‹ Du roi Arthur et de la légende du GraalChapitre 14 sur 25 · Prophetia anylicana · texte numérisé non relu

Prophetia anylicana

4 Un exemple en Irlande. — Ce ne fut qu'en 1220 que l'archevêque de Dublin fit éleindre le feu perpL-Uiel qui brûlait dans une chapelle de Kildare. Ce feu était entretenu pai- des Vierges appelées ing/iean an dayhe, filles du feu.

H LA LÉGENDE Df TlOI AUTHIR

sortilèges des h'orrifjan ou demander les faveurs d'un enchanteur divin(l). On conçoit aisi^'nient combien le terrain était propice aux légendes. Un adjuvant de plus se rencontrait dans les miracles des premiers temps du christianisme. Bien que frappés du coin dogmatique, ils ne laissaient pas que de prêter au merveilleux et le goût inné de ces siècles naïfs pour le surnaturel n'en faisait que s'accruîlre. Les « Vies » plus ou moins authentiques de saint Patrice fourmillaient d'invraisemblances; saint Colomban ne passait il pas pour avoir converti Merlin en lui disant : Dieu seul est devin? et les chants populaires mélangeaient agréablement les saints et les enchanteurs. Les peuples celtiques déj^ très religieux, mais de leur religion à eux, avec des pointes de superstition naïve et de croyance au fabuleux, amalgamaintvolontiersles mystères du christianisme avec les mythes des anciennes adorations; accommodant même leurs superstitions avecles révélations de l'Kglise chrétienne, ils appelaient miracle /"«/h/- la résurrection attendue d'Arthur et donnaient force de document de foi à leur indestructible illusion. Quand, plus tard, éclairés par une -religion plus dégagée des mythes, ils secouèrent la chimère amoureusement caressée d'un dogme arthurien, ils gardèrent la légende et pieusement y crurent. Chez la race celtique, l'élément essentiel de la vie poétique, cestVavetUure, la poursuite de l'inconnu, une course sans fin après l'objet toujours fuyant du désir. « Elle s'est fatiguée à prendre ses songes pour des réalités et à courir après ses splendides visions (2). > Quelle légende pouvait mieux répondre que celle d'Arthur au tempérament de ces peuples forcément poétiques? Poétiques... par leur destinée triste, par leur isolement au boutdes coaitinents, entre des remparts de rochers et des flols qui déferlent, toujours mugissants," poétiques encore par leur respect des morts, par leur pitié naïve, par leur pauvreté fière... Ils avaient trouvé un idéal et lui étaient restés fidèles. Les peuples vaincus et faibles, ainsi que les individus meurtris par la vie, ne courent-ils pas après l'illusion d'un rôve?

On comprend mal, en face d'une légende aussi vigoureusement ancrée dans l'esprit celtique, que certains auteurs aient essayé de nier l'existence m^nie d'Arthur. Le docteur Owen le considèi'e comme un personnage purement mythologi jue et l'identifip avecla constellation de la Grande Ourse, qui, en gallois, s'appelle le Chariot d'Arthur. D'auties veulent le confondre avec Belus, Apollon ( Bélus, le soleil, était une divinité druidique et les Gallois désignent la constellation de la Lyre sous le nom de la Harpe d'Arthur (3). Suivons au contraire les historiens sérieux, Sliaron Tiimer, Whitaker, Augustin Thierry, nous verrons attribuer à Arthur, roi de Bretagne, la place de vaillant soldat et de roi patriote qui lui appai tient. S'appuyant d'un cAté sur Nennius qui, le premier (S.'JO), parla d'Arthur

1. On trouve des preuve» do eeri dans le» vieux rlianls brelon». - Voir le» ouvrngcu do MM. de In Vljlnir.arqiié et Lwzel, dom Lnbiacau, etc.

2, Xetmn, l'oHie drs rares criliques.

^. Algcrilun Herbert, La lirclagne après les Romains.

dans sa Chronique, moins sur Geoffroi de Monmouth qui mêle des fables à ses récits, ces écrivains vont droit aux sources de la Myvyrian Archaiology of Wales. Les triades galloises et les traditions celtiques contenues dans ce recueil précieux, voilà le point de départ authentique. La Chronicon Ecclesi^i- Laudavensis complète et corrobore les données galloises et nous devons nous y arrêter. Quelque incomplets que soient les détails, il nous est permis de reconstituer un Arthur vraiment breton et digne, malgré la sphère moins vaste où il se meut, de passer à la postérité autrement que par des fictions.

Les triades nous apprennent que l'ile de Bretagne était, avant les Saxons, divisée en trois royaumes, Cambrie,Lloégrie(Londin, Londres) et Albanie (.\l-byn, sud de l'Ecosse). Le rang de souveraineté appartient à chacun de ces trois royaumes gouvernés selon les établissements de Prydain, fils d'Aedd le Grand. « A la nation des Cambriens appartient le droit d'établir la monarchie selon la voix de la contrée du peuple, selon le rang et le droit primordial. » Il est hors de doute qu'après le départdes Romains les chefs des tribus relevèrent leur autorité et multiplièrent l'appellation de roi, mais au-dessus de ces chefs de tribus, il y avait une souveraineté nationale qui élisait un chef des chefs, roi du pays (Penteyrn).

Vorligern avait été ce Penteyrn. Pour lutter contre les pirateries des Pietés et des Scotts, il avait appelé à son aide les Jutes de la race des Saxons conduits par Henghist et Horsa. Ces Saxons pris à la solde des Bretons, habitant l'ile de Tanet, se conduisirent d'abord en fidèles auxiliaires, combattirent avec succès les corsaires du Nord et se firent aimer des Kymry (1). Plus tard, les concessions de terres ne leur suffisant plus, comme les mercenaires d'Hamilcar ils devinrent exigeants, appelèrent de Germanie d'autres hordes saxonnes,envahirentlepaysde Kent; puis faisant alliance avec les Pietés, ils repoussèrent les Bretons et prirent possession du royaume de Lloégrie (2). Les Bretons furent peu à peu refoulés en Cornouailles et en Cambrie, et Vortigern tué dans un combat fut remplacé comme chel des chefs par Âurelius Ambrosius sous lequel Arthur, chef des Silures, apprit « les durs combats ». Passons rapidement sur le principal d'Ambrosius et de son frère Uter surnommé Pendragon (heaume surmonté d'un dragon), nous savons que leur règne est une suite de combats et que la guerre intestine déchire les tribus bretonne?. En 306, d'après la Ckronicon Ecdesi:e Laudavensis, Uter meurt empoisonné, et un nouveau chef des chefs va être élu. Le choix des évëqueset des guerriers tombe sur Arthur, chef des Silures, qui a déjà fait ses preuves de capitaine. Est-il

i. Après avoir terrassé nos ennemis, dit un .incien poêle, ils célébraient avec nous les réjouissances de la victoire, nous fêtions tous i l'envi leur bienvenue ; mais malheur au jour où nous les avons aimés ! Malheur à Guorleyra (Vortigern et à ses lâches coaseUlers). .Chant national des Bretons, Cambrian regisler.)

2. Aug-. Thierry. — Whitaker, Histoire d'Angleterre. — D' Liotard, Histoire des Angto-Saxons.

s 6 LA Légende: du roi aktiiur

fils d'iter Pendragon qui dans l'épopée chevaleresque joup un irrand rôle? H est sûrement de race royale, car il est proche parent de Hoël (1), roi dans la petite Bretagne, qui reste son allié fidèle. Roi de Cambrie et Penteyrn, Arthur est couronné à Cirencester ■^] par Dubricius,évéque de Caerléon et célèbre ensuite dans la ville épiscopale la fête de la Pentecôte. Skenes [3] n'est pas aussi affirmatir que les autres historiens sur l'appellation qui confère à Arthur le commandement suprême; le nom de roi dans une société aussi peu constituée lui parait un peu gros, et se rangeant à l'iipinion d'anciennes chroniques, il le désigne sous le nom de dux belloriun ou impcrator. Choisi par les chefs [lour diriger les armées, son commandement ne devait pas excéder la durée des hostilités; il cul une longue durée, en tout cas, puis [ue la guerre ne semble pas avoir cessé, ' ' qu'il mourut les armes à la main. Ne soyons pas... moins royaliste que !■ - Gallois et laissons à .Arthur cette couronne royale «lue sa valeur lui a fait décerner. Royauté non sans |)éril que la sienne, et qui contraste singulièrement avec celle dont les romans nous tracent le portrait. Dans celte lutte de la Bretagne vulnérée et agonisante contre les hommes « aux longs couteaux », il n'est guère place pour les immémorables assemblées de Carléon-sur-Usk et du château de Kerduel en .\rmorique; de Table ronde et de chevaliers portant dans les tournois la « couleur ■» de leurs dames il n'est question; point de festins ni de grandes veillées, non plus de trésors ni de riches joyau.v qu'aux grandes Cèles de l'année, le roi distribue aux chevaliers venus pour lui rendre hommage de < toutes les parties du monde. »

.\rtluir ne quitte son haubert ni sa lance durant le temps de son règne, et s'il recule l'ultime dévastation du pays kymrique, ce n'est qu'en combattant sans relâche, en donnant toujours et partout l'exemple personnel. Nennius nous donne la longue liste de ses faits de guerre. La difficulté de retrouver géo;;raphiquement une partie des noms de lieux me fait parler succinctement de cette nomenclature, bien qu'elle soit reprise par Henri de Huntington et les historiens nnidirucs. Du jour où il a été appelé au commandement sa situation est critique : la moitié de la Lloégrie aux nxiins des Saxons; l'.Mbanie pillée parles Pietés, et une partie de ses habitants se réfugiant en Irlande; les chefs de tribus s'insurgeant contre son autorité et lui créant dgs difficultés intestines ; un de ses neveux, Medrod (4),

1. IloL'l, roi de Urclai^ne, Ariiioriquc, av.iit pour père Uudic, allie d'.Vurélius .\inbrosiiiel d'Utcr, qui porta secours aux rois cambrions et leur permit de lever ilan» ses étals 7,OuO tioiiimcs do pied et 3,000 chevaux. Nous verrous par la suite que llocl cuutinua le* mtmos traditions à l'^Kard d'Arthur.

Page 1