‹ Du roi Arthur et de la légende du GraalChapitre 17 sur 25 · Th. Malory, WrUjhl · texte numérisé non relu

Th. Malory, WrUjhl

3. Dans Geoiïroi de Monmoutb, le roi Ryance s'appelle Riculf et est Norvégien ; dans les romans français, il s'appelle Rion.

s: LA LÉGENDE DU ROI ARTHLR

pellent l'un des < trois régulateurs de la Bretagne^, et près de Towyn dans le Meriunethshire, on montre une colline où le géant fut tué t^Rliiwy Barfaa, collines des Barbes). On retrouve encore ce récit appliqué au géant da mont Saint-Michell. (1).

Une fois son autorité établie par < moult proesses » de ce genre, Arlhur, pour complaire à ses barons, songe k prendre femme. De toutes les filles de rois qui lui sont offertes, une seule a parlé à son cœur. Las ! ce n'est pjis celle que le sage Merlin lui aurait souhaitée, mais il est obligé de le laisser suivre sa fantaisie, car « lorsqu'un homme a placé ses affections quelque part, il est difficile de le faire revenir ». Pour son maliieur, il est tombé amoureux de Gwenhywar (2;, fille du roi Lcodegraunce ou Gog\ rfan. Belle et captivante, mais altière et infidèle, Gwenhywar fait tout ce qui est en son pouvoir pour justifier le vieux dicton gallois :

Gwenhyfar mcreh Gogyrfan gawr Drwg yn fechan, gwaeth yn fawr .

« OwenhyTar, fille de Gogyrfan, à la haute taille,

Mauvaise dans son enfance, plus mauvaise encore en grandissant. »

Je ne puis m'étendre autant que je voudrais sur cette reine « si belle qu'à cinquante ans, elle inspirait encore des passious ». Dans tous les romans français ou anglais, elle joue un triste personnage, mais occupe une grande place ; jusqu'aux contes et poèmes épisodiques qui la mettent en scène — souvent sans aucune autre raison que de rattacher ces récils au cycle d'Arthur. Ayant la conscience que j'élreindrais mal en élargissant le cercle outre mesure, je dois passer sous silence ici des romans — reliés pourtant par une menue trame à l'histoire d'Arthur — mais où Arthur n'occupe pas la place principale. C'est à dessein que j'omets — les réservant pour plus tard — les entances de Perceval et tout ce qui se rattache au cycle du Graal, les aventures galantes de Lancelot — autres que celles qui concernenl la reine Genièvre — les amours de Tristan le Léonnois et d'Ysoll la blonde, femme du roi Marc de Cornouailles, le chevalier à l'Épée dont le brave et loyal Gauvain est le héros (épisode intercalé dans le Lanrcloi du Lac), enfin Erec et Enide elle chevalier Cligès de Ciirestien de Troyes.

1. Myvyrian Archaiology of Wales. — Lady Charlotte Guest, Mabinogion. — Blockwood Magazine, King Arthur ami his h'nijlils.

2. Gwenhywar, Guaiihumara, Guencver, (ieuièvre, elle porto ces dilférenls noms, suivant qu'il en est (picstion dans les triades, les chrooiiiucsou les romans.

Parmi les courts romans qui s'occupent de la cour d'Arthur, on ne peut passer sous silence celui du Court Mantel ou du Mantel mal taillé (1). Bien qu'il soit dans toutes les mémoires, je me permets de donner ici l'analyse de cette peu galante satire contre les femmes. On verra que les mœurs si courtoises d'abord se modifient, comme je le faisais pressentir au début de cette étude, et que les trouvères, souvent — et de cruelle manière — font descendre la femme du piédestal où les premiers conteurs l'avaient placée.

La fée Morgane, celle que nous savons être l'ennemie jurée de son frère le roi Arthur, fait porter en la cour de celui-ci une valise contenant un superbe manteau. La fée gratifiait de ce manteau la dame à la taille de laquelle il s'ajusterait parfaitement. Or ce manteau, que la malicieuse Morgane semblait offrir si bénévolement, possédait une vertu magique : il s'allongeait ou se raccourcissait de lui-même, étant placé sur les épaules d'une femme si elle avait été infidèle ou déloyale envers son époux ou son ami. Le but de la fée — et elle l'atteignit facilement — était de se venger de la reine Genièvre qui lui avait enlevé le beau Lancelot. Dames et demoiselles qui assistaient ;\ la fête de la Pentecôte en le palais de Kramalor essayèrent tour à tour le manteau. Genièvre s'en vêtit la première; par devant il était trop court, derrière il s'allongea démesurément, ce qui donna au sénéchal Ken l'occasion de lancer quelques-unes des épigrammes dont il était coutumier. Il se trouva du reste, dans les premiers, puni de sa raillerie, car la sénéchale dut peu après se couvrir du manteau ; et celui-ci se raccourcit tellement qu'il ne tombait plus jusqu'au jarret.

Toutes les dames de la cour tentèrent l'épreuve, et il ne s'en trouva qu'une seule qu'on avait dû faire sortir de son lit où elle était couchée. C'était l'amie du chevalier Caradoc dont le nom revient souvent dans les romans de la Table ronde. Cnmbien fier il put se montrer d'avoir — sur deux cents dames — la seule amie fidèle.

Ce fabliau a ce côté intéressant de nous faire passer en revue les principaux rôles de la cour d'Arthur, depuis la femme dissolue du roi et la sénéchale jusqu'à la mie de Perceval le Gallois (moins pur alors que lorsqu'il partait à la quête du Graal), jusqu'à celle du sage Gauvain. Il a été imité et traduit dans la romancerie italienne, provençale et espagnole.

1 Legrand d'Aussi, Fabliaux, tome I.

3 4 LA LÉGE^DE DU ItOl ARTHCR

Ou le reliouvc, mais avec des nioiliilalions diflérenles, dans le Trislan en prose et dans le grand roman de Perceval où le mantel est remplacé par un cornet à boire ijue l'on remplit de vin. Si la dame qui approche ses lèvres du conielest inGdèle, le vin s'échappe aussitôt du vase. On aura déjà remarqué que ce cornet est la source de la Coupe enchantée de l'Arioste, que plus tard devait reprendre La Fontaine.

Dans le lai du Com. de Robert Bikez (jus l'abbé de la Rue (1) a découvert en Angleterre dans la Bibliothèque bodléienne, le talisman qui doit servir à reconnaître les infidèles est une grande corne d'ivoire suspendue à trois bandelettes d'or. La corne est ornée de cent grelots. « Si on y touche seulement du doigt, on entend une harmonie délicieuse... mais pour produire ce merveilleux effet, la maligne Morgane avait enchanté son œuvre de telle sorte que, si le chevalier ou la dame qui y touchaient étaient infidèles, la corne d'or ne rendait aucun son. » Soixante mille personnes sur l'ordre d'.\rlhur viennent toucher la corne magique, mais inutilement: les sonnettes ne tintent point et aucune harmonie ne se fait entendre. Là, les chevaliers aussi bien que les dames prennent part au concours, et le seul chevalier Caradoc (dont la mie a remporté la couronne dans le Couri Mantel) a le don do faire rendre au com des sons mélodieux. Un seul homme sur soixante mille! c'est la revanche du Court Mantel et la palme reste encore aux femmes qui, du moins, avaient pu présenter sur deux cents une candidate «/Kas/ sans rei)rochc! Le trouvère nous assure que le corn se trouve encore à Cirecenster où :

La pourrait U véer Ifcst corn

mais il ne nous dit pas si Arthur avait institué pour les deux amants fidèles un prix de constance qu'ils nous semblent avoir mérité.

Gwenhywar, en dehors de sa fatale beauté, apportait en dot — d'après le roman de Merlin — la fameuse table ronde que Merlin avait faite pour Uter et que celui-ci aurait donnée au roi Léodegraunce, père de (jwenhywar. Ceci est en contradiction avec le roman du Brut, où Robert Wace en parlant le premier (Geoffroi de Monmoulh, son modèle, n'en souffle mol) dit :

Fiat roi Arlur ta ronde Tablo Dont Brclons dicnt mainte Tablo.

Wace se défend d'avoir inventé la légende et la fait remonter, comme on voit, aux lais. Un auteur anglais va plus loin et dit : « La Table ronde, quelques transformations qu'elle ait subies dans les mains des romanciers français, était d'origine druidique et se rattachait au culte de Bel, le dieu Soleil que représente, dit on, l'Arlhur mythologique. »

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