins réelle. Au reste, cette question a été si peu étudiée jusqu'ici, que nous sommes heureux de pouvoir la signaler à l'attention des observateurs.
Le traitement des maladies internes développées au cours d'un rhumatisme chronique ne se prête à aucune considération spéciale; l'étiologie de l'affection ne fournit ici aucune indication thérapeutique bien positive.