ANS
bordées de mangliers fébrigènes et recélant dans leur sein, sous une couche d’eau que le soleil échauffe, les détritus de nombreuses générations végétales et animales, qui ont sur l'insalubrité des pays chauds l'influence la plus redoutable. »
Nous comprendrons done, après cette éloquente citation, que les maladies au Rio-Nunez devront se résumer presque entièrement dans les manifestations du paludisme, surtout dans ses formes les plus graves. Le caractère des fièvres observées sous ce climat sera donc toujours empreint d’un certain degré de malignité.
En parcourant les rapports etstatistiques mensuelles et trimestrielles de nos prédécesseurs au Rio-Nunez (1), nous avons constaté que nos mutuelles observations concordent parfaitement dans leur ensemble. Mais une impression surtout se dégage à la lecture de ces tristes documents : c’est de voir que la suprême et unique préoccupation des médecins du poste se manifeste toujours pour la santé de leurs malades. Tous font abstraction de leurs propres souffrances et semblent s’absorber dans la terrible lutte qu’ils ont dû engager contre le climat pour lui dérober ses victimes. Et plus d'un pourtant a payé de sa vie le tribut terrible dû à ce climat, car sur quatorze médecins qui nous ont précédé, trois ont succombé !
Passons rapidement en revue les différentes affections que nous avons pu constater au Rio-Nunez, et qui y ont été signalées par nos prédécesseurs.
Maladies endémiques. — « La clef de la pathologie dans ces contrées, dit Thévenot (2), est toute dans l’étude des fièvres intermnitientes.
La fièvre paludéenne simple est assez rare au Nunez, excepté
(1) Archives de l'hôpital de Gorée (Sénégal). (2) Traité des maladies des Européens dans les pays chauds, et spécialement au Sénégal.
CAE chez les nouveaux venus, oùelle revêt le type quotidien. Mais elle se complique fréquemment d’embarras gastrique bilieux.
La première période de l’accès ou stade de concentration et
de frissons manque souvent. Un certain état de lassitude ou de brisement en tient lieu, avec une sorte d’anxiété vague. Le stade de chaleur est au contraire très marqué, et nous avons fréquemment observé la montée du thermomètre jusqu’à 41°5 ou 42° en moins de trois minutes.
Le type rémittent, compliqué ou non d’état bilieux, est assez commun. La durée de ce type peut varier de trois à huit jours, mais elle est ordinairement de cinq. Un type assez fréquent, au Nunez comme au Sénégal, surtout chez les acclimatés, est letype septane. Aussi, après un accès de fièvre passager doiton se tenir sur ses gardes et revenir à la quinine les septième, quatorzième et vingt et unième jours.
La fièvre hématurique bilieuse, encore appelée la grande endémique des pays chauds, désole le Rio-Nunez. Il n’est pas d’année où elle ne fasse pas de victime parmi la population blanche, si restreinte pourtant.
Nous en avons traité deux cas chez des commerçants et un cas avec récidive, deux mois après la première atteinte, chez un artilieur du poste. La récidive surtout a été grave et s’est accompagnée de vomissements noirs incoercibles, analogues à ceux de la fièvre jaune. Tous nos prédécesseurs ont signalé la fréquence relative de cette grave maladie, qui est comme la caractéristique de l& pathologie de ce climat. Aucun blanc ne paraît pouvoir éviter ses atteintes, s’il prolonge son séjour au delà de deux ans. Les noirs mêmes n’en sont pas indemnes.
La forme mélanurique, étudiée et si bien mise en relief au Sénégal par M. Bérenger-Féraud, ne nous a pas paru exister au Rio-Nunez, et nous ne la trouvons signalée par aucun de nos prédécesseurs.
L'accès pernicieux est moins fréquent. Nous n’en voyons