AIN
la rivière, et y arrive même avec une certaine impétuosilé, contenu qu’il était par le barrage de Correra, entre Boké et Baralandé. Toutefois, l’arrivée du floten ce point extrême ne dure qu’une heure environ ; l’eau s'étale alors majestueusement et recouvre presque toute la surface du lit'de la rivière. qui a près de 100 mètres en cet endroit ; puis il redescend lentement. Les pirogues peuvent alors se charger et transporter sans effort leurs produits jusqu'aux divers comptoirs établis sur les rives.
À Boké, le courant remonte pendant quatre heures et descend pendant huit à la saison sèche. Pendant l'hivernage, les eaux descendent sans interruption, mais non d’un cours uniforme. L'influence de l’Océan se fait encore sentir par une différence de niveau dans les eaux du Nunez et par un ralentissement sensible de leur cours.
Au point de vue étiologique, la conséquence la plus funeste de ce double mouvement des eaux se produisant sans relâche pendant les douze mois de l’année, c’est de découvrir à marée basse une immense nappe de vase, source permanente de malaria, et dont la puissancé d’émanation sera décuplée par ces mille petits prolongements du fleuve dont nous allons nous occuper, et par l’état hygrométrique de l'air.
Le Rio-Nunez reçoit à Boké un affluent d’une certaine importance. C’est le Batafon, petit cours d’eau formé par la réunion de deux ruisseaux, le Kadiguiraye et le Batafon proprement dit. Sa longueur n’excède pas 1 kilomètre. Il se dirige à peu près régulièrement du sud au nord, et se jette sur la rive gauche du Nunez. Ce que nous avons dit du fleuve au point de vue des marées peut s’appliquer à cet affluent, dont les eaux et le cours sont influencés par le flot jusqu’à sa jonction avec le Kadiguiraye.
A partir de Boké, les rives du Nunez sont incessamment coupées par des marigots, qui sont comme les fissures par
fat er
lesquelles les eaux saumâtres du fleuve, repoussées deux fois par jour par le mouvement de la mer, pénètrent plus ou moins profondément dans l’intérieur des terres et vont décupler l'étendue du foyer palustre. Ainsi constitué, cet étrange cours d’eau nous faisait l'impression d’un gigantesque myriapode paraissant vouloir étouffer ce malheureux pays sous l’étreinte de ses mille bras empoisonnés.
Ces innombrables marigots sont dus à la parfaite uniformité de ce sol plat et argileux. Surchargé d’eau pendant l’hivernage, il se creuse et se ravive en une foule de points, pour permettre aux eaux de se déverser dans le fleuve. Ces petits marigots sont donc pour la plupart sans importance géographique et sans nom connu. Il en est pourtant dont l'étendue, plus considérable, mérite une mention spéciale.
Après Boké, le premier marigot important que l’on rencontre en descendant la rivière est le grand marigot de Bourma, presque aussi considérable que le Nunez et situé sur sa rive gauche. Il a une étendue telle qu’il communique, par un petit prolongement praticable pour les embarcations, avec le Rio- Pongo, reliant ainsi ces deux rivières par un canal naturel. Ses rives sont couvertes de forêts de bambous, que les noirs vont couper pour les employer à la construction de leurs cases.
Avant d'atteindre Samiah, on trouve sur }a rive droite le marigot de Ropas, qui a plus d’un kilomètre d’étendue. Plus loin encore, sur la rive gauche, on voit un marigot important qui sépare la Portia de Sougoubouly. Bientôt après, sur la rive droite, se trouve le marigot de Caniope, sur les bords duquel s’élèvent les petits villages de Caniope et de Carinou. Enfin, à Victoria, à côté même du poste de la douane, aboutit le grand marigot de Tessagouat, qui relie le Rio-Nunez au Rio-Cassini.
Au-dessous de Victoria, le niveau du sol est tellement bas et submergé qu'on peut le considérer comme un immense
EN Lo
marécage, habité par une peuplade misérable, celle des Bagas, qui vit de riz et de poisson. Les Bagas sont groupés dans deux principaux villages, le Grand et le Petit-Talibouche.
Pour terminer cette étude sur le fleuve, nous dirons un mot sur la largeur de ses rives et la profondeur de son lit. A . Boké, le Rio-Nunez n’a pas plus de 100 mètres de large. Ses rives s’écartent ensuite progressivement et vont jusqu’à atteindre la distance de 500 à 600 mètres à la hauteur de Victoria.A partir de ce point, le fleuve s’élargit considérablement jusqu’à son embouchure et revêt l'aspect d’une vaste plaine inondée, aux eaux bourbeuses et saumâtres. (Pays des Bagas.)
Les avisos de flotille et les navires de commerce à voiles ou à vapeur qui ne calent pas plus de 3 mètres peuvent remonter la rivière jusqu’à Bel-Air et même jusqu'à Ropas, point extrême qu’il serait imprudent de dépasser, malgré les grandes crues. À partir de ce point, les embarcations et les pirogues peuvent seules remonter jusqu’à Boké ou Baralandé.