‹ Du Rio-NunezChapitre 10 sur 21 · LOTS · texte numérisé non relu

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deux zones d’alizés N.-E. et S.-E. Le rôle de cet anneau est des plus importants pour la succession des saisons. Îl a pour mission,dans sa promenade oscillante entre les deux tropiques, de déterminer la période des pluies dans toutes les régions, qu’il couvre successivement de son ombre, quand il se trouve au zénith. Les alizés qui le suivent ramènent après son passage la sécheresse et changent la saison.

Dans ces conditions les climats diploriques doivent se faire sentir dans tout l'intervalle compris entre le dixième degré de latitude nord et le quatrième ou cinquième de latitude sud. Les climats dioriques, au contraire, se trouveront dans les régions comprises entre le dixième parallèle et le tropique du Cancer pour l'hémisphère nord, et entre le cinquième parallèle et le tropique du Capricorne pour l’hémisphère sud. Or, le Rio-Nunez, se trouvant situé un peu au-dessus du dixième degré de latitude nord, doit être compris dans les climats dioriques ou à double saison.

Toutefois, un voisinage si intime avec la zone climatologique équatoriale devra nécessairement faire sentir son influence sur le climat de cette région.

Aussi, voyons-nous la température présenter annuellement deux maxima et deux minima, correspondant aux quatre saisons des climats diploriques. D'ailleurs, la saison sèche est fréquemment coupée en deux par quelques jours de pluie ; c’est le petit hivernage, qui se montre habituellement vers le milieu de février, comme nous l’avons observé pendant notre année de séjour. Cependant, ce phénomène manque quelquefois, comme nous le montre le tableau de M. Bohéas.

Ajoutons que pour Féris l'équateur thermique se trouve par 5° de latitude nord, tandis que Borius, se basant sur la température moyenne annuelle du Rio-Nunez (274) et sur l’influence des continents par rapport à l'élévation de la température,

pense que l'équateur thermique du monde doit passer très près de Boké.

Quoi qu'il en soit sur ce point, nous voyons que le climat du Rio-Nunez est parfaitement conforme à sa situation géographique et setrouve soumis aux lois formulées par Féris, dans sa savante étude sur les climats équatoriaux en général. En effet, on y constate une première saison, la saison sèche, s’étendant de décembre à mai, et pendant laquelle, malgré l’élévation de la température dans les trois derniers mois, le climat est relati- . vement salubre. La sécheresse du -sol et de l’air met un terme aux fermentations, et la malaria semble réduite à son minimum d'intensité. L'activité, l’appétit, la gaieté, renaissent et font oublier à l’Européen ses souffrances passées. Ce climat meurtrier semble un instant devenir clément et accorder un regain de vie aux malheureux exilés. On est heureux et surpris de respirer enfin un air pur et rafraîchissant. Mais à cette saison trop courte va succéder une transition redoutable qui marque le début de la deuxième saison, l’hivernage. Le soleil va arriver au zénith de Boké dans les premiers jours de mai, entrainant avec lui son anneau sombre et orageux. Ce sont d’abord des chaleurs de plus en plus intolérables, atténuées heureusement par des orages et des tornades d’une intensité parfois inouïe, dans l'intervalle même desquels. l'air reste constamment surchargé d’ozone.

Les premières tornades éclatent dénéralentent vers la fin d'avril, et se montrent dans toute leur sinistre beauté pendant le mois de mai et une partie du mois de juin. Elles vont ensuite en s’atténuant pour faire place à des pluies torrentielles et ininterrompues. L'air, saturé alors d'humidité, se prête moins aux émanations telluriques. Toutefois, la funeste influence de cette excessive humidité se manifeste particulièrement sur tout le tube gastro-intestinal et les glandes annexes : le foie s’engorge ; l’estomac est paresseux et refuse de remplir ses fonctions ; ily à constipation ou diarrhée bilieuse, et quelquefois des inflammations graves de l'intestin, En même temps,

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tout s’oxyde, des moisissures sans nombre se produisent partout, sont entraînées dans l’atmosphère et la vicient.

Enfin, en octobre, la scène va de nouveau changer. L’air se surcharge d’ozone, comme en mai, et des orages fréquents annoncent le retour du soleil au zénith du lieu, où ül passera dans les premiers jours de novembre. Bientôt les pluies vont disparaître, et un soleil de feu, suractivant les émanations telluriques et les décompositions, organiques, imprimera une recrudescence nouvelle à l’infectieux palustre.

Aussi, en décembre, les influences maremmatiques se fontelles encore puissamment sentir et sont accrues parla production de brouillards intenses, véhicules naturels de l’infectieux, et dont la durée se prolonge jusqu’en février.

État hygrométrique. — Le journal deM. Bohéas contient, pour chaque jour, l’annotation de l’écart de température des deux thermomètres (sec et mouillé). Cet observateur résume ainsi l'écart moyen de chaque mois dans le tableau suivant :

JONVICL AT EEE Er A 9 JULIE ER RE 2 RÉVrIrT NA RO E AOC TA RELE GARDEN 7.

MATS AN nl Septembre “WRI Avr Te Ne EMA S Octobre re MALE A EE Ne Novembre ere NO O AT PR ut ed Décembre em es"

Nous savons que la sécheresse de l’air est en raison directe de la différence des deux températures données par le psychromètre, nous en déduirons done que c’est en mars que la sécheresse de l’air est la plus grande, et qu’en août, au contraire, vers le milieu de l’hivernage, la vapeur d’eau atteint son plus haut point et que l’air en est presque saturé.

N'oublions pas de signaler à cet égard toute l'importance

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de cette vapeur d’eau répandue dans l’atmosphère, au point de vue de la chaleur régnante. Tyndall, dans ses recherches sur les propriétés athermanes de la vapeur d’eau, a démontré que Vair humide exerce une absorption calorifique 70 fois plus grande qu'un même volume d’air sec, tandis que celui-ci possède, au contraire, un pouvoir diathermane considérable.

Donc, la vapeur d’eau peut être considérée comme un écran protecteur, invisible, sauvegardant les contrées équatoriales contre les atteintes d’un soleil dévorant, écran qui vient s'ajouter encore à l’écran apparent formé par les nuages.

Nous en concluons que, malgré tous les inconvénients dus à ceite excessive humidité, cet état de l'atmosphère n’est qu’un mal apparent, nécessaire pour en prévenir un plus grand. La chaleur solaire deviendrait sans doute intolérable ou mortelle pendant l’hivernage, si elle n’était tempérée par l’humidité de l'air, les nuages et les pluies. Mais grâce à ces différents phénomènes, on voit, par un remarquable contraste, le thermomètre descendre le plus bas à l’époque de l’année où les chaleurs devraient être les plus fortes. Cette grande humidité n’en exerce pas moins une influence déplorable sur l'organisme, : comme le fait remarquer avec insistance le professeur Fonssagrives, dans son Traité d'hygiène navale.

Vents. — Presque nuls pendant l’hivernage, si nous en exceptons Les orages qui marquent le début ou la fin de cette saison. Nous ne pouvons considérer comme vents quelques bouffées de brise, capables tout au plus d’influencer la flamme d'une bougie. Ces brises folles, venant habituellement de l’ouest, se chargent d’effluves en passant sur la région basse, et vont porter jusqu’à Boké le germe infectieux.

Pendant les cinq mois de saison sèche, c’est-à-dire de décembre à mai, la brise paraît se réveiller et souffle à peu près régulièrement, soit du nord-est, soit du sud-ouest. La

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brise de nord-est, qui vient de terre, est toujours plus sèche “et plus chaude. C’est par un vent semblable que nous avons constaté 41°5, le 22 mars 1883. En avril, la brise vient presque uniformément du sud-ouest, c’est-à-dire du large, et souffle avec énergie.

Piuies. — Nous avons déjà parlé de leur durée, qui se prolonge pendant sept mois. C’est cette période qui constitue l'hivernage. Le régime de ces pluies peut varier, comme partout, selon les années. Ainsi, M. Corre signale l’année 1876 comme peu pluvieuse, et d’autant plus malsaine pour les motifs que nous avons exposés. L’année de notre séjour, au contraire, a été marquée par des pluies diluviennes, et pendant le mois d’août nous n’avons vu le soleil qu’une fois. Dans ce même mois, il ne s’est pas écoulé une période de vingtquatre heures sans pluie. Ajoutons que c’est là le caractère habituel de l’hivernage, et nous ne trouverons pas exagérées les évaluations de Borius, qui fait remarquer que c’est peutêtre le point de la côte où il pleut le plus.

Il suppose que les quantités d’eau versées annuellement sur le sol de Boké doivent correspondre à une couche de 3 à 4 mètres, C’est là un chiffre énorme comparativement à Paris, où il ne tombe que 57 centimètres d’eau environ par année; mais on le trouvera moins extraordinaire si on le compare à , celui de Sierra-Leone, où l'eau de pluie est évaluée à 3 mètres 19, et à celui de Cayenne, où elle est de 4 mètres 30.

Orages et tornades. — On sait que les contrées voisines de Péquateur sont le théâtre du maximum de fréquence et de force des orages; aussi sont-ils fréquents à Boké et extrêmement violents. En mai 1878, M. Bohéas relate que la foudre est tombée sur sept points différents antour du poste. Au mois de juillet de la même année, sous l'influence d'une tornade

RE QU De accompagnée d’une pluie diluvienne, des bâtiments en pierre nouvellement construits dans le poste se sont écroulés. En mai 1883, un fromager géant ayant 1 mètres 50 de diamètre a été déraciné et renversé, dans le jardin du poste, par la violence d'un ouragan. Souvent les toitures de chaume des cases nègres sont emportées, si leurs habitants n’ont pas eu le soin de les fixer solidement à leur armature de bambous. Electricité. — Dans ces moments, l’atmosphère est chargée d'électricité et d’une grande quantité d’ozone, surtout dans les régions qui avoisinent le bord de la mer, comme l'ont observé Fonssagrives, Bérenger-Féraud, Borius, Féris, etc. Get état électrique, joint à l’excessive humidité de l'air, détermine partout une étonnante activité de la végétation (1). Mais en même temps, cette eau, cette chaleur, cette électricité, deviennent les agents actifs des phénomènes de fermenlation qui peuvent expliquer les faits pathologiques observés. (Fonssagrives.) |

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