‹ Du rhumatisme viscéralChapitre 28 sur 49 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Des affections viscérales qui se rattachent au rhumatisme musculaire.

Nous allons aborder maintenant la partie la plus difiicile et la moins satisfaisante de notre sujet. Nous avons parcouru, dans les chapitres précédents, la série des affections interne»qui se relient au rhumatisme articulaire soit aigu, soit chronique. Il nous reste à examiner les manifestations viscérales qui accompagnent quelquefois le rhumatisme musculaire en général ; nous devrons étudier aussi le rhumatisme qui peut atteindre les muscles intérieurs eux-mêmes, tels que le diaphragme, le pharynx, et l'œsophage.

Mais il est une question délicate que nous sommes obligé de soulever avant d'entamer cette étude. Nous avons eu jusqu'ici pour critérium les phénomènes articulaires, et nous nous sommes en général fondé, pour admettre la nature rhumatismale d'une maladie, sur l'existence d'un gonflement douloureux des jointures, avant, pendant, ou après les accidents viscéraux. Quelquefois cependant, quand notre pierre de touche nous faisait défaut, nous avons cru pouvoir trancher la question en faveur du rhumatisme. C'est que la coïncidence entre les arthropathies et les manifestations viscérales se présente avec une telle fréquence, et avec des caractères tellement évidents, qu'il devient parfois possible de fixer les symptômes qui permettront de reconnaître la

maladie interne, quand la lésion extérieure fera défaut. Nous n'avons d'ailleurs usé de ceprocédé qu'avec la plus grande réserve.

Il en est tout autrement lorsqu'il s'agit du rhumatisme musculaire. Ici, les manifestations viscérales sont peu fréquentes et mal connues, et s'il faut le dire, la lumière n'est pas encore faite à cet égard. Cherchons donc, avant d'avancer plus loin, quels sont les phénomènes extérieurs qui nous permettront do soupçonner, ou d'affirmer la nature rhumatismale de ces accidents.

Remarquons tout d'abord que la division du rhumatisme donnée par les auteurs, et à laquelle nous nous sommes conformé, n'est pas toujours tranchée au lit ilu malade; que les rhumatismes articulaires et musculaires sont souvent associés.

Ainsi Stoll, en plusieurs endroits, signale la coexistence des douleurs musculaires et des douleurs articulaires comme un phénomène commun dans certaines constitutions médicales.

Sydenham appelle l'attention sur les douleurs musculaires dans le rhumatisme articulaire chronique. Cullen pensait « que l'atîection des fibres contractiles donne lieu aux douleurs de s'étendre d'une articulation à l'autre, suivant la direction des muscles *. » Plus récemment, Chomel a insisté sur cette simultanéité et l'a démontrée par un certain nombre d'observations. Et cependant nous voyons aujourd'hui l'opinion contraire soutenue avec une grande autorité; le rhumatisme ar-

• Eléments de médecine pratique, trad. Bosquillon , t. 1, ctiap. xii, |). 307.

ticulaire est considéré comme une affection essentiellement distincte du rhumatisme musculaire.

Celui-ci, d'ailleurs, peut se montrer seul. « Il ouvre la scène et l'occupe seul jusqu'à la fin, » dit M. Monneret ^ La douleur étant alors le seul symptôme, c'est là qu'il nous faut chercher des éléments de diagnostic.

Il n'est pas impossible de les trouver. Les douleurs arrivent à l'occasion du froid, quelquefois subitement, quelquefois au bout d'un certain temps. Elles n'augmentent pas par la pression ; les téguments à ce niveau ne sont point altérés. Elles ne se font pas sentir lorsque le sujet reste tout à fait en repos; mais elles s'éveillent avec une intensité extrême à la moindre contraction du muscle rhumalisé. Elles succèdent souvent à une douleur dans une autre partie du corps, à une angine, à une bronchite, à un catarrhe intestinal; d'autres fois c'est l'inverse qui a Heu : elles disparaissent spontanément. Ces caractères appartiennent surtout au rhumatisme aigu localisé, ou bien au paroxysme du rhumatisme chronique. Dans ce dernier, les douleurs sont moins fortes, mais plus mobiles; elles sont vagues, erratiques et obéissent aux variations barométriques.

Certes, ces caractères ne sont pas absolus. Les douleurs rhumatismales chroniques surtout peuvent se confondre avec cette série de douleurs que Sauvages a a[)pelées pour cette raison Rhumatismiis scorbuticiis, Eh. hijstericus, Rh. metallicus, Hh. dorsalis, RJi, fugax, et auxquelles nous ajouterons les douleurs delà syphilis, de l'irritation spinale, de Thypochondrie, ainsi que les

' Traité élémentaire de pathologie interne^ t. II, p. 45J.

névralgies. Mais, à leur tour, les caractères de l'arthrite rhumatismale n'ont pas une valeur ahsolue: nous l'avons hien prouvé.

Il est des cas de rhumatisme viscéral fruste, pour nous servir d'un mot heureusement employé par M. Trousseau dans une autre circonstance, c'est-à-dire dans lesquels le rhumatisme articulaire et le rhumatisme des muscles extérieurs font également défaut.

Or, si les partisans de la diathèse rhumatismale acceptent d'emblée la liaison des affections viscérales avec les manifestations articulaires et musculaires lorsqu'elles existent; s'ils acceptent encore la nature rhumatismale d'un certain nombre de phénomènes viscéraux lorsqu'ils se balancent avec des douleurs musculaires ou coexistent avec elles, ils hésitent eux-mêmes et se partagent sur la nature de ces maladies internes, alors que les phénomènes externes font entièrement défaut, aussi bien du côté des muscles que du côté des articulations. Quelques cas sont assez simples pour trancher la difficulté. Ainsi une douleur au niveau des insertions du diaphragme, survenant sous l'influence du froid, chez un sujet en pleine santé, s'accroissant par les mouvements et disparaissant subitement au bout de peu de temps, rappelle bien le caractère du lumbago rhumatismal. Mais qu'un sujet s'expose au froid et soit pris subitement de coliques dont rien ne rend compte, qui s'accompagnent ou non de selles liquides, durent peu et disparaissent comme elles sont venues, pourra-t-on dire qu'il s'agit d'un rhumatisme viscéral, et saura-t-on au juste s'il porte sur les muscles ou la muqueuse de l'intestin?

Mais de ce que le problème est obscur, il n'en résulte pas qu'on doive l'éluder, pour ne s'occuper que des cas les plus faciles.

Ces difficultés signalées, entrons résolument dans cette voie ardue.

I. Manifestations viscérales se rattachant au rhumatisme des muscles de la vie de relation.

De l'alternance et de la simultanéité dont nous parlions tout à l'heure, entre le rhumatisme articulaire et le rhumatisme musculaire, il résulte que dans bon nombre de cas de celui-ci on pourra rencontrer les diverses complications cardiaques, pulmonaires et cérébro-spinales dont nous avons précédemment parlé.

En dehors de ces cas particuliers, le rhumatisme musculaire, qu'il se présente sous forme de douleurs légères et erratiques, ou d'accès de myodynie localisés pendant plus ou moins de temps, est exempt d'endocardite, d'arachnoïdite, etc. Nous n'en connaissons guère d'exemples publiés jusqu'à ce jour^

Un sujet n'ayant jamais eu de manifestations rhumatismales vers les jointures, peut certainement présenter un bruit de souffle cardiaque de cause organique, et avoir en même temps un lumbago ou un rhumatisme de l'épaule. Mais ce sont des eflets différents de maladies différentes, dont la rencontre est fortuite.

Les complications viscérales vraiment dignes d'intérêt,

* M. PleischI a observé dernièrement un cas de péricardite dans le rhumalisme musculaire. [Œsterreichische Zeitschrift furpractische Heilkunde. Wieo. 27 juin 185G.)

dans cette forme du rhumatisme, portent sur le système muqueux, les nerfs et les centres nerveux. Le premier ordre appartient plutôt à la forme aiguë, le dernier à la forme chronique.

Ainsi un lumbago aigu, un rhumatisme des parois abdominales est souvent précédé ou suivi d'une angine, d'une trachéite ou d'une entérite catarrhale.

« La complication par une névralgie n'est pas rare, dit Valleix; le rhumatisme musculaire peut se transformer en névralgie proprement dite, et chez quelques sujets on voit alterner fréquemnjent ces deux maladies*.» Certaines paralysies partielles, notamment l'hémiplégie faciale, s'expliqueraient par une action analogue. Qu'on n'oublie pas toutefois qu'en atteignant directement le tissu musculaire, le rhumatisme à la longue y détermine souvent l'atrophie, la dégénérescence graisseuse, et par suite une paralysie d'un autre geni'c.

La moelle et ses enveloppes peuvent quelquefois se trouver en cause dans le rhumatisme musculaire. xMais comment distinguer alors les douleurs propres à l'alfection spéciale, de celles qui sont occasionnées par le rhumatisme? Ces phénomènes sont trop souvent des prodromes de raffection sj>iiiale, ils simulent trop bien la marche du rhumalisine, pour qu'il soit possible, dans beaucoup de cas, de savoir à laquelle des deux affections on peut avoir affaire. Ici, la fdiation des accidents nous paraît impossible à suivre.

* Guide du médecin praticien, l. V, p. H4, '2^ édil.; Paris, 1851.

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