PORT MILITAIRE DE BOKÈ
Historique. — Le Rio-Nunez était depuis longtemps exploité par des maisons de commerce françaises. Les traitants établis dans la région vivaient en paix, protégés par la douceur et l'honnêteté native des indigènes. Cependant, à la suite de certaines molestations de la part des rois du pays, le gouverneur du Sénégal Pinet-Laprade fut appelé à intervenir, et le 21 janvier 1866, un détachement de 300 hommes d'infanterie de marine, appuyé par un aviso de guerre, vint imposer le protectorat de la France aux rois. de la rivière. Par ce même traité, Douka, roi de Boké, cédait à la France l’emplacement idu poste et une certaine étendue de terrain sur le plateau de Boké. La construction des premiers bâtiments du poste date de cetté époque.
Depuis notre établissement dans cette rivière, trois manifestations à main armée ont été dirigées contre nous ; mais
Pire quelques coups de canon inoffensifs ont suffi chaque fois pour disperser les assaïllants.
Le poste militaire de Boké, avons-nous dit, repose sur l'extrémité du plateau du même nom. Il est dominé par le mont St-Jean, qui a 96 mètres d'altitude. La rivière coule à moins de 100 mètres de l'emplacement du poste, L'intérieur se compose d’une enceinte de 80 mètres de côté, protégée par deux bastions armés de canons et par un petit mur bordé d’un fossé.
Cette enceinte comprend trois bâtiments.
1° Un bâtiment en forme de baraque, qui sert de MORIEN à une partie des tirailleurs sénégalais.
R° Un ancien bâtiment faisant face à l’est, qui servait autrefois d'habitation au commandant du poste et au médecin. Il se compose d’un rez-de-chaussée, qui sert d’infirmerie, et d’un premier étage, partagé en trois chambres et servant d'habitation aux cinq hommes qui composent le cadre blanc de la garnison. Les tirailleurs sénégalais, au nombre vingt et un, sont partagés en deux catégories : les célibataires, qui habitent l’enceinte du poste, et les tirailleur mariés, qui occupent un petit camp formé de cases et attenant au poste, mais en dehors de l’enceinte.
3° Le nouveau pavillon des officiers, construit en 1878, fait face au sud. Il est composé d’un rez-de-chaussée à deux pièces, dont l’une sert de salle à manger et l’autre de bureau pour le commandant de cercle ; d’un premier étage, séparé en deux chambres, l’une pour le commandant du poste et l’autre pour le médecin. Enfin, une cave et un grenier complètent ce bâtiment, dont la face sud est protégée par une belle et large galerie. Il est toutefois très regrettable que cette disposition n'existe que d’un seul côté.
La cour du poste, spacieuse et bien entretenue, présente un facile écoulement aux eaux pluviales. L’œil s’y repose avec
ERA plaisir sur une double haie de citronniers et d’orangers, dont le feuillage, l’ombre et les fruits contribuent à la salubrité et à l’agrément de ce séjour.
Au milieu de la cour se trouve la pyramide commémorative élevée à la mémoire du célèbre voyageur René Caïllé, qui partit de Boké pour explorer le Soudan occidental, et aller aboutir à Tanger, en passant par Tombouctou.
Aliments et boissons. — La nourriture de la garnison est abondante et saine. La farine est de première qualité ou doit l’être. La viande (bœuf et mouton, plus rarement veau et porc) est à profusion. Malheureusement, tout le monde s’en dégoûte en très peu de temps. La volaille et les œufs ne manquent pas non plus. Enfin, le poisson, pêché par nos laptots (1), venait souvent améliorer notre table. Par contre, les légumes frais nous faisaient absolument défaut, à moins d’avoir recours à des conserves.
L'eau dont on fait usage au poste provient de la source dont nous avons déjà parlé. Malgré ses qualités louables, cette eau était toujours soigneusement filtrée avant d’être livrée à la consommation. Enfin, une citerne qui se remplissait par l’eau de pluie était maintenue toujours pleine, en prévision d’un investissement possible du poste.
Le vin attribué par l'Etat aux postes insalubres des rivières du sud est ou doit être de première qualité, el il a été toujours fort bon pendant notre séjour à Boké. La ration journalière de chaque homme est de 75 centilitres, indépendamment des 20 centilitres réglementaires de vin de quinquina. Enfin, une ratton de café est aussi accordée aux hommes.
(1) Rameurs indigènes recrutés pour les besoins du service.