Uom Lobiiieau, Gaschiuaid, Histoire de Bretagne
2. « Ici, dit Nenniuà, Ai'tliur portait l'image de la Sainte M^re de Dieu, et par la grâce de Notre Dieu et df Sainte .Marie il mit en fuite les Saxons, etc. » {Maituscril de Cluirtres).
•î. D'' Llotard, Histoire de Aiijto-Saxons.
4. On suppose qu'à cette épo([ne il épousa Gwenliyfar, fille d'un roi breton, plus célèbre par sa beauté (jue par ses vertus conjugales.
5. Gweitli Camlan in quâ Arthur et Medraud coruere. Chronique, 977. Medrod conspirait avec les Sa.xons contre Artliur... La troisième bataille frivole fut celle de Camlan où Artliur fut tué... (CoUeclion de Hengwrt, Triades.) D'autres chroniques le font mourir à la bataille de Mont-Badon livrée à Cerdic, chef des Saxons.
Voir plus loin une note sur Medrod (Mordred dans la légende).
2 8 LA LÉGENDE DU ROI ARTHin
illégitime. Son père est Uter Pendragon que les triades ont fait régner en Cambrie et que Taliessin a doifié. Il s'intitule roi des Ténèbres, être mystérieux et voilé, ordonnateur des batailles. C'est un dieu Mars ayant coupé cetil lotef, foudroyé cent foil:=, ayant pour écu Tarc-en-ciel (1). Pour engendrer Arlluir, il a pris la forme d'une nuée (en gallois, Gorloes, Gorlais dont on a fait un nom d'hommes ; Igraine est la femme d'un roi de Cornouailles nommé Gorloes, et Uler, nouveau Jupiter de cette Alcmène. pour arriver jusqu'à elle, a pris les traits de son époux).
< Arthur possède la neuvième puissance du dieu qui l'a procréé ; il ' le chef dos batailles de l'ile de Bretagne ; on l'appelle le taureau d...combats, le mirage de l'épée. Qu'Arlluir soit béni du grand Être, qu'il soit béni selon les rites sacrés des bardes réunis. Gloire à sa face qui rayonne dans la mêlée quand tout s'agite autour de lui. >
Arthur a reçu de son père une arme merveilleuse que Tâlie*sin appelle la < grande épée de l'illustre enchanteur ». C'est ce talisman merveilleux t qui lui peimel de vaincre tous ses ennemis et d'aller jusque dans Rome menacer l'empereur. x
Dans l'épopée, .\rlhur est toujours fils d'L'ter. Féru d'amour pour Yguerne, femme du duc de Tintavtd, Uter a perdu le « dormir et le mangier > et désespère d'arriver à ses lins, car Tgucrne, < loyalle et fidelle, moull aymnit son mary de bonne amour s- et refusait les magnifiques présents qu'il lui faisait offrir (-1). Il se décide à demander secours à Merlin, quoique celui-ci, depuis longtemps, fréquente peu la cour. Merlin, qui devine tout, ne manque pas d'apparaître et oflfre ses services au roi mais à la condition que tout ce qu'il demandera lui sera accordé après la réus- l site de l'entreprise. « Si vous m'osez donner ce que je vous dcmandray, je pourchasseray tant que vous l'auny et \^U8 ferey coucher avec elle nudà-nud dedans sa chambre. Il vous convient être sai.;e et discret car Yguerne est moult saige... mais je vous baillcray par mon'pouvoir la semblanco du duc et jam;ii> ne cognoislra car il luy advis ^sera^ que ce sera •■ son Soigneur. » — El LHer de faire apporter « les plus sainctes relicques qu'on pusl trouver > et de jurer que la volonté de Mciiin serait faite
Le duc de Tinlavcl est dans un chàteau-fort assiégé par l'armée d'I'ter k qui il a refusé de rendre hommage (à cause d'Yguerne) ; Meilin conduit le r.)i jusqu'aux portes de Tintavel ; là il lui frotte la fi^rin-e et les mains d'une herbe merveilleuse, et Uter prend aussil<M la « semblance » du duc — et* eusl été impossible à homme qui l'eiM vu que n'ousl dil quf c'était le duc ». — Merlin lui-même et le conseilltr du roi se sont transformés
). SkODcnt. The four ancîeiil book» of Waln, Talipisin i.viii.
2. rci élmnn pnxntilpincnt le conseiller inllmc dUlcr, le cbevalicr Ulflii, qui n'a pas une In'-» liaulc id^'c «le la verlii de» rcimnea : • Je ne ciii.leroli point mourir pour l'amour «l'cine (l.ime rar onr jr n'ay ouy parler de femme pourvu qu'elle soit bien requise ot qu'on hiy pr^i<pnUi*t plu»ieur» lieaux donn qu'elle ne «e ronsentisl aux voiiUcnlés de ccluy qui la requicri. » {/loman tle Merlin, \" liranrlie, Laval. i
LA LÉGENDE DU ItOl ARTHUR 2 9
en chevaliers du duc et, à la faveur du déguisement, les portes du château s'ouvrent devant eux.
« La duchesse sceut que son seigneor venoit qu'cstoit j'à couchép mais elle ne se leva pas... et incontinent les chevaliers deschaussèrent leur seigneor et le firent coucher avecques la duchesse Yguerne et cette nuyt engendra ung enfant qui puys après fust nommé le bon roi Artus. La dame fist grant joye ceste nuyt au duc, comme celle qui cuydoit bravement que ce fust son mary... si furent toute la nuit en soûlas et en joye tant que ils veirent le jour »...
Merlin annonce au roi que cette nuit, il a engendré un fils et que cet enfant à naître, il le réclame pour le faire élever comme il lui conviendrait, loin de la cour. — Au » temps voulu », Artus vint au monde; Merlin vint le quérir et l'emporta dans un pays lointain ; on n'en entendit plus parler, bien que le duc étant mort, Uter eût épousé la dame Vguerne (1).
A la mort d'Uter, l'archevêque de Cantorbéry, à l'instigation de Merlin, convoque le ban et l'arrière-ban des chevaliers et seigneurs dans la plus belle église (2) de Logres (Londres) pour prier Dieu de faire connaître par un miracle celui qui doit être le légitime souverain. La messe finie, on voit apparaître devant le maître-autel un bloc de marbre de quatre pieds carrés soutenant une enclume au milieu de laquelle était fichée une épée nue dont la lame portait cette inscription : « Celui <iui enlèvera cette épée régnera sur l'Angleterre. » A tour de rôle, les plus ambitieux parmi les chevaliers tentent l'épreuve, mais sans succès. Il est décidé alors (le trône restant vacant 1) que l'épée sera confiée à la garde de di.\ chevaliers et qu'on attendra que « celui qui doit la posséder se révèle ». A un tournoi donné à l'occasion du premier jour de l'année, le jeune Kay (3), frère de lait d'Arthur, se trouve sans épée. Arthur (qui à cette époque n'a ijue quinze ans), voulant lui en procurer une, entre dans l'église et profitant de Isi providentielle absence des chevaliers, enlève l'arme enchantée avec une aisance qui tient du prodige, et l'apporte à Kay. Kay se croit déjà le souverain élu mais, naturellement, le vrai roi, c'est celui qui a enlevé répée(4).
1. La tradition veut gue ce soit l'église de Saint-Paul. Un iiianusrril gallois de Hengwrt dit pourtant : « Hoël étant roi de Bretagne, Dubrice l'arclievêque reçut l'huile sainte pour consacrer Arthur à son couronnement, quand il tira l'épée de la pierre à Caer Jeudei. Et c'est pourquoi le roi pouvait subjuguer tous ses ennemis qui lui livraient bataille et sa couronne ef ses armes sont les reliques précieusi-s du royaume. »
2. Si la première version de l'engendrernent d'Arthur est tirée des Métamorphoses d'Ovide, on ne peut s'empêcher, pour la seconde, de penser au roi David et à la femme d'Urie .
3. Kay, Kex en gallois, le même que le sénéchal Keux qu'on renountre dans tous les romans arthuriens. C'était le bouffon do la Cour qui s'attaquait à tous par ses « gaberies » souvent de mauvais goût.
4. Dans la compilation de Thomas Mallory (Caxton, 1450) dont j'ai sous les yeux la transcription de Wright, 1858, Arthur conquiert son épée d'une toute autre fac;on. Il a succédé à son père, sans l'épreuve, Merlin conduit le roi au bord d'un grand lac; du milieu de l'eau, Arthur voit surgir la main de la u Dame du Lac » Ninine ou 'Viviane, por-
SO LA LEfiESDE DC KOI AHTlUtl
< En tel mani^re fu Artus elleus à roy et tint la terre et le royaume i! Logres lonc tems el en pès (paix). » Quoi qu'en dise le « Merlin », cett paix fut difficile à conquérir. Dans le camp des Barons la fureur est à son comble ; indigiu^s d'élre joutis par un enfant, ils refusent de le reconnaître pour chef. En vain Merlin, venu opportunément, leur explique le secret de la naissance dWrlhur et leur enjoint Johéir à lélu de Dieu, ils se révoltent contre le jeune roi, mais grâce à son épée magique, Arthur est partout victorieux et réduit à Timpuissance les vassaux rrlielles et les rois leurs alliés, confédérés contre lui. Ces lauriers ne lui suffisent pas; le roi, déjà (oui puisfaiil, promène ses armes triomphantes au v Arcades, en Irlande, aux pays Scandinaves, dans les Gaules où il va < occire et pourchasser K~ Français;'!), combattre le roi Frollcs (2j » ,sans compter le monstre dv- Alpes et les géants venus des Pyrénées.
Ici une parenthèse au sujet de l'épée merveilleuse, secret de la foi . d'Arthur et qui joue un si grand rôle dans l'épopée (3).
L'épée s'appelle Excaliburou Calybourne. Une note du roman de Merlin dit que c'est un nom ('éneu, ijui veut dire très dur, fer et aci^r. Dans K Brut 1/ Brenhined, il est traduit par dure entaill'-, el un vieil auteur (Fleur des batailles, 1501) voudrait y voir l'origine de la Durandal que Charlcmagne avait donnée à son neveu Roland après l'avoir enlevée à
tant une cpi'edont elle lui fail pi'fscnl. Clle « Daiiio du Lac », la fc'e bienratsaiile, vienl souvent au secourt d'Arthur pour contrecarrer les sortilèges do Morgane, la fi'p malfaisan'.' Bonne pour tous, elle n'est cruelle (juepour Merlin dont l'anoi.r la lasse et qu'elle relieDil: captif dans <i;i furôt enchantée.
Artu Tu de toi puisi.ir.ce
Que l'ranceis conquist o sa lance
Man érila^îc mist eu Franco
Moul Tu Artu proz et Gouileis
Quant ont conquis Chartres et BIcis Et Urliens et tôt Estampeis A Paris vint o ses Engleis.
il romani des Fninceis.
(Andri* de Contancet, trouv^re.)
2. Le roi Frullei qui de l'rnnce fut Sire sous les numains. .\rthur le lue en combat sin- (fulior et leB Franceis rendent humma,-i' i .\rthnr qui ml maiire du pai/s . (Roman du Itnil, i' partie.)
3. Oit du roi .\rthus, pulilié par A. -lubinal, d'.ipri"'« le manuscrit. 11,"}.':
Sa puissance ne vi.'nt pas seulement de son épi?e Oalyhurue el du dragon (mult ospourn table bMe) qu'il avait sur -son In/rirnf, mais de» honneurs qu'il rendait ."i l.i VicMvc Marnv En son (eu avuit l'ymagc Uc la puiss.int et de la sage C'est cle la pucMe Marie.
U fais Arthus sont mcrvciable SI qu'aucun les tiennent à fable M^i» Diei el sa nn'^rc Marie l'onl mult do fais quant on les o.
l'émir Braymond. Lady Charlotte Guest dit que le mot vient du gallois ; Calybunie serait la forme saxonne du mot Caleduwlck. Dans les « Mabinogion », l'arme est ainsi appelée et placée dans la liste des trésors du roi, avec sa lance Rhongomyant, son poignard Carnwenham, son vaisseau Pridwen, son manteau Gwen et... sa femme Gwenhyfar (Genièvre). Celle-ci vient au bas de la liste, sans doute parce que de ses trésors, c'est celui qu'il conservera le moins facilement.
L'épée était précieuse, mais le founeau valait dix fois plus que l'épée, et Merlin avait bien recomnundé au roi de ne jamais s'en séparer. — Or, Arthur a une ennemie implacable dans sa propre sœur utérine, la fée Morgane, épouse du roi Urience et mère de ce Medrod (Mordred) qui le trahira et le conduira à la tombe. Morgane pendant son sommeil, lui enlève son épée et en fait présent au chevalier Accolon pour qu'il défie le roi en combat singulier. N'ayant plus son talisman, Arthur devient vulnérable, il va mourir... lorsqu'apparaît la fée Vivianne qui le sauve et lui rend son épée. Accolon, blessé à son tour, meurt de ses blessures... Depuis ce temps, Arthur ne quitte plus Excalibur ; il dort avec son épée nue dans la dextre. Une seconde fois, la fée Morgane tente de s'en emparer ; elle n'ose l'arracher de la main d'Arthur, et se contente de ramasser le fourreau qu'elle va jeter dans le lac, et depuis cette épo jue, dit le romancier, le malheur vient accabler Arthur (1).
Cependant, le règne du héros ne se pour.-iuit pas sans nuages : les chefs des tribus, ces rois sans nombre qui jalousent sa suzeraineté, font de nouveau alliance oiFensive contre lui. Pour être en état de lutter contre des forces aussi considérables (dans les triades, il est parlé constamment d'armées de trente ou quarante mille hommes), Arthur signe un traité avec les deux rois de Bretagne Hors et Bau qui, ainsi (jue le roi Hoël, se montrent ses fidèles alliés. Le plus redoutable de ses ennemis est le roi Ryance (2) qui gouverne l'Irlande^ et le nord du pays de Galles. C'est un vrai barbare qui pousse la folie de l'orgueil jusqu'à faire coudre sur son manteau les barbes des chefs qu'il a vaincus en combat singulier. Comme il possédait déjà onze de ces étranges passementeries, il désirait pour la douzième s'emparer de la barbe d'Arthur. A cet effet, un messager vient de sa part sommer le roi de lui remettre sa barbe. Ce à quoi Arthur répond qu'elle n'est pas encore assez forte pour servir d'ornement ; il ajoute que le roi Ryance pourrait se repentir de son outrecuidance, car il le forcera bientôt à lui rendre hommage à deux genoux, et sa tête au lieu de sa barbe tombera alors de ses épaules. Étonné de tant de hardiesse, le roi Ryance prend peur et fait sa soumission (3). Cette histoire vient sans doute d'une légende galloise où le géant Rhitta Gawr joue un rôle semblable. Les triades l'ap-
1. Merlin, i""* branche. EJilion Philippe Lenoir, 1506, bib. de Laval.